

Le président provisoire Jocelerme Privert
A l'OEA, le ministre des Affaires étrangères, Pierrot Délienne, a défendu les nouvelles élections, mais cette fois dans la transparence. Nous sommes déterminés à organiser des élections libres, transparentes et inclusives y a-t-il déclaré. Le chancelier lors de cette session extraordinaire du Conseil permanent à Washington apprit aux diplomates présents que le président Jocelerme Privert, venait de signer le décret appelant le peuple dans ses comices. Ces nouvelles élections sont fixées pour le 9 Octobre 2016.
Après l'invalidation pour irrégularités des élections d'Octobre 2015 et vu après que le président sortant Michel Martelly, dont le mandat était arrivé à expiration, n'a pas pu élire son successeur, Privert qui était lors président du sénat a assumé les fonctions de président provisoire dès le 14 février de l'année en cours.
Les élections qui devaient se tenir en Octobre 2015 ont été annulées pour fraude, tel que déterminé par la Commission de Vérification des Elections (CIEVE).
Cette étape a été plus que nécessaire pour la tenue des élections et aussi pour s'assurer de la participation du peuple dans de futures élections, a soutenu Délienne.
Le gouvernement de consensus de Monsieur Privert hérita d'un Conseil électoral chaotique et dût confronter un défi explosif en raison de cette fraude massive et en raison aussi des diverses irrégularités constatées.
Le gouvernement haïtien dût rétablir la crédibilité des institutions électorales et remettre en place les conditions favorables à la reprise de tout le processus. Après ces élections programmées pour octobre, le gouvernement haïtien est convaincu que la crise prendra fin et le pays retournera à la normalité constitutionnelle pour rétablir la stabilité politique necessaire à tout développement économique.
Le Gouvernement du président Privert pourra du coup apaiser les esprits de la classe politique dans laquelle on retrouve une minorité parlementaire qui à trois reprises décidât de pratiquer la politique de la chaise vide en infirmant à chaque fois le quorum à l'Assemblée Nationale. Ce sont ces pratiques qui avaient provoqué d'ailleurs les critiques du secrétaire général de l'OEA, Monsieur Luis Almagro. En ne permettant pas le quorum, cette minorité parlementaire a cherché à créer un vide afin que les élections ne puissent pas se faire, s'est plaint le chancelier Délienne.
Il profita en outre pour réitérer qu'Haïti ne venait pas quémander de l'argent à l'OEA, mais plutôt venait apporter des éclaircissements sur la crise politique qui sévit dans le pays.
La souveraineté d'Haïti, souvent bafouée par des ingérences de la communauté internationale, qui s'entêtait à organiser un deuxième tour des élections alors que des allégations de fraudes massives avaient été constatées lors du premier tour.
« Qu'est ce qu'un peuple sans souveraineté ? Qu'est-ce qu'une Nation sans son identité, sans son histoire ? Qui sommes-nous aujourd'hui après plus de deux siècles d'indépendance, si nous ne pouvons pas réaliser les élections de manière libre et souveraine ? », martèle le nouveau chancelier haïtien qui commence à jouir de l'admiration de plus d'un dans son pays.
« Malgré nos faibles moyens, nous voulons prendre en main notre destin de peuple, nous n'allons pas refuser l'aide et la solidarité, mais nous souhaitons, cette fois-ci, la négocier en toute indépendance avec nos amis » a-t-il souligné.

