

C'est pour la promotion de son dernier ouvrage ?Football? que l'écrivain belge Jean-Philippe Toussaint était à la Literarturhaus de Francfort lundi dernier. Une soixantaine de personnes s'étaient réunies pour cet événement alliant lecture et sport. C'était aussi l'occasion d'en savoir plus sur cet homme à l'esprit à la fois vif et mélancolique. Lepetitjournal.com/francfort était présent et vous livre son compte rendu de la soirée.
Ce n'était pas la première fois que Jean-Philippe Toussaint se rendait à Francfort. Lui qui écoutait ses admiratrices allemandes, murmurant ?ich verstehe?, ?je comprends? lors de la séance de dédicace, a habité durant une année à Berlin. Il s'était déjà rendu à Francfort avec son ancien éditeur, le célèbre Jérôme Lindon, pour la foire du livre en 2001. Il y est revenu à de multiples reprises car son nouvel éditeur, Joachim Unseld, est Francfortois. C'est d'ailleurs lui-même qui l'a assisté et traduit à la Literaturhaus. Retour sur ces discussions animées.
Les spectateurs chuchotaient en allemand et en français avant le début de la soirée lecture de la Literaturhaus lundi dernier. Coup de sifflet. L'événement commence par une présentation de l'écrivain belge Jean-Philippe Toussaint par son éditeur et traducteur allemand, Joachim Unseld. ?Jean-Philippe Toussaint n'écrit pas de la même manière que les autres, il a un style vraiment différent?, expliquait-il. L'écrivain qui s'est fait connaître par un premier ouvrage à succès, ?Dans la salle de bain? pourrait être rangé dans une catégorie bien à lui, le ?nouveau nouveau roman?. Son style est minimaliste. Ses treize ouvrages publiés mêlent humour et ironie. Son écriture est décrite par le quotidien belge Le Soir comme similaire à ?un long solo de saxophone dans la nuit?. Alors que vient donc faire un ouvrage sur le football, un sport populaire, dans une liste d'?uvres toutes plus poétiques les unes que les autres, publiées aux prestigieuses éditions de Minuit ?

L'idée folle et brillante d'écrire sur le football lui est venue en 2014, alors que Jean-Philippe Toussaint s'était exilé en Corse pour un moment d'introspection après la mort de son père. Alors qu'il voulait se réfugier dans la littérature, se couper du monde, il alluma la télévision et tomba sur la coupe du monde 2014 au Brésil. Durant des périodes de 90 minutes, il oubliait son quotidien et ne pensait qu'au match ou au suspense du score final. C'est ce ?temps du football?, ces 90 minutes, que Jean-Philippe Toussaint a voulu analyser dans son ouvrage. A la manière de Pascal qui associait le temps de la chasse à l'opportunité d'échapper à la conscience d'une mort proche, Jean-Philippe Toussaint a fait du temps du football sa madeleine de Proust. En effet, dans ces 122 pages, le belge mêle pelouse verte et souvenirs personnels, liés à l'enfance, à l'intime, à l'autobiographie. C'est d'ailleurs dans cet ouvrage qu'il évoque pour la première fois son enfance à Bruxelles. Il revient sur les traces du passé pour revivre et nous faire revivre cet émerveillement naïf des enfants. ?Le football des adultes m'indiffère? affirmait-il. C'est alors qu'il nous a fait la lecture de différents passages. Parmi ces extraits : la première fois qu'il a vu un extrait de match à la télévision en couleur avec ses copains, son entretien avec une employée du consulat de Chine populaire en Belgique et son opinion des couleurs des maillots des joueurs.

Plus d'1 milliard de personnes sont rassemblées devant les écrans lors des finales de coupes du monde. Chacun connaît ce sport, né au XXe siècle et chacun a des anecdotes à raconter à ce sujet. Le soir de la lecture à la Literaturhaus se jouait d'ailleurs le match barrage clôturant la Bundesliga. L'avenir de l'Eintracht Frankfurt était en jeu et conscient de l'ampleur de l'événement, Jean-Philippe Toussaint excusait les spectateurs quittant la salle un peu plus tôt. Il a aussi fait part d'une expérience du même type. A la fin d'une de ses lectures au Japon, il y a quelques années, lui et un petit groupe d'étudiants se sont mis à la recherche d'un poste de télévision sur lequel regarder le match de coupe du monde joué en direct par l'équipe nipponne. C'est alors qu'ils se sont retrouvés agglutinés devant un poste de radio. Jean-Philippe Toussaint ne comprenant pas le japonais, il se basait sur les expressions animant le visage des étudiants et le ton de la voix du commentateur. Lui qui nous a confié avoir arrêté sa carrière de footballeur, limitée à la cour de récréation à 13 ans, délaissant le ballon rond pour le ballon ovale est resté passionné. Son ouvrage ?Football? en témoigne. Il lui a permis de recevoir le grand prix Sport et littérature.

(Photos CT lepetitjournal.com/francfort)
Claire Tholozan (www.lepetitjournal.com/francfort), mercredi 25 mai 2016
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