

De l'Apartheid à nos jours, 150 ?uvres sont aujourd'hui réunies dans l'exposition ?A labour of love? au Weltkulturen Museum de Francfort au rendu époustouflant grâce notamment au travail de la commissaire de l'exposition Gabi Ngcobo et de la co-commissaire Yvette Mutumba que nous avons eu le privilège de rencontrer. De l'amour et de la passion, il y en a dans le labeur de ces artistes noirs sud-africains engagés.
Co-commissaire de l''exposition "Labour of love" Yvette Mutumba
(Photo SJD lepetitjournal.com/francfort)
1948 - 1994 : une période sombre pour l'Afrique du sud qui a vu sa population catégorisée et sa société se développer sur un principe inégalitaire. La résistance d'un peuple discriminé et marginalisé face à la tyrannie blanche s'est organisée sous plusieurs formes : l'une d'entre elles est artistique.
Un combat par l'image
De l'amour pour leur pays et de la passion pour la photographie est né l'engagement des artistes noirs sud-africains contre l'Apartheid. Leur objectif : transmettre un message politique sur le terrain de la culture. L'envie du Docteur Yvette Mutumba de leur rendre hommage est née de son admiration et de sa considération pour leurs travaux : "Il s'agit de montrer l'importance des ?uvres contemporaines d'Afrique du sud que le Weltkulturen Museum a acquis en 1986", explique-t-elle. "La résistance a plusieurs visages et c'est à travers la photographie, un média d'importance et intemporel de surcroit, que des artistes sud-africains se sont engagés dans la lutte contre la politique du ?développement séparé? de l'Apartheid. Parfois, le pouvoir des images supplante celui des mots et des longs discours. Cette exposition, je l'espère, donnera de nouvelles perspectives à la jeune génération d'artistes africains et européens". 
Mangete, KwaZulu-Natal, 1982. (Photo: Cedric Nunn)
L'amour en toile de fond
On associe spontanément l'Apartheid à la violence, qu'elle soit physique (répressions policières, arrestations arbitraires, exactions) ou morale (rejet, discriminations, néo-esclavagisme). Le titre de l'exposition peut donc paraître assez contradictoire. "L'idée de l'appellation ?A Labour of love? m'est venue d'après une phrase de l'activiste anti-apartheid Albie Sachs : ?And what about love ?? qui contrastait avec cette brutalité planant constamment sur le pays durant ces années. Même si chaque artiste à sa propre conception de l'amour, c'est un sentiment qui va de pair avec la résistance. Un tel combat se gagne ensemble et c'est par la passion et le dévouement que l'on atteint ses objectifs, qu'ils soient personnels ou collectifs. C'est ce qui ressort du travail de ces artistes et que j'ai essayé de transmettre dans le mien".
Le combat continue
Malgré la fin de l'Apartheid et malgré la ?Rainbow Nation? instaurée par Nelson Mandela, l'Afrique du Sud souffre encore de bien des maux : le racisme et les discriminations ethniques sont encore latents, certaines minorités sont mises à l'écart, l'homosexualité et la transsexualité sont toujours tabous. Faire parler ces laissés pour compte est le combat aujourd'hui mené par la nouvelle génération de photographes noirs sud-africains, réunis aux côtés de leurs ainés dans cette exposition.
Sounkoura-Jeanne Dembélé (www.lepetitjournal.com/francfort), lundi 15 février 2016
?A Labour of Love - Art d'Afrique du sud des années 80 jusqu'à aujourd'hui?, à voir jusqu'au 24 juillet 2016 au Weltkulturen Museum, Schaumainkai 29, 60594 Francfort.
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