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RELIGION – Grâce au "Kirchensteuer", l'Église compte ses fidèles

Écrit par Lepetitjournal Francfort
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 mai 2013

A l'heure de déclarer ses revenus, parlons d'une particularité germanique vis-à-vis de son voisin français, il existe encore en Allemagne un impôt cultuel. Le "Kirchensteuer" finance une grande partie des dépenses des Eglises reconnues et permet de recenser le nombre de fidèles.

Première démarche administrative à effectuer lors de l'arrivée en Allemagne, il est assez difficile d'échapper à l'Anmeldung. Arrivant en mairie pour remplir le formulaire, j'ai eu l'étrange surprise de me voir demander, en même temps que certaines informations des plus  basiques ? adresse, date de naissance, etc...- ma religion.
Cela a de quoi surprendre, de surcroit pour une Française, habituée à notre République laïque et à la stricte séparation de l'Église et de l'État. Intrusion étatique ? Contrôle religieux ?
Après avoir cogité quelques instants, j'ai bien pu trouver une solution à cette drôle d'énigme: le Kirchensteuer.

Qu'est ce que le Kirchensteuer ?
Au contraire de la France, où, selon l'article 2 de la fameuse loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État, "la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte", l'État fédéral allemand, lui, proclame sa stricte neutralité religieuse, tout en organisant sa coopération avec les différentes communautés.

Ainsi, dans ce cadre et sous les termes de l'article 137-6 de la Constitution de Weimar, toujours en vigueur, les sociétés religieuses reconnues peuvent percevoir l'impôt cultuel, "dans les conditions fixées par le droit du Land". C'est le Kirchensteuer, existant depuis le XIXème siècle.

Souhaitant se démarquer de son passé autoritaire et centralisateur, la République fédérale d'Allemagne a choisi d'appliquer le principe de subsidiarité et de limiter les compétences de l'État. Les Églises ont donc à charge certaines missions que l'État n'assume pas, notamment dans les domaines social et éducatif. Elles gèrent par exemple certains hôpitaux, foyers pour handicapés, crèches ou encore maisons de retraite. Ces activités sont financées en grande partie par le Kirchensteuer, au même titre que l'entretien des lieux de culte ou le personnel.

Point de denier du culte donc en Allemagne. Il suffit de cocher sur sa feuille d'impôt une case correspondant à votre religion, et l'État prélèvera directement une partie de votre salaire (généralement autour de 8%), afin de le reverser au culte de votre choix.

Une désaffection des fidèles
Une catégorie existe bien évidemment pour les individus se déclarant "sans confession". Seulement, de plus en plus de croyants ont tendance à rejoindre le groupe des non-payeurs. Rien que pour l'année 2010, 181.000 fidèles de l'Église catholique ont renoncé à payer le Kirchensteuer et par là même se sont engagés dans la procédure de Kirchenaustritt, afin de quitter la communauté religieuse.

Perte de fidèles et perte de fonds, pour enrayer cette désertion qui touche toutes les paroisses, l'Église catholique a décidé de jouer les gros bras durant l'automne dernier. Ainsi, la Conférence des évêques allemands a publié en septembre un décret selon lequel "celui qui déclare aux autorités civiles compétentes son retrait de l'Église pour quelque raison que ce soit déroge ainsi au devoir de servir l'Église [?], ainsi qu'au devoir d'apporter sa contribution financière afin de permettre à l'Église d'accomplir ses devoirs". Pas vraiment une nouveauté, ce décret est apparu davantage comme un rappel à l'ordre de l'Église à ses croyants. En quittant la communauté, le fidèle infidèle perd également la possibilité de recevoir des sacrements (du mariage aux funérailles) ou de devenir parrain ou marraine d'un enfant catholique.

Aujourd'hui, environ 30 % des 82 millions d'Allemands se déclarent catholiques et la même proportion protestants. Il sera intéressant de regarder l'évolution dans les prochaines années de ce chiffre, afin de voir si le coup de poker des évêques a porté ses fruits ou renforcé le mouvement de désertion.

Cécile Trion (lepetitjournal.com/hambourg) mardi 21 mai 2013 (1ère publication : lundi 6 mai 2013)

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Publié le 21 mai 2013, mis à jour le 20 mai 2013
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