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HISTOIRE- Quand tout espoir part en fumée

Par Lepetitjournal Haiti | Publié le 14/08/2016 à 20:39 | Mis à jour le 15/08/2016 à 17:31

 

 

            Le président Boirond Canal                                        Boyer Baselais, chef du Parti Libéral

Malgré Les bonnes dispositions, le nouveau président Boirond Canal ne trouva pas le soutien du Parti libéral à la Chambre des députés. «Le pouvoir aux plus capables» était le slogan de ce parti politique. Son chef, Boyer Bazelais, le principal concurrent du président, était le petit-fils du général Jean-Pierre Boyer et de Joute Lachenais.

Quoique le Parti National, qui promouvait le pouvoir au plus grand  nombre, soutenait la politique du nouveau gouvernement, mais par ironie, le président ne pût obtenir le soutien même d'un seul ce ses députés. Néanmoins le gouvernement respectait l'ordre et la justice et c'était cela la devise de l'administration publique.

Les législateurs lui montrèrent une opposition si virulente qu'il ne pût rester au pouvoir et dû faire le choix de démissionner un an avant la fin de son mandat. Il garda pourtant intacte son prestige et ne cessa jamais de servir son pays et son départ du pouvoir laissa un grand vide.

Après la démission du président Canal les généraux de la Révolution formèrent un gouvernement provisoire comme il était de coutume en Haïti.

Boyer Bazelais, qui était pourtant de l'opposition et qui avait échoué à imposer le Parti Libéral, dût prendre le chemin de l'exil, tandis que Salomon qui était en exil à la Jamaïque retourna dans le pays. Ce dernier devint rapidement le chef du Parti National, qui avait obtenu une victoire lors des élections législatives de septembre. Un deuxième gouvernement provisoire fut formé et à sa tête, nul autre que le Général Salomon. Un mois plus tard il se proclamera Président d'Haïti et ce avec l'aide unanime de l'Assemblée Nationale, députés et sénateurs qui y furent forcés.  

Lycius Félicité Salomon avait de bonnes qualités intellectuelles, néanmoins, outre sa probité et l'énergie, il  était aigri et dure. Il mit de côté la Constitution, qui avait supprimé la peine de mort, dès qu'il fut au pouvoir et créa un tribunal militaire dont la tache principale était de juger et de condamner ses ennemis politiques.

Le  Président Salomon, son épouse Florentine Potiez et sa fille Ida.

Dans les riches quartiers de Port-au-Prince, ses partisans se livrèrent au pillage, à l'incendie criminel et à l'assassinat.  Dans ces quartiers de la capitale vivaient de nombreux membres du Parti Libéral et c'est grâce à l'intervention de diplomates étrangers que le président ordonna à ses sbires d'arrêter le massacre. Le Parti Libéral fut détruit.

A cette époque de la fin du dix-neuvième siècle la domination du continent européen sur toute la planète était flagrante, ses richesses étaient énormes. L'Empire britannique par exemple s'étendait sur une trentaine de millions de kilomètres carrés et comptait plus de quatre cents millions d'habitants. Il contrôlait de vastes régions: le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud, l'Inde et de nombreuses autres colonies.

L'Empire français quand à lui, était composé de onze millions de kilomètres carrés et comptait plus de cinquante millions d'âmes; ses colonies étaient pour la plupart en Afrique du Nord, en Afrique noire, à Madagascar, en Indochine et autres.

La Russie régnait sur d'immenses territoires en Asie tandis que les autres empires, la Belgique, l'Allemagne, la Hollande, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, le Danemark, quoique plus modeste, exerçaient néanmoins leur pouvoir à travers le monde. D'autres territoires comme l'Empire chinois et la plupart de l'Amérique du Sud étaient sous la domination économique des Européens.

En Amérique, étaient indépendants  Haïti, les Etats-Unis, le Mexique, l'Amérique Centrale, et les pays comme la Colombie, le Venezuela, l'Equateur, le Pérou, qui grâce à Haïti avaient obtenu la leur de l'Espagne. Néanmoins, la République étoilée commençait à se réveiller; son influence sur Cuba et Porto-Rico était sans équivoque. Haïti était pratiquement seul sur la planète, parmi les géants qui dominaient ou qui aspiraient à dominer le monde.

