Édition internationale

DOSSIER HIP-HOP - Paroles de danseurs : comment la nouvelle génération vit-elle le hip-hop ? – Partie 2

Écrit par Lepetitjournal Francfort
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 12 février 2017

L'équipe de lepetitjournal.com/francfort s'est demandée ce que représentait le hip-hop pour la jeune génération qui incarne désormais le mouvement. Quel regard critique porte-elle sur le mouvement ? Son évolution artistique a-t-elle aussi entraîné la modification de ses valeurs ? Nous avons donc pris contact avec trois danseurs aux parcours artistiques atypiques pour leur poser nos questions. 

 (Photo @ Patrice Guyot)

Louis, 21 ans, danseur français de break-dance 

Le hip-hop : une belle leçon de vie

Faisant partie à la fois d'un crew français et d'un crew allemand, Louis s'épanche sur le sujet. Pour ce stagiaire dans un des Instituts français en Allemagne, ce n'est pas une simple passion qu'il exerce quelques heures par semaine à la salle d'entraînement, c'est un mode de vie qu'il a adopté. ?Le hip-hop influence énormément ma vie, si bien que beaucoup des mes choix personnels, voire même professionnels, bien que je ne compte pas en vivre, en découlent : les voyages que je fais, les habits que je porte, la musique que j'écoute, les sujets de conversation que j'aborde avec mon entourage, la vision que j'ai du monde...?. 

Lepetitjournal.com/francfort : le but du hip-hop à ses débuts était de faire passer des revendications. L'histoire a évolué et le contexte n'est plus le même. Quel est votre objectif en tant que danseur d'une génération plus favorisée ? 

Louis : déjà, depuis sa création, la plupart des danseurs veulent montrer qu'ils font partie d'une communauté ouverte à tous et cela reste inchangé aujourd'hui car certes, le hip-hop n'est plus le mouvement contestataire d'autrefois, mais il reste vecteur du même message d'unité et de fraternité et c'est en ça qu'il est intemporel et universel. Mais mon objectif personnel, pour être honnête, je n'y réfléchis même pas ! Je danse surtout pour m'amuser et me défouler et parce qu'il s'agit d'une culture qui me correspond, dans laquelle je me retrouve. Bon, il est vrai que si je pouvais laisser mon empreinte, même minuscule soit-elle, dans le mouvement, ça serait un honneur ! Mais ce n'est pas une fin en soi pour moi. Je prends les choses comme elles viennent. À vrai dire, je ne sais même plus pourquoi je danse ! De la même façon qu'il arrive un moment où l'on ne se demande plus pourquoi on aime ses proches !

Mais ne trouvez-vous pas que ce message de paix est altéré par la concurrence qui existe dans le milieu ? N'est-ce pas malsain ?

Non, bien au contraire car c'est une concurrence qui n'est pas néfaste mais productive ! C'est du défi positif. La concurrence a toujours été là depuis le début et elle a justement contribué à l'évolution du mouvement. Elle pousse les gens à donner le meilleur d'eux-mêmes tout en restant respectueux et fair play. On apprend à être bon perdant et à se remettre en question. C'est une quête perpétuelle vers l'amélioration, dans la danse comme dans la vie en général. Et lorsque l'on se satisfait de ce que l'on a déjà et que l'on se repose sur ses lauriers, c'est qu'on n'a mal compris le véritable sens du hip-hop. 

Avez-vous des critiques à faire envers le mouvement actuel ? 

Pas au hip-hop directement mais plutôt à la façon dont certaines personnes le médiatisent et particulièrement depuis l'émergence des réseaux sociaux. Dans quelques cas, le mélange internet-hip-hop dénature le mouvement et lui donne un côté superficiel car ce n'est pas toujours la réalité qui y est montrée. Ces personnes ont tendance à s'exhiber trop virtuellement et pas assez concrètement, ce qui va à l'encontre du principe d'authenticité que prône le hip-hop.

(Photo @ Ouasmine Haldane)

Ouasmine, 29 ans, professeur de danse et photographe hip-hop

Je danse donc je suis

Le hip-hop, c'est ce qui le fait se lever tous les matins et il vit de sa passion depuis maintenant 10 ans. ?Le hip-hop a forgé ma personnalité, je ne fais qu'un avec lui. Je suis hip-hop. Il a fait ce que je suis aujourd'hui. Sa place est tellement importante dans mon quotidien que je le vis presque comme une religion. Il n'y a pas un jour qui passe sans que je suive ses principes. Mais je ne me contente pas de les appliquer tout seul dans mon coin, j'essaye de les partager, de les transmettre à mes élèves et à mon entourage. On le retrouve dans tous les aspects de ma vie : mes vêtements, ma musique, ma façon de penser, de voir et ressentir les choses, de m'exprimer...?. 

Lepetitjournal.com/francfort : vous avez dit vouloir transmettre les valeurs du hip-hop à vos élèves, est-ce votre projet en tant que danseur ? 

Ouasmine : pas vraiment car je le fais naturellement, ce n'est donc pas un projet à proprement parler, il n'y a rien de planifié. J'utilise le hip-hop a des fins caritatives mais je ne le fais pas en tant que danseur mais en tant qu'être humain à travers ma passion donc c'est encore une fois difficile à dire. En fait, je crois que je n'ai aucune ambition particulière. Je souhaite simplement danser aussi longtemps qu'il me sera possible de le faire, donc rester en bonne santé est peut être le seul véritable objectif que je me fixe.

