

La rubrique mensuelle ?Quand les langues se délient? de lepetitjournal.com/francfort, vous propose un délicieux voyage autour du langage, de son étymologie et des expressions idiomatiques. Ce volet vous offre une petite expédition dans le monde des animaux
(Image A. Parasie)
Déjà Esope, au VIIème siècle avant J.C, faisait parler les animaux et, caricaturant à peine les travers de ses semblables, les animait de sentiments et valeurs humaines. Au contraire Doctor Dolittle, (alias Rex Harrison dans le film du même nom en 1967) leur parlait, ou plutôt leur chantait. Mais plus près de nous, c'est par une poignée de fables de Jean de La Fontaine, inspirées des fables d'Esope et écrites en vers au XVIIe siècle, que des générations d'écoliers français ont commencé à se faire une idée de la nature humaine.
Qui n'a entendu un jour ou l'autre ?
"La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue. (...)"
Ou bien encore:
"Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage : (...)"
Mais fables mises à part, aujourd'hui encore notre langage quotidien est truffé d'expressions mettant en scène des animaux: "rusé comme un renard, bavard comme une pie, têtu comme un âne, fier comme un paon ou avoir une mémoire d'éléphant". L'être humain se voit alors affublé d'épithètes dont on ne sait s'ils sont le propre de l'homme ou bien celui de l'animal.
Source de comparaisons et d'expressions, l'observation des animaux qui nous entourent peut varier d'un pays à l'autre, d'une culture à l'autre. Parfois certaines qualités ou défauts restent l'apanage des mêmes animaux, parfois d'une langue à l'autre il ne s'agit plus d'animaux du tout !
Voyons le loup : il a illustré bien des contes et légendes de notre enfance, nous offre quelques expressions qui, pour dire la même chose en allemand, choisissent d'autres animaux : nous avons "une faim de loup" et les Allemands sont affamés comme un ours, hungrig wie ein Bär, quand nous nous jetons "dans la gueule du loup", ils vont dans l'antre du lion, sich in die Höle des Löwen begeben, et si on est "connu comme le loup blanc", outre-Rhin c'est comme un chien multicolore, bekannt sein wie ein bunter Hund ! D'autres, par contre ne trouvent pas d'équivalence comme "entre chien et loup", qui définit la pointe du jour ou la tombée de la nuit, moment où il est difficile de reconnaître les formes et silhouettes.
Le b?uf, le cheval, l'ours reviennent souvent. Par exemple "fort comme un b?uf" devient stark wie ein Bär ou bärenstark (fort comme un ours) ; "mettre la charrue avant les b?ufs", das Pferd beim Schwanz aufzäumen (brider le cheval par la queue), c'est bien s'y prendre à l'envers, quant à "monter sur ses grands chevaux" ou sich aufs hohe Pferd setzen (monter sur le grand cheval), traduit sans aucun doute la même arrogance, et si vous avez "misé sur le mauvais cheval", aufs falsche Pferd setzen (s'asseoir sur le mauvais cheval), attention de ne pas non plus "vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué", Man soll nicht den Tag vor dem Abend loben (ne pas louer le jour avant que le soir soit arrivé).
Qu'en est-il de la puce ou du pou, ou même de l'araignée ? Eh bien, "mettre la puce à l'oreille", c'est discrètement alerter quelqu'un, alors que jemandem einen Floh ins Ohr setzen (mettre une puce dans l'oreille de quelqu'un) va le rendre fou car il ne peut plus penser à autre chose. Le pou, lui, est supposé laid puisqu'on dit "laid comme un pou", or pour les Allemands on est hässlich wie die Nacht (laid comme la nuit). Et avec une "araignée au plafond" on est carrément dérangé, mais chez nos voisins la tête ce n'est pas le plafond mais plutôt le placard, d'où nicht alle Tassen im Schrank haben (ne pas avoir toutes ses tasses dans le placard).
Pourtant si avec toute cette ménagerie vous ne vous y retrouvez plus, ne prenez pas la mouche et surtout ne versez pas des larmes de crocodile car il n'y pas anguille sous roche et lepetitjournal.com/francfort ne cherche pas à vous faire avaler des couleuvres ni à noyer le poisson d'ailleurs, mais bien au contraire à vous distraire pour vous rendre gais comme des pinsons !
Marie Gérard (www.lepetitjournal.com/francfort), mercredi 10 août 2016
Rediffusion du 11 novembre 2014
Articles à relire :
"Adieu veau, vache, cochon..."
Mignonne allons voir si la rose
Anecdotes et impressions printanière
Coutumes et traditions des fêtes de fin d'année
Tout savoir sur Thanksgiving
Marron ou chataîgne
Terre, feu, air, eau
Histoires de soleil
Sans-culottes, carmagnole, cocarde et bonnet phrygien
Dans la cuisine !
Pot-pourri de bons mots
Autour des couleurs
Sagesse potagère
Une langue qui n'en fait qu'à sa tête !
Hommage à Charlie Hebdo : qu'est-ce qu'on trouve dans une bulle ?
Noël en Occitanie
autour du vin
autour du corps
Inscrivez-vous gratuitement à la newsletter
Suivez-nous sur facebook
Suivez-nous sur twitter