A Jérémie, en 1883, un comité révolutionnaire dont les chefs  de file comme Alain Clérié, Gaston et Eugène Margron, convainquirent la population de se soulever contre l'autorité du président. Le président Salomon qui était devenu le chef du Parti National précurseur de la doctrine du «Pouvoir Noir, Black-Power » se défendait d'être raciste et au cours d'une réunion au palais national, il fit cette déclaration à ses partisans:

«La ville de Jérémie a reçu le plus de faveurs de mon gouvernement et pourtant, il y a dans cette ville un antagonisme entre les grands citoyens et ceux des zones rurales. Je vous ai promis, mes amis, que j'allais résoudre cette question de Noirs et de Mulâtres, donc aujourd'hui, je vais parler ouvertement sur ce sujet. Les Noirs ne peuvent rien faire sans les Mulâtres et les Mulâtres ne sont rien sans les Noirs. Les gens pensent que je suis un mangeur de mulâtre et ceci est tellement absurde que je ne veux même pas me défendre. Néanmoins, personne ne peut m'interdire de dire que c'étaient les mulâtres qui me causèrent le plus de tords. Moi, un mangeur de mulâtres!  Cependant, si j'avais des enfants avec mon épouse, ils auraient été mulâtres. Moi, en tant qu'un nouveau Saturne, devrais-je les dévorer? Non, mes amis, une chose ne doit pas être cachée: le Parti libéral est composé uniquement de conspirateurs et d'irréconciliables. Je vais les détruire, Noirs ou Mulâtres. D'autre part, je continuerai toujours à honorer les mulâtres de bonne foi qui me servent parce que le pays ne peut se passer ni des noirs ni des mulâtres. Ils sont tous deux indispensables pour le salut d'Haïti ».

A Jérémie, à cette époque, deux leaders se partageaient le suffrage populaire, Eugène Margron du Parti Libéral et Callisthène Fouchard du Parti National.

L'épouse du Président Salomon, Florentine Potiez, était une jeune française blanche qu'il avait rencontré à Paris quand elle travaillait au château de Sylla Laraque, riche haïtien, vivant en France (http://www.lepetitjournal.com/haiti/societe/235598-quand-haiti-chasse-ses-propres-fils-nul-n-est-prophete-en-son-pays

Elle y donna naissance à une fille Jeanne Marie Léonie Potiez en 1858.

Plus tard la belle-fille de Salomon eut une vie tumultueuse. A Paris, elle rencontra Jacques Nicolas Léger, secrétaire à l'Ambassade d'Haïti, et lui donna un enfant, Abel, avec lequel ce dernier retourna en Haïti. Elle eut également un enfant de sexe féminin du Général Justin Carrié. Cet enfant resta en France toute sa vie, Marie n'avait lors que seize ans.

À l'âge de dix-sept ans, elle épousa, à la Jamaïque, où elle vivait pendant l'exil de Salomon, un citoyen français, Walter Simon Magnus, avec qui elle eut deux filles, Ethel et Haidée.  À l'âge de 24 ans, elle met au monde à Port-au-Prince une fille du nom d'Ida. Ida fut adoptée par Salomon à qui elle ressemblait étrangement.

Durant sa présidence, Salomon concéda à sa belle-fille et à son mari Magnus, rien d'autre, que l'île de La Gonâve. (http://www.lepetitjournal.com/haiti/2015-12-21-06-52-02/actu/239911-l-ile-de-la-gonave-pourra-t-elle-venir-au-secours-d-haiti ). Concession qui devait être ratifiée par la Chambre législative lors sous l'influence du président. En outre Madame Magnus, hérita après la mort du président, de la somme de dix mille francs qui lui permirent de s'inscrire à l'école de médecine en France. Elle avait déjà  trente ans. Sa fille Ida fut adoptée par le président et sa grand-mère Florentine. Ida, épousa avant de devenir Madame Faubert, épousa Léonce Laraque fils du célèbre Sylla Laraque. Ils conçurent ensemble une fille qui n'a pas survécu longtemps.

