

À la veille de la Première Guerre mondiale, le président Cincinnatus Leconte décide d'offrir le Môle Saint Nicolas aux Allemands. La déstabilisation générale continue avec cinq gouvernements en quatre ans. C'est l'impasse totale. Haïti ne peut éviter le pire : l'occupation américaine de 1915-1934.
Les Américains en profitent pour casser les oligarchies régionales, centraliser et mettre en place le blindage militaire nécessaire pour assurer le parachutage des gouvernements. La promotion de l'École militaire sortie en 1931 contient les officiers Paul E. Magloire, Léon Cantave, et Antonio Th. Kébreau qui assumeront la sélection des présidents jusqu'à François Duvalier en 1957.
Ce dernier continuera sur la même lancée en payant pour que les Américains envoient une mission militaire en Haïti en 1958 et en créant les tontons macoutes. L'insignifiance triomphe. La devise implicite du duvaliérisme est : suivre sans comprendre et paraître sans être. La zombification est généralisée, l'âme haïtienne est confisquée. La médiocrité se trouve renforcée et déterminée à rester dans la première ligne, où Duvalier l'a mise. D'où l'aventure Martelly. Ainsi s'explique que la barque nationale soit ivre. Sans capitaine, ni boussole, ni gouvernail. À la dérive. À la merci des flots déchaînés.
Brosser le tableau de 212 ans de brigandage ne peut laisser aucun goût plaisant à la bouche. En indiquant le diable incoercible qui terrasse Haïti, il a été nécessaire de reconstituer la vérité des origines de la sottise. Il faut avoir le c?ur bien accroché pour qu'il continue à palpiter devant l'agonie d'un pays exténué par une décadence enivrante. Devant l'impuissance historique à vaincre l'idiotie qui s'affiche à chaque conjoncture. On risque aussi d'étouffer devant l'ampleur du mal que le duvaliérisme nous a légué. Au point que certains en ont fait leur identité. En effet, comment respirer devant les malheurs de notre temps sous le tissu serré des bandi legal qui ont pour seules certitudes la confusion et le combat contre toute modernité ? Les Haïtiens se doivent de perdre le sourire et de lancer un appel pathétique au monde entier pour sortir du trou qu'ils ne cessent de creuser.
Par Leslie Péan
Soumis le 16 mars 2016

