Mercredi 22 septembre 2021
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DOSSIER GOETHE – Catharina Elisabeth, la mère du poète

Par Lepetitjournal Francfort | Publié le 10/08/2016 à 22:00 | Mis à jour le 24/08/2016 à 08:54

Le troisième volet du dossier consacré à Johann Wolfgang von Goethe s'intéresse à la mère du poète, Catharina Elisabeth Goethe, qui a marqué la vie culturelle francfortoise autour de 1800 et a laissé son nom à la Textorsstrasse, la Textorschule et la Elisabethenschule.

?Frau Aja? au Palmengarten de Francfor

Née Textor en 1731 à Francfort, Catharina Elisabeth Goethe y passera toute sa vie avant de décéder en 1808. Surnommée ?Frau Aja?, on garde d'elle le souvenir d'une femme hospitalière pleine d'esprit. Elle n'est pas seulement la mère du poète, mais également une personnalité remarquable et représentante de la vie culturelle de Francfort autour de 1800.

Les origines de Catharina Elisabeth Goethe

Catharina Elisabeth était la fille aînée de Johann Wolfgang Textor, dont le poète héritera du prénom, et de sa femme Anna. ?Textor? est la forme latinisée du nom ?Weber? qui signifie ?tisserand?. Les Textor étaient des juristes à succès. Johann Wolfgang Textor a même fait carrière au sein de la vie politique et juridique de Francfort : il est devenu échevin (Schöffe) et a obtenu les fonctions de maire de la ville de Francfort et d'écoutète impérial, communal et juridique (Reichs-, Stadt- und Gerichts- Schultheiss) ? le poste le plus haut placé de la ville libre impériale et en plus un poste à vie. Ce succès est d'autant plus remarquable que les Textor n'appartenaient pas à la couche sociale des patriciens, la noblesse et très haute bourgeoisie établie de l'époque et Johann Wolfgang Textor devait paraître aux yeux des personnes traditionnellement ?respectables? comme une sorte de parvenu, une contradiction d'ailleurs dont souffrait encore plus le père de Goethe dont la famille connaissait un problème semblable. Aujourd'hui la rue ?Textorstraße?, bâptisée ainsi en 1899, et l'école primaire ?Textorschule?, les deux situées à Francfort-Sachsenhausen, rappellent le souvenir de cette famille.

Statue de Goethe, Francfort

Mère du poète

Conformément aux normes de l'époque, Catharina Elisabeth ne reçoit pas d'éducation particulière. À l'âge de dix-sept ans elle épouse Johann Caspar Goethe, de 21 ans son aîné, juriste aisé et conseiller impérial (Kaiserlicher Rat) ? un homme respectable et garant d'une vie adéquate au statut social de la jeune fille : un bon parti. Le mariage est célébré dans la plus grande église luthérienne de Francfort, la Katharinenkirche, située au centre-ville. Un an après le mariage est né Johann Wolfgang, le futur poète, et un an après, sa s?ur Cornelia. Les quatre frères et s?urs qui ont vu le jour les années suivantes meurent à l'âge puéril. La naissance du premier a été très dure pour la mère et les douleurs se sont prolongées pendant trois jours. Les premières minutes après sa naissance, le nouveau-né ne montrait aucun signe de vie, il avait pris une couleur bleuâtre, même noirâtre et ne respirait guère. On s'attendait au pire ; le cri de la sage-femme ?Räthin, er lebt !? (Madame le conseiller, il est en vie !) est devenu célèbre. Personne ne pouvait s'imaginer que ce bébé si faible atteindrait l'âge de 82 ans, ce qui était exceptionnel à l'époque.

Tombeau familial des Textor dans la cour de la Liebfrauenschule

Une personnalité sociable et chaleureuse

Pendant longtemps, l'image d'une Catharina Elisabeth qui se sacrifie pour son ménage, qui est l'idéale de la bonne ménagère allemande dominait sa mémoire. Ces descriptions étaient moins dictées par la réalité que par le goût de l'époque suivant la mort de Goethe. Une image tout à fait différente est dépeinte par les quelques 400 lettres qu'elle a écrites durant sa vie, mais aussi par ce que son fils a écrit sur elle. On peut y voir l'image d'une femme chaleureuse, pleine d'esprit et d'humour, même s'il y a aussi des biographes qui insistent sur les penchants dépressifs et les phases de grande solitude dans sa vie. Elle entretient de nombreuses amitiés et aime recevoir chez elle. Ainsi sa maison devient un centre culturel à Francfort où les gens aiment se rencontrer et discuter. Elle était également douée pour gérer les finances du ménage. Après que son fils soit devenu célèbre, nombreux étaient ceux qui voulaient la voir, même des savants comme Humboldt : elle était devenue une célébrité de la ville et n'en souffrait pas du tout. Les contemporains admiraient sa tolérance - parmi ses invités, il y avait même des acteurs ! Ce qui a beaucoup impressionné, c'est son attitude ouverte envers la future femme de Goethe, une jeune femme d'une famille modeste avec qui Goethe vivait en concubinage et dont le fils commun était par conséquent illégitime, une attitude en marge de celle de l'aristocratie et de la bonne bourgeoisie de Weimar.
Catharina Elisabeth repose avec son mari dans le tombeau familial des Textor, qui se trouve aujourd'hui dans la cour de la Liebfrauenschule.

En son honneur, on a donné son nom au premier ?lycée pour jeunes filles? de Francfort : l'Elisabethenschule, qui, bien sûr, est accessible aussi aux garçons aujourd'hui. Une petite statue, inaugurée en 1908 à l'occasion du 100ième anniversaire de sa mort, se trouve dans le Palmengarten de Francfort.

Tombeau familial des Textor dans la cour de la Liebfrauenschule

L'héritage familial du poète

Il existe un poème de Goethe, un autoportrait plein d'ironie dont le premier couplet est très connu :

Vom Vater hab ich die Statur,
des Lebens ernstes Führen,
vom Mütterchen die Frohnatur
und Lust zu fabulieren.

(J'ai de mon père la stature et l'attitude sérieuse envers la vie ; de maman l'heureux caractère et le goût de la poésie et la créativité)

Moins connue, mais pas pour autant moins révélatrice, c'est la suite du poème :

Urahnherr war der Schönsten hold,
das spukt so hin und wieder;
Urahnfrau liebte Schmuck und Gold,
das zuckt wohl durch die Glieder.

Sind nun die Elemente nicht
aus dem Komplex zu trennen,
was ist dann an dem ganzen Wicht
original zu nennen?

(Mon grand-père avait un faible pour le beau sexe, cela apparaît de temps en temps comme un fantôme ; ma grand-mère aimait les bijoux et l'or ce qui s'empare bien de moi
Comme on ne peut pas séparer ces éléments de l'ensemble, il faut se demander ce qu'il y a d'original en ce petit bonhomme).

(Photos IF lepetitjournal.com/francfort)

Ingrid Frieg (www.lepetitjournal.com/francfort), jeudi 11 août 2016
Rediffusion du 9 octobre 2014

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