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LITTERATURE – Parler des poilus de 14-18 aux pubères d’aujourd’hui

Écrit par Lepetitjournal Francfort
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Lors d'une conférence à la Goethe Uni, Frank Estelmann s'est penché sur la manière dont la Grande Guerre est abordée dans la littérature de jeunesse actuelle en France

Le responsable de l'Institut de Recherche en Littérature de Jeunesse Hans-Heino  Ewers  et Frank Estelmann au terme de la conférence de celui-ci
(Photo DP lepetitjournal.com/francfort)

En 2014, on ne célèbre pas seulement le centenaire de la première guerre mondiale, mais également celui de la Goethe Universität.  C'est cette coïncidence qui a donné à Frank Estelmann de l'Institut des Langues et Littératures Romanes l'idée de se pencher sur la manière dont la Grande Guerre est abordée dans la littérature de jeunesse française d'aujourd'hui. Sa conférence intitulée ?Le cimetière des souvenirs? mardi dernier s'inscrivait dans un cycle sur la première guerre mondiale organisé par l'Institut de Recherche en Littérature de Jeunesse de l'université de Francfort*.

Les auteurs français parlent plus que leurs collègues allemands de la première guerre
 ?La perception est très différente entre les deux pays?, affirme Frank Estelmann dès le début de sa conférence. ?Ici presque personne n'a parlé de la mort du dernier vétéran allemand de la première guerre alors qu'en France, le dernier poilu décédé en 2008 a eu droit à des obsèques nationales?. Cette différence se retrouve dans la littérature : les auteurs français parlent beaucoup plus de la Grande Guerre que leurs collègues allemands. Une première vague de livres date des années 90, une seconde vient de déferler en raison du centenaire. ?Et en France, tant en littérature de jeunesse que chez les adultes, les livres ayant la guerre 14-18 pour thème sont des best-sellers ?, souligne le professeur Estelmann.

Le soldat Botillon est représentatif d'une nouvelle tendance critique vis-à-vis du discours patriotique
(Photo Editions Thierry Magnier)

Nouvelle tendance critique vis-à-vis du patriotisme
Intéressante et récente, selon lui, est la tendance ?antipatriotique? de certains ouvrages, comme ?Le jour où on a retrouvé le soldat Botillon? d'Hervé Girard, publié chez Thierry Magnier en 2013. L'histoire du soldat Botillon alterne d'un chapitre à l'autre avec le récit d'une réunion de famille à notre époque : on fête les cent ans de la fille du soldat. Le narrateur, un adolescent, découvre en écoutant son arrière-grand-mère un secret de famille. Le soldat Botillon est-il vraiment mort au combat ? ?Avant on mettait en avant le fait que les jeunes étaient prêts à se sacrifier pour la patrie et il était beaucoup question d'honneur?, commente Frank Estelmann. ?La production littéraire actuelle montre le côté relatif des bons et des mauvais et déconstruit le discours de propagande patriotique ?. Un excellent exemple en BD ? ?Zappe la guerre? de PEF, qui est devenu un classique moderne utilisé dans les écoles. L'histoire est pour le moins inattendue : 80 ans après la fin de la guerre, des soldats d'une petite ville de province sortent de leur monument commémoratif et essaient de savoir s'ils sont morts pour quelque chose?  ?La perspective est moins classique que les célèbres BD de Tardi qui décrivent de façon presque documentaire les horreurs de la guerre vécues par les soldats des tranchées ?, souligne Frank Estelmann. Dans son roman ?L'affaire Jules Bathias?, Patrick Pécherot évoque les mutineries  ?Ce côté-là de l'histoire était jusqu'il y a peu tabou?, précise le professeur de l'université Goethe, ?maintenant les mutins sont des héros littéraires prisés comme l'étaient les résistants?.

Comme une fenêtre ouverte
Au terme de la conférence, le responsable de l'Institut de Recherche en Littérature de Jeunesse Hans-Heino  Ewers  s'est réjoui que son collègue ait ?ouvert une fenêtre sur la production actuelle en France, car seulement une minorité des livres évoqués sont disponibles en allemand?.
Frank Estelmann n'en a pas fini avec la première guerre mondiale : il s'apprête à emmener une vingtaine d'élèves de Francfort et de Mayence sur des lieux historiques comme le Chemin des Dames ou Craonne.  Il est vrai que comme les livres, les voyages forment la jeunesse?

Dominique Petre, (www.lepetitjournal.com/francfort), lundi 7 juillet 2014

*Le cycle propose encore deux conférences, dont une sur la littérature française de jeunesse de 1916 à nos jours le mardi 8 juillet à 18h. Informations ici



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Publié le 6 juillet 2014, mis à jour le 6 janvier 2018
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