

A l´occasion du festival du film francophone de Tübingen et de Stuttgart du 30 octobre au 6 novembre 2013, lepetitjournal.com/francfort a interviewé Christopher Buchholz, acteur, réalisateur franco-allemand, directeur du festival. Il est le fils du comédien allemand Horst Buchholz et de l´actrice française Myriam Buchholz Bru. L´interview a été réalisée dans la langue de Molière dans les locaux du festival à Tübingen où toute une équipe s´affère du matin au soir afin de préparer ce 30ème festival.
(photo JS lepetitjournal.com/francfort)
Lepetitjournal.com/francfort : C´est maintenant la 4ème année que vous dirigez le festival. Je suppose donc que cela vous plait ? Comment en êtes-vous arrivé à diriger ce festival ?
Christopher Buchholz : Cela s´est passé complètement par hasard. Notre maison familiale était en Suisse et j´ai toujours rêvé de créer un festival fantastique où les gens pourraient voir des films et faire la fête en même temps. Etant moi-même réalisateur et producteur, je reçois régulièrement la newsletter de l´AG Dok (NDLR : association allemande pour les auteurs, producteurs, réalisateurs) et dans l´une d´elle, il y avait un appel d´offre pour le poste de directeur du festival. J´ai donc postulé de manière tout à fait classique et j´ai eu la chance d´être choisi et élu démocratiquement parmi plus de 30 candidats. Je remercie l´Allemagne et AG Dok car en France ou en Italie c´est plutôt le piston qui est de légion pour l´attribution de ce genre de poste !
De plus, je pense que le fait que je sois français a également représenté un atout. En effet, pour dire la vérité, en France les gens préfèrent avoir à traiter avec un Français plutôt qu´avec un Allemand. De plus, ma mère ayant dirigé une grande agence d´acteurs à Paris, j´ai eu également la chance d´avoir des contacts facilités dans le monde artistique. ?Ma? prédécesseur a occupé 5 ans le poste de directrice du festival. Pour ma part j´ai encore beaucoup à faire sans vouloir pour autant finir comme un dinosaure au bout de 150 ans (il faut savoir se renouveler et donner leur chance aux jeunes). Mais en même temps je fais le plus beau métier du monde, je vois des films, on invite des réalisateurs, des acteurs, c´est génial !
Cette année nous fêtons les 30 ans du festival. Comment avez vous préparé la sélection des films? Faites vous la tournée des festivals européens : Cannes, Berlin par exemple?
Oui, on fait bien sûr la tournée des grands festivals (Cannes, Berlin) mais également le Canada avec le festival ?Les rendez-vous du cinéma québécois?. Aussi, parmi nous, une personne va se rendre au festival de Ouagadougou pour les films africains. Les festivals de Venise et de Locarno auront malheureusement lieu un peu tard !
Il faut défendre le cinéma européen. Ici en Allemagne, on parle trop peu de cette ?exception culturelle? si chère à la France et à l´Europe (NDLR : sujet de polémique à Cannes cette année concernant les accords sur les droits cinématographiques entre l´Europe et les USA). L´Europe a un modèle qui est celui de la France, mais c´est vraiment dommage que l´Allemagne et l´Angleterre se soient alignées sur le modèle Américain. D´un autre côté, cette année à Cannes, il y a eu beaucoup de films francophones, mais j´avais un peu peur que les films soient juste ?bons?, mais pas excellents (ce qui en fait n´a pas été le cas) !
Nous avons prévu de nouveau le super Master Class, notamment avec Sólveig Anspach qui est merveilleuse et surtout elle fait partie des ?jeunes? réalisatrices talentueuses, car beaucoup de personnes associent le cinéma à des réalisateurs plus âgés comme toute la clique de la nouvelle vague, et c´est important pour moi de faire découvrir des plus ?jeunes? qui représentent un nouveau cinéma et sont le symbole d'une nouvelle dynamique.
Il y aura encore les soirées Gala avec Cinéconcerts et la projection du film ?Tabu? avec la musique de Christine Ott. Je suis très fier de présenter pour la première fois la nuit du court métrage (la nuit la plus courte) organisée en collaboration avec Unifrance. Et surtout un hommage à l´Afrique avec Souleymane Cissé.
Un des objectifs du festival est de faire découvrir le cinéma français au plus grand nombre. De votre côté quel est votre regard sur le cinéma francophone en Allemagne et qu´est ce qui manque encore pour le développer encore plus ?
C´est difficile ! Le plus gros problème, c´est que les gens n´ont pas accès aux films. La question qui se pose est la suivante : où voir ces films ? Eh bien il existe pour cela les festivals comme le nôtre, mais il est clair qu´il faut travailler à améliorer la distribution des films français en Allemagne et offrir des moyens d´accès plus simples pour tous.
Il faudrait inviter plus réalisateurs et comédiens afin qu´ils aient la chance de pouvoir parler de leur film. En Allemagne, la presse écrite parle très peu du cinéma, il y a trop peu d´articles dans les grands journaux sur ce sujet ! Malheureusement, la couverture médiatique du festival n´est pas encore assez satisfaisante, il pourrait y avoir beaucoup plus d´articles. Il faudrait arriver à créer un intérêt plus grand par le biais de discussions et qu´ainsi les gens se sentent plus engagés et aient envie d´en parler autour d´eux !
Savez-vous pourquoi nous accordons autant d´importance au cinéma en France (on le surnomme d´ailleurs le 7ème art), alors qu´en Allemagne le cinéma tient une place différente dans la vie des Allemands ?
En France la culture est davantage quelque chose de social, alors qu´en Allemagne la culture est vue de manière plus élitaire et pas encore assez encrée dans la société ! L´Art, avec un grand ?A?, c'est la littérature, le théâtre et l´opéra. Mais, l´opéra coûte très cher en Allemagne, il n'est donc pas accessible à tout le monde ! Côté théâtre malheureusement, il y aurait un grand travail de renouvellement à faire ! De plus, la qualité de la ?Volksbühne? n´est pas très bonne, c´est plutôt du spectacle mais pas de l´art.
Pour les Allemands le cinéma relève plus du divertissement alors qu´en France on considère cela comme de l´art, d´où cet écart énorme entre les deux ! Pourtant, ce qui est génial avec le cinéma c´est que c´est plus simple, on peut se renseigner sur les films à l´avance, on peut voir les bandes-annonces et c´est souvent très parlant avec des scènes de la vie quotidienne. Par exemple, le fait de voir un film chinois doublé en allemand, c´est tout simplement du gâchis, vous comprenez ? Le cinéma est fait pour découvrir de nouvelles choses et en France on grandit avec tout ça ! En France quand on sort avec ses copains, de quoi parle t´on ? De cinéma, de bouffe...de sexe et un peu de politique peut-être. Le cinéma c´est la vie, ça fait pleurer, ça fait rire !
Et pour finir, avez-vous un projet personnel pour l´année prochaine à part le festival ?
Oui, tout à fait, si j´arrive à le terminer. J´ai commencé à écrire depuis longtemps une comédie avec des vampires et ce projet devrait se concrétiser un jour ! Mais sinon, en tant qu´acteur, j´ai un projet avec le réalisateur Suisse d´origine Turque, Cihan Inan. Je jouerai dans son prochain film.
Merci beaucoup Christopher et rendez-vous l´année prochaine !
Jérôme Sabot (lepetitjournal.com/francfort), jeudi 31 octobre 2013
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