Le Chancelier Pierrot Délienne, au centre, entouré des membres du Conseil de l'OEA
Après la présentation du ministre Délienne, le Président du Conseil permanent de l'Organisation des États américains (OEA), l'Ambassadeur Eliston Rahming des Bahamas a fait savoir qu'il restait certain que le peuple d'Haïti trouverait les moyens de renforcer sa démocratie conformément aux principes du droit international et à la Charte de l'OEA.
L'ambassadeur de la Dominique, Hubert Charles, parlant au nom de la CARICOM, déclara qu'Haïti demeurait un «membre légitime et précieux de notre famille continentale ». Il ajouta qu'il était persuadé que les haïtiens reconnaissaient que la légitimité et la stabilité politique étaient nécessaires au progrès social et économique.
« Nous vous remercions de nous avoir fourni une mise à jour sur les préparatifs en cours pour les élections prévues. Nous sommes certains que les élections seront l'occasion pour le peuple haïtien d'exercer son droit constitutionnel de choisir ses dirigeants.
«Nous tenons à assurer l'honorable ministre que ce Conseil et l'OEA en général, est prêt à fournir un appui technique et afin que les aspirations du gouvernement provisoire et du peuple haïtien, en ce qui concerne la tenue d'élections libres, justes et inclusives, soient réalisées ».
L'ambassadeur d'Antigua et Barbuda, Sire Ronald Sanders dit que la situation en Haïti a été un sujet de préoccupation pour les Etats membres et appuie la déclaration faite par le Secrétaire général de l'OEA Luis Almagro, a savoir que tous les efforts devraient être faits pour soutenir les élections sans tarder et dans une atmosphère de paix.
L'ambassadeur de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Omari Williams, dit qu'il savait que la «situation de plus en plus difficile » en Haïti, mais qu'il gardait l'espoir d'assister à des élections législatives, municipales, locales et présidentielles libres et démocratiques.
Après l'appui de tous les pays du CARICOM dont Haïti fait partie, c'était au tour de la France de faire de même et fixé une fois pour toute, sa position. C'est ainsi qu'au point de presse du 20 juillet 2016, le porte-parole du Ministre des Affaires Etrangères et du Développement International de France, Jean-Marc Ayrault, a fait les déclarations suivantes :
Le président provisoire Jocelerme Privert a annoncé le 19 juillet que le premier tour des élections générales en Haïti se tiendrait le 9 octobre prochain. La France salue cette décision. Elle rappelle que tous les citoyens haïtiens doivent pouvoir se prononcer dans le cadre d'élections libres et transparentes, organisées par les Haïtiens eux-mêmes.
Seules des institutions issues des urnes seront à même de relever les défis économiques et sociaux auxquels Haïti est confronté.
Le 21 juillet 2016, nous avons appris d'Alter Presse que le coordonnateur spécial pour Haïti au département d'Etat américain, l'ancien ambassadeur Kenneth Merten, effectuait une nouvelle mission en Haïti.
Il est en Haïti pour renforcer le support du gouvernement des Etats-Unis à l'organisation d'élections crédibles a précisé un communiqué de son ambassade dans la capitale haïtienne.
Cependant le fonctionnaire du département d'Etat américain devait aussi « discuter de l'urgente nécessité d'avoir des représentants élus à tous les niveaux du gouvernement ». Serait- ce un appui à la minorité parlementaire qui a mainte reprise voulait négocier des postes gouvernementales pour son appui au gouvernement provisoire ? Avons-nous mal compris ? Quelle déception !

Kenneth Merten, ancien ambassadeur en Haiti, actuel fonctionnaire du Département d'Etat américain
L'infatigable Merten a rendu visite au Conseil Electorale provisoire (CEP) dont le président
Léopold Berlanger s'est empressé de mettre la presse nationale au courant de ses succès :
« Les Etats-Unis appuient les élections même s'ils ne les financent pas. C'était ça le message principal de M. Merten. Pendant la réunion, cordiale et franche, nous leur avons exprimé certaines préoccupations liées à la perception, à l'impression que les Etats-Unis combattent les élections » a révélé Berlanger.
Les Etats-Unis n'accorderont pas de financement en faveur de l'organisation des prochaines élections dans le pays. Ils reprochent la disposition haïtienne de reprendre les présidentielles de l'année dernière, entachées de fraude massive, selon le rapport de la Commission Indépendante d'Evaluation Electorale (CIEVE).

Les membres du CIEVE, Commission de Vérification des Elections
Les prochaines élections couteront 55 millions de dollars mais selon les dires de l'ambassadeur américain, les Etats-Unis n'aideront pas:
« On avait eu des difficultés à comprendre la décision du Conseil Electoral (CEP) pour reprendre à zéro les élections présidentielles; alors pour nous, après avoir contribué autant dans les élections de 2015, ça risque d'être difficile de continuer. Nous avons contribué à hauteur de 33 millions de dollars dans les élections de 2015 et nous n'avons pas prévu de l'argent supplémentaire ».
L'ambassadeur a omis de révéler que presque tout ce montant a été dépensé par eux dans des campagnes de propagande électorale et de motivation, pas dans l'organisation des élections mêmes.
Toujours au cours de la visite des hauts fonctionnaires américains au Conseil Electoral, le président de cet organisme les a rassuré en leur disant que l'argent n'était pas le plus important, on peut le trouver. Nous devons coopérer pour faire avancer les choses car Haïti et les Etats-Unis ont des intérêts communs, leur a t-il dit.
Dorénavant les Américains qui étaient les seuls avec l'Union européenne à être réticents face aux élections haïtiennes sont montés à bord du processus, pour paraphraser une cons?ur.
L'UE rejoindra t-elle les autres du CORE groupe ? Mme Elena Valenciano, ex-présidente de la Mission de l'UE d'Observation des Elections, reviendra t-elle superviser les prochaines élections ? En attendant le président Privert aura gagné la bataille pour des élections honnêtes et sincères, que son mandat soit prolongé ou non par le parlement haïtien.

Elena Valenciano, présidente démissionnaire de la Mission d'Observation Electorale de l'UE
(www.lepetitjournal.com/haiti) 22 juillet 2016

