

Soutenir les familles est au c?ur des politiques françaises et allemandes. Si dans les faits les politiques actuelles sont proches, les résultats sont différents. La France est championne de la natalité et l'Allemagne peine à faire rêver les familles. Regards croisés sur les politiques familiales des deux pays
(Photo EH lepetitjournal.com/francfort)
Les grandes étapes de la politique familiale allemande
Une étude de l'Ifri, le comité d'études des relations franco-allemandes, donne les grandes étapes de la politique familiale allemande. A la fin de la Seconde Guerre mondiale et de tous les bouleversements vécus par les populations, la famille était la cellule souche de la société. En RFA, le ministère de la famille, créé en 1953 par Konrad Adenauer, développa les allocations familiales et l'allocation à l'éducation. La RFA insistait plus sur l'appartenance de la famille à la sphère privée. La RDA gardait un idéal socialiste en matière d'éducation et développa de nombreuses mesures d'incitation aux naissances. Le modèle social du bonheur était de se marier et de fonder une famille.
Dans les années 1970, la révolution culturelle secoua les modèles. La famille bourgeoise et les 3 K : "Kinder, Kuche, Kirche" bloquaient l'émancipation féminine et les hommes enfermés dans leur rôle économique étaient écartés du rôle de "papa". Ce schéma ne faisait pas rêver les jeunes générations. Des modèles plus libres furent adoptés : concubinage, célibat, généralisation de la pilule, droit au divorce, augmentation des études universitaires et de l'emploi des femmes, prospérité. Ce nécessaire vent de liberté fut néfaste à une politique nataliste.
Dans les années 1990, les mariages chutèrent, ainsi que le taux de natalité ; les naissances hors mariage et les divorces augmentèrent considérablement. Dès lors, le débat sur la natalité fit rage, les démographes s'inquiétant du taux de natalité très bas. L'Allemagne est un des pays les moins féconds d'Europe et ce sujet continue de perturber le pays.
Soutenir la politique familiale et l'épanouissement des individus est au c?ur des politiques actuelles. Tous les courants prennent parti pour une meilleure conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale. Il s'agit de réfléchir sur les subventions (création de l'allocation parentale), les infrastructures (développement des garderies), mais aussi de changer les mentalités et remettre l'enfant dans le projet d'avenir de la société allemande. Cela porte petit à petit ses fruits, puisque l'Allemagne enregistre en 2013 sa première reprise du nombre de naissances.
Etre parent en France et en Allemagne
Même si le modèle évolue et que les mentalités changent, en Allemagne, la famille est considérée comme une institution fondamentale, porteuse de valeur et de sécurité. La séparation homme/femme est plus marquée qu'en France : aux hommes le travail, aux femmes l'éducation des enfants et les soins. En décembre 2012, une étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a placé l'Allemagne dans les tous derniers rangs pour ce qui concerne l'égalité entre les sexes et la France dans les premiers.
Le retour à l'emploi à plein temps pour une mère allemande est plus difficile même si on constate ces dernières années que de plus en plus de pères allemands prennent leur congé parental ou que le nombre d'enfants allant au jardin d'enfants (KITA) augmente. Les mères allemandes sont encore gênées par la mauvaise conscience : ?J'ai découvert le terme de Rabenmutter", indique Marie, une maman française ayant vécu à Francfort. ?J'ai été choquée. C'est le nom que l'on donne aux mères qui retournent travailler avant les trois ans de leur enfant. Le mot est fort symboliquement, très dur, je comprends qu'il fasse mal".
En France, il existe une certaine neutralité par rapport au choix parental du mode de garde avec de nombreuses solutions accessibles (congé parental, garderies, gardes à domicile, etc..). On considère que l'on s'occupe très bien des enfants dans les structures d'accueil. Les garderies sont même vues comme des lieux sécurisants et riches : elles permettent aux petits d´apprendre à vivre ensemble, à partager... "Je m'ennuyais seule avec mon bébé" indique franchement Isabelle, une Française travaillant dans le secteur bancaire en Allemagne, "je manquais d'idées pour le distraire et l'éveiller. Parfois même je manquais d´énergie. En garderie, mon enfant semblait bien plus épanoui et moi plus sereine".
L'essentiel étant que chacun puisse choisir son mode de garde et celui qui lui convient le mieux. En France, où les rôles sociaux sont bien définis, on favorise la vie avec les enfants et la vie professionnelle. La famille est même "tendance" : classique, recomposée ou mixte, chaque modèle est accepté et valorisé.
Différences et ressemblances en chiffres
D'après une étude du Ministère des finances français, La France et l'Allemagne sont les pays européens les plus généreux envers les familles. La France et l'Allemagne consacrent à la politique familiale une part comparable de leur budget, mais la France se singularise par une natalité nettement plus dynamique et un taux d'emploi des mères bien plus élevé.
Dans les deux pays, il existe un congé maternité rémunéré. En Allemagne, le père ou la mère peuvent s'arrêter de travailler au maximum 14 mois et répartir ce temps entre eux. L'allocation est de 67% du salaire net, plafonné à 1 800 euros mensuels. En ouvrant cette période aux pères, la ministre de la Famille de l'époque, Ursula van der Leyen, espérait ainsi faire augmenter la participation des pères à l'éducation.
L'aide publique aux familles, en incluant les aides fiscales et pré-scolarisation des plus petits, est en 2007 d'après l'OCDE, de 3,7 % du PIB en France et de seulement 2,7 % du PIB en Allemagne. L'offre et le système d'aides à la garde sont aussi bien plus développés en France.
Le taux d'emploi des mères allemandes est plus faible que celui des mères françaises, alors que les taux d'emploi des femmes sans enfant sont comparables. 24 % des mères françaises d'un enfant de moins de 6 ans qui travaillent sont à temps partiel, contre 56 % des mères allemandes.
Enfin en France, les femmes ont des "désirs d'enfants". Au c?ur des conversations, l'enfant est un sujet présent. Ce désir est moins fort en Allemagne, où les femmes souffrent encore d´images contradictoires entre femme active et mère de famille.
Emmanuelle Hartmann (www.lepetitjournal.com/francfort), vendredi 26 août 2016
Rediffusion du jeudi 18 juin 2016
Pour aller plus loin :
Montant des allocations familiales : comparatif France/Allemagne
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France (Montants en vigueur jusqu'en juin 2015) |
Allemagne |
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Allocations familiales pour 1 enfant |
--------- |
184 euros |
|
Allocations familiales pour 2 enfants |
129,35 euros |
368 euros |
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Allocations familiales pour 3 enfants |
295,05 euros |
558 euros |
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Par enfant en plus |
165,72 euros |
215 euros |
|
Majoration pour les enfants de 14 ans et plus |
64,67 euros |
|
Changements :
En France, depuis le 1er juillet 2015, les revenus du foyer fiscal sont pris en compte pour l'attribution des prestations sociales.
A compter du 1er juillet 2015, les allocations familiales baissent pour 505 000 familles ayant au moins deux enfants, soit 10 % des 5 millions d'allocataires, révèle le quotidien Les Echos s'appuyant sur une note confidentielle de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF).
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