                                                      Ida Salomon, la fille du président

Revenons à Jérémie, après cette digression, nous sommes en 1883, les révolutionnaires de la ville de Jérémie  faisaient face à l'armée de Salomon qui était sous le commandement du Général Fontange Chevalier, cousin germain de la mère de Rafael Trujillo Molina. Il était assisté d'un groupe de "Piquets" formé de paysans, tous fanatiques du Président Salomon.

http://www.lepetitjournal.com/haiti/expat/248909-rafael-leonidas-trujillo-molina

Pendant qu'à partir du Fort Salomon, l'armée bombardait la ville, un groupe composé de certains citoyens préparait sa défense. Parmi eux se trouvaient les frères Paul-Honoré et Paul-Emile Laraque, leur cousin Numa Laraque, les frères Margron et Dumanoir, Chapoteau, Rey, Cavé, Fourcand, Cassamajor, Barthélemy, Balmir, Roland, un jeune cubain Osvaldo Taquechel entre autres héros de la ville.

Paul Honoré Féry Laraque, petit-fils de Jacques Honoré Féry, écrivit un poème épique qui raconte en détail la bataille qui eut lieu.

 

LA PRISE DU FORT SALOMON

 

La Révolution, déployant sa bannière,

A fait pour le tyran sonner l'heure dernière.

Miragoàne, en avant ! Jacmel pressez vos pas !

La Grand-Anse debout, nous ne faillirons pas.

Sur le plateau du morne, au-dessus de la ville,

Le Jérémien voyait se dresser immobile,

Le rempart Salomon qu'avec le plus grand soin

Avait fait élever Chevalier et Delsoin.

C'est là que méditant les plans les plus atroces,

Se mettaient à l'abri ces généraux féroces,

Qui réveillaient l'instinct de voraces soldats,

En commettant des viols et des assassinats.

 

 

Avec la torche en main, allumant l'incendie,

Menaçant à la foi la fortune et la vie.

Même du malheureux attaquant le réduit,

Le Piquet profitant des ombres de la nuit,

Pour que sa lâche main, frappant une victime,

Ne fut point aperçue au moment de son crime.

Et que, vil assassin, il pût en liberté,

Satisfaire sa rage avec impunité.

 

Ce n'était pas assez : cette horde sauvage

Voulait multiplier les horreurs du carnage.

Elle lançait sur nos gens, les croyant, effrayés,

Les obus, éclatant de ses canons rayés,

D'après ses sentiments, elle jugeait des nôtres.

Du vaudoux elle a dû croire les apôtres.

Tas de vils ignorants, bandes de forcenés,

C'est pour servir ce dieu que seuls vous êtes nés.

 

Les boulets destructeurs de ces êtres infâmes,

En brisant nos maisons, n'atteignirent que les femmes,

Une fois, on put voir, tout arrosé de sang,

Dans les bras de sa mère un petit innocent,

Qui, soustrait à la mort, par une main divine,

Attirait les regards sur sa plaie enfantine

La mère, laissant choir son enfant sur le dos,

Présentait ses deux bras, fracassés jusqu'aux os.

 

Un boulet qui venait de laisser les murailles,

Epargnant par hasard le fruit de ses entrailles,

Avait à son entant enlevé tout soutien.

Mais, Dieu l'ayant voulu, hélas ! Tout était bien.

L'air pensif, et le front incliné vers la terre,

Chacun semblait songer aux horreurs de la guerre.

Cependant sur les lieux arrivent nos guerriers,

Poussant tous, ce  seul cri : mort, mort aux meurtriers.

 

Déjà le lendemain, notre vaillante armée,

Par la voix de ses chefs aux combats animés;

Evitant avec art le guet de l'ennemi,

Dans le bois qui craquait sous son pied affermi,

Cheminait à grands pas, vers le séjour du crime.

Tout à coups nos soldats, sortent de tout côté,

Fondent sur les piquets surpris, déconcertés,

 

Le valeureux « Printemps » sur le rempart s'élance,

Suivi du bouillant  « Pratt » qui   perce de sa lance

Le  premier  qui   voudrait  arrêter  son élan.

Voila qu'en ce moment,  on voit dans notre rang

Se faire un  vide : hélas !  C'est le fougueux Cétoute,

C'est  Brutus Adrien, dont le  sang goutte à goutte,

S'infiltrant  au  mur  de  la cité,

Doit  de la statue sceller la  liberté.

 

A nous, Gachette,  à  nous  Nicolas  et   Valtange,

Vite,   anéantis sous les hordes de  Fontange...

L'ennemi lâche pied, et  le   rempart  est  pris.

Les piquets en   tombant,   poussent d'horribles cris.