La compétition, parfois très acharnée, lors des fameux ?battles? ne va-t-elle pas à l'encontre du message de paix du hip-hop ? N'y a-t-il pas une contradiction ?

Il y a une grande part de comédie dans la danse. Les battles peuvent paraître agressifs mais il n'en est rien : tout est feint voire même sur-joué. Les gens du monde entier se réunissent lors de ces évènements pour partager cette culture, pas pour en venir aux mains ! Le terme de ?bataille? n'est que de la sémantique : ce ne sont pas de véritables combats.

Une critique à l'égard du mouvement ? 

Le business qui est parfois omniprésent alors que l'argent n'a pourtant jamais été une fin en soi. Depuis sa création, le hip-hop a toujours eu vocation à être médiatisé, mais jamais à des fins commerciales. Certaines personnes s'en servent mal, souvent pour faire le ?buzz? ou ?faire du clic? . 

En tant que professeur de danse, que pensez-vous du projet de création d'un diplôme de hip-hop du gouvernement français ? 

Le hip-hop est né dans la rue. Il a ce côté informel et désintéressé qui lui est propre, qui fait ce qu'il est et qui le rend unique. La création d'un diplôme sous-entend la mise en place d'une administration, d'une hiérarchie, d'un contrôle, d'une autorité,... Scolariser et institutionnaliser le hip-hop serait, pour moi, ?contre-nature?. Je m'oppose à ce projet car de façon plus générale, la culture se doit de rester indépendante. ?.

(Photo @ Bharat Bhaskar)

Bharat, 20 ans, danseur allemand de break-dance

Danser pour s'éveiller

Danseur depuis ses 15 ans, ce jeune Allemand d'origine indienne, étudiant en technologies de l'information et de la communication, ne tarit pas d'éloges sur ce qui l'anime : ?Le hip-hop m'a éduqué, j'ai su évoluer à travers lui. Il m'a permis de m'ouvrir au monde qui m'entoure, à me pousser à le découvrir et le comprendre par le voyage, la découverte de nouveaux endroits, la rencontre de nouvelles personnes... Sans la danse, je n'aurais certainement pas accompli tout cela. Ces souvenirs m'ont construit et ont fait ce que je suis aujourd'hui?. 

Lepetitjournal.com/francfort : pourquoi dansez-vous ? Avez-vous une ambition particulière ?

Bharat : c'est une bonne question ! Je pense que je danse à la fois pour moi-même et pour mon entourage. Je veux d'une part développer ma créativité et d'autre part que mes proches, comme ma mère qui est musicienne, soient fiers de moi. Peut-être est-ce une histoire de famille ! Quant à mon objectif, encore une fois c'est une bonne question ! Il y a tellement à voir et à faire ! Voyager toujours plus, faire encore de nouvelles rencontres, avoir de nouvelles expériences... Je veux découvrir tout de ce monde que Dieu nous a offert et c'est à travers la danse que je le ferai.

Par rapport aux battles de danse, ne pensez-vous pas que cette concurrence entre danseurs dénature l'esprit du hip-hop ? 

Je le concède, la tension lors de certains battles, surtout aux gros enjeux, est parfois pesante mais il ne faut pas perdre de vue qu'avant d'être un lieu de confrontation, un battle est un lieu d'échange et de partage, un moyen de se réunir, une occasion de rassembler des gens qu'on ne pourrait voir autrement. En fait, peu importe à quel point l'atmosphère peut être électrique, une fois la pression retombée et les esprits apaisés, les masques tombent et l'ambiance devient géniale. Comme son nom l'indique, un battle est une compétition, mais à la fin, on se serre tous la main et on va manger un morceau ensemble !

Est-ce que quelque chose vous déplaît dans le hip-hop ?

C'est une question difficile car je suis encore trop jeune et j'ai encore tellement à apprendre ! Mais je peux critiquer le manque de solidarité de certains danseurs qui agissent de manière égoïste et pensent de façon individualiste et non collective. C'est bête car, selon moi, si on s'entraidait tous, nos objectifs personnels seraient atteints beaucoup plus vite. Mais je pense et j'espère que cela arrivera un jour !

Le hip-hop a su combattre les préjugés auxquels il a fait face et évoluer pour rassembler toutes les communautés afin de n'en former qu'une. Blancs, noirs, arabes, latinos, asiatiques, classes aisées, moyennes ou pauvres, le mouvement ne fait aucune distinction et fédère toutes les strates de la population sous des valeurs communes telles que l'échange, le partage et l'ouverture d'esprit. Des valeurs et un message qui sont restés intacts au fil du temps. Malgré les différences culturelles et les barrières de la langue, les danseurs, rappeurs, graffeurs du monde entier se comprennent et vibrent à l'unisson. C'est tout cela qui contribue à la richesse du hip-hop qui en fait non seulement une ?uvre artistique, culturelle, sociale mais également humaine. 

Sounkoura-Jeanne Dembélé (www.lepetitjournal.com/francfort), lundi 13 février 2017
Rediffusion du 27 janvier 2016

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DOSSIER HIP-HOP - Quand les danseurs sont à la rue - Partie 1

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Publié le 12 février 2017, mis à jour le 12 février 2017
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