Édition internationale

LITTERATURE – Fatou Diome avec Goethe à l’université de Francfort

Écrit par Lepetitjournal Francfort
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 mai 2014

Elle n'aime pas lire sa propre prose et le fait pourtant très bien : Fatou Diome à l'Université de Francfort.
(Photo DP lepetitjournal.com/francfort)

La Strasbourgeoise d'origine sénégalaise entend faire de la ?Weltliteratur? à l'image de celui qui a donné son nom à l'université où elle est venue parler

Elle arrive cinq minutes en retard ?par respect pour la tradition africaine?, plaisante-t-elle, avant de s'excuser en enlevant les écouteurs de son téléphone de ses oreilles ?je suis avec vous, mais aussi avec mon village?. Fatou Diome n'est pas seulement une écrivaine francophone de talent mais également un personnage. À Ousmane Dupuy qui présente ?Madame Diome?, elle réplique tout de go ?Madame Diome c'est ma grand-mère, moi c'est Fatou?. Invitée par l'Institut des langues et littératures romanes et par le ZIAF (Zentrum für Intersisziplinäre Afrikaforschung) de l'Université Goethe de Francfort, Fatou Diome n'a fait qu'un court aller-retour de Strasbourg jeudi dernier. Mais armée de sa personnalité et de sa prose, il ne lui a pas fallu plus de temps pour séduire son public.

?Le ventre de l'Atlantique? toujours actuel dix ans après sa sortie
À la ?Goethe Universität?, l'auteure est venue parler de son best-seller en partie autobiographique sorti en 2003, ?Le Ventre de l'Atlantique?, l'histoire d'une jeune Sénégalaise exilée en France et de son jeune frère resté au pays avec ses rêves de footballeur. Avant de se mettre à lire des extraits, elle précise : ?Je n'aime pas lire Fatou Diome, mais par contre j'aime lire Goethe et comme je suis animiste, je sens qu'il est là, avec nous?. Même si l'auteure d'origine sénégalaise joue en permanence avec les clichés, elle n'aime pas qu'on l'enferme dans une catégorie. ?Je refuse d'être cataloguée comme une auteure africaine qui écrit en français, ce qui arrive souvent en Europe. Mais cela m'énerve aussi quand en Afrique on me dit que j'écris comme une blanche?, explique-t-elle.

Goethe est là aussi même si on ne le voit pas : Fatou Diome entourée par le professeur Roland Spiller et par Ousmane Dupuy.
(Photo DP lepetitjournal.com/francfort)

À la question de savoir pourquoi  elle vient parler d'un livre qui n'est pas son dernier, Fatou Diome regrette : ?C'est triste que ?Le Ventre de l'Atlantique? soit, plus de dix ans après sa parution, toujours autant d'actualité?, précisant que ?L'émigration n'est pas un problème africain mais un problème de déséquilibre économique mondial?. Et elle avoue son désarroi : ?Quand je vois des émigrés qui meurent à Lampedusa, je me dis que ce je fais est complètement inutile". Lucide sur les limites du pouvoir des écrivains, elle ajoute : ?La littérature c'est bien pour sonner la cloche d'alarme, mais l'action appartient au monde politique?.

On l'aime en Allemagne, même si son dernier livre n'a pas été traduit
Comment explique-t-elle son succès en Allemagne, où elle est régulièrement invitée et où elle a reçu des prix ? ?J'ai la prétention de ne pas écrire pour les Français, les Allemands ou les Japonais mais pour les êtres humains?, répond-elle.  Toujours est-il que son roman ?Nos vies inassouvies? n'a pas été traduit en allemand. ?On me dit c'est poétique et philosophique, on attendait autre chose de vous. Comme si les Africains ne pouvaient raconter que les histoires de leur village?, s'énerve Fatou Diome.
Le public applaudit quand elle récite - par c?ur ? le long passage poétique qui clôt ?Le Ventre de l'Atlantique?. ?J'aime le mauve qui est un mélange entre la rouge chaleur africaine et le bleu froideur européenne?, explique l'écrivaine dont un des derniers ouvrages s'appelle ?Mauve?. ?Je cherche mon pays, partout où je pose mes bagages je suis chez moi, comme aujourd'hui à Francfort?. Pour ceux qui n'auraient pas encore capté le message, elle insiste : ?Je veux écrire des livres en tant qu'humaine, pas en tant que noire?. La meilleure preuve de l'universalité de la littérature ? ?C'est quand j'ai lu ?Le vieil Homme et la Mer? que j'ai mieux compris la vie de mon grand-père, pêcheur au Sénégal?. L'auteure conclut : ?Je veux faire de la ?Weltliteratur? comme Goethe que j'ai découvert sous les palmiers sénégalais?. Et qui, on n'en doute plus, était sûrement à Francfort pour écouter Fatou.

Dominique Petre, (www.lepetitjournal.com/francfort), vendredi 23 mai 2014




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Publié le 22 mai 2014, mis à jour le 20 mai 2014
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