Au fond de la mêlée  on   peut voir  Paul Emile

Qui,   par ces coups hardis, se distingue entre mille.

Le digne comité,  présidant au  Combat,

Communiqua  partout  son ardeur au soldat.

 

Cependant l'ennemi  revient  et  se rallie.

Pour reprendre le fort il risque en  vain sa  vie,

Chassé  de toutes parts en désordre  il  s'enfuit,

Et ne  peut  résister au bras qui  le poursuit.

Kerlegand,  survenant,  achève  la   victoire,

Et recueille  du jour les honneurs et la gloire

Tandis que nos  guerriers,  sur des poutres assis

Contemplaient  des fuyards,   les dégoutants  débris.

 

Dans  le feu du  combat, nos  terribles  athlètes

Oubliaient tous les maux comme aux beaux jours de fête.

Quand,  bientôt revenus  à leur état  normal

Ils sentirent au c?ur un froid qui  leur fît mal :

« Nous  avons soif, à boire, oh ! Donnez-nous à boire »

S'écriaient-ils tous : c'est  qu'avec la  victoire

La Nature, sur eux, avait repris  ses droits.

Qui servit au combat meurt bien de soif parfois!

 

Margron, toujours présent, toujours froid, impassible,

Roule dans son esprit, incertain,  le possible,

Et comme pris soudain d'une inspiration

« Etudions dit-il, notre position !

Convient-il d'occuper ces remparts du sauvage ?

Avons-nous en tout point, terminé notre ouvrage ?

Jusqu'au « numéro 2 » poursuit-on l'ennemi ?

Il importe de prendre, à l'instant un parti. »

 

A ces mots,  les guerriers,  dans un profond silence,

Sollicitent  des yeux leur  chef  avec   instance

Ils voudraient  aux piquets porter un coup mortel.

Kerlegand morne et pâle, et d'un ton  solennel,

Leur dit : « Nous n'avons plus qu'à  regagné  la ville.

Le rempart  Salomon  nous  est fort inutile.

II ne sert qu'à des gens qui combattent de loin. »

D'un  pareil monument qu'avons-nous donc  besoin ?

 

Le soldat  obéit aux ordres qu'on  lui donne ;

Chacun  travaille au son du clairon qui résonne ;

Paul  Emile a le soin d'enclouer les  canons ;

Chassagne des blessés  a vérifié les noms ;

Laissant l'âpre chagrin percer sur son front sombre,

Et  Lescouflair des morts a déjà pris le nombre.

On entasse partout un immense butin,

Qu'a ménagé pour nous le bienveillant destin.

 

Poudre à canon,  fusils, vivres  de toutes sortes,

Carabines,  tambours, uniformes d'escortes,

Cartouches et drapeaux, argent, jambon et vin,

Chaines  et  montres d'or,  tout leur avoir enfin,

Qui tomba  dans  nos mains ;  était gisant à terre.

Voilà ce  qu'a voulu  pour  eux  l'affreuse guerre,

Que vient de  provoquer par  sa  méchanceté,

L'être le  plus  pervers de la chrétienneté.

 

Leurs morts et leurs blessés, plus de trois cents en nombre,

Rougissant notre sol,  jetant un éclat sombre,

Mais  tombés sans honneur et  sans  conviction,

Pour  tout guide, ayant en leur seule passion,

Peuvent-ils comprendre, la perte  de  nos hommes ?

Soldats et citoyens, oh !  Oui, tant que nous  sommes

Rendons un juste hommage à  ceux qui  ne  sont  plus,

Car  de ce jour heureux les  honneurs leur sont dus.

 

Source de toute vie, ô toi, qui sur nos têtes,

Tiens la mort suspendue au milieu des tempêtes,

Tu ne souffriras pas que les loups menaçants

Egorgent, sans pitié, tes enfants innocents,

A travers les boulets, à travers la mitraille,

Tu guideras nos pas sur les champs de bataille,

Et fort de ton appui, nos guerriers triomphants

Feront mordre la terre aux piquets arrogants.

La Révolution, déployant sa bannière,

A fait pour le tyran sonner l'heure dernière,

Miragoàne, en avant ! Jacmel, pressez vos pas !

La Grand'Anse, debout : nous ne faillions pas.

 

jcfl

Extrait: « Je suis dans la mêlée »

Lepetitjournal.com/haiti

15 aout 2016

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