

Mme Monique Cerisier ben Guiga, sénatrice PS des Français établis hors de France, a fait le choix de ne pas se représenter aux élections sénatoriales qui auront lieu ce 25 septembre. Elle a bien voulu répondre à nos questions
Lepetitjournal.com : Avez-vous senti une évolution de la communauté française expatriée au cours de vos mandats ?
Monique Cerisier ben Guiga : Oui, bien évidemment. La population française à l'étranger a évolué, notamment dans sa répartition géographique. Dans les années 90, c'est l'Afrique qui représentait un poids important tant au niveau numérique que politique. Désormais, 50 % des Français de l'étranger se situent dans l'Union Européenne. L'Amérique du Nord accueille également une part importante de nos concitoyens. Enfin, la croissance de la population française expatriée en Asie est très forte.
Dans ces conditions, le mandat de sénateur des Français établis hors de France devient-il plus difficile à gérer ?
Entre les déplacements, le travail dans la circonscription, les travaux en commission, les sessions parlementaires, il faut que nos sénateurs soient à 100% car le mandat est très éprouvant !
Il me parait donc nécessaire de découper le monde en quatre circonscriptions (deux au minimum), ce serait raisonnable, et plus démocratique.
Que pensez-vous de la création récente d'un secrétariat d'Etat aux Français de l'Etranger ?
Ce n'est pas nouveau ! Plusieurs personnes ont déjà occupé ce poste (Renaud Muselier, Alain Vivien à l'origine de la MFE?). Or ils ont toujours été écrasés par leur ministre de tutelle qui ne souhaitait leur confier ni la Direction des Français à l'étranger (DFAE) ni un budget propre. C'est donc d'un cynisme absolu que de nommer un secrétaire d'Etat qui, accompagné d'une poignée de fonctionnaires, ne pourra rien mettre en place en 8 à 10 mois alors que le budget est déjà bouclé. Il n'est là que pour faire rêver les Français de l'étranger dans le but de capter des voix pour les échéances prochaines.
La sénatrice Monique Cerisier ben Guiga lors d'une séance au Sénat (photo courtoisie Français du Monde-ADFE)
Que pensez-vous de l'arrivée prochaine dans l'Hémicycle de députés qui représenteront les Français de l'étranger ?
C'est une bonne idée, car dans le système politique bicaméral qui caractérise notre démocratie, nous avions besoin de relais pour soutenir nos amendements à l'Assemblée. Nous avons donc réussi à faire admettre au sein du Parti socialiste la nécessité de créer ces postes.
Nous aurions cependant aimé que leur élection fasse partie d'un volet du scrutin qui se serait déroulé "à la proportionnelle". Entre le découpage et les investitures à l'UMP, on est en droit de se demander quelle légitimité ont Eric Besson et Thierry Mariani pour représenter les Français de l'Etranger !
Quels sont les thèmes qui seront, selon vous, au c?ur de la campagne des Français de l'étranger en 2012 ?
Le problème du service public consulaire apparait comme majeur. Les technocrates ferment ou privent les consulats de moyens (notamment humains). Cette réduction des effectifs est aggravée par l'équipement de logiciels qui sont totalement inadaptés, leur cahier des charges ayant été réalisé par des technocrates sans consultation des équipes sur le terrain. Il faut donc de 2 à 3 ans pour que les équipes consulaires soient réellement opérationnelles. Il s'agit d'une perte de temps importante.
De même, certains ont voulu trop centraliser certaines fonctions consulaires. Il faut voir le service d'Etat Civil basé à Nantes : une énorme usine informatique !
Le thème de la sécurité de nos concitoyens sera également important, sécurité face aux événements politiques mais également face aux cataclysmes.
Enfin l'éducation sera bien évidemment au c?ur de cette campagne. Il me semble qu'il ne faille pas limiter l'éducation aux seuls réseaux de l'AEFE et de la MLF. Les enfants de parents français restent francophones ou francophiles ; pourtant deux tiers n'iront jamais dans un lycée français, la plupart du temps pour des raisons géographiques.
En Europe et en Amérique du Nord où les systèmes scolaires sont de bon niveau, il faut développer les structures alternatives. Pour les enfants de 3 à 8 ans, il faut mettre en place au sein des établissements 3 ou 4 heures hebdomadaires d'activités en Français. Il faut en effet créer un statut valorisant le Français dans la tête de l'enfant.
La loi sur la Prise En Charge des frais de scolarité (PEC), mesure phare de Nicolas Sarkozy à destination des Français de l'Etranger, fait aussi débat ?
Il faut en sortir progressivement, sur 3 ans. Les sommes doivent être réallouées aux bourses pour être redistribuées à ceux qui en ont réellement besoin. Dans le même temps, il faut trouver une solution pour les investissements immobiliers des établissements du réseau, sur la base d'accords tripartites entre l'AEFE, les établissements et les parents d'élèves.
Que pensez-vous de la proposition de Jérôme Cahuzac, président (PS) de la commission des finances de l'Assemblée Nationale, d'imposer les Français de l'Etranger ?
La proposition de Jérôme Cahuzac d'imposer les Français de l'Etranger ne tient pas debout. Nous le lui avons d'ailleurs expliqué ! Il faudrait renégocier les conventions fiscales mises en place avec nos partenaires. Ce n'est donc pas envisageable.
Qui soutenez-vous pour les Primaires Citoyennes organisées par le PS ?
En 2007, je soutenais Dominique Strauss-Kahn, mais son passage au FMI et les réformes qu'il a alors conduites ne sont pas en phase avec mes idées. Il a un peu coupé les liens avec la France. Pour ces primaires, je soutiens fermement François Hollande qui a su démarrer sa campagne tôt.
Vous êtes, en parallèle de votre mandat de sénatrice, présidente de Français du Monde-ADFE. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette association ? Quel sera son rôle dans la campagne ?
Notre association défend les intérêts des Français de l'étranger partout dans le monde. Elle est engagée sur des principes de philosophie politique qui sont clairement les héritages de la Révolution Française et de l'Humanisme, de la IIIème République, et de la social-démocratie. Nous défendons donc des valeurs telles que la non-discrimination, l'égalité de droit (par exemple, la plurinationalité) et les Droits de l'Homme.
Notre association ne sera pas un champ de bataille ! Nous refusons d'être utilisés pour des combats tacticiens et électoraux. Nous transmettrons à nos membres les informations civiques utiles à ces élections.
Propos recueillis par Thibaut Devémy - (www.lepetitjournal.com) ? Septembre 2011
Lepetitjournal.com : Vous avez décidé de passer le flambeau après deux mandats de sénatrice. Quels souvenirs garderez-vous de vos mandats ?
Ce fut une période très riche de ma vie qui m'a contrainte à un travail considérable sur moi-même.
Il s'agissait de tirer au maximum profit de mes qualités et? de mes défauts. Mes mandats ont été d'un enrichissement humain considérable, au contact pendant 19 années d'une grande variété de personnes et de situations humaines que j'ai vécu avec empathie. Mon éducation provinciale m'a permis de pouvoir m'adapter facilement, d'être à l'aise avec tout le monde, quelle que soient ses origines ou sa catégorie socioprofessionnelle. Ces nombreuses rencontres ne peuvent se résumer à des rencontres politiques.
J'ai toujours été une sénatrice généraliste. Ces mandats ont été pour moi un enrichissement intellectuel de tous les instants puisqu'ils m'ont demandé des efforts constants, pour me former en droit public ou sur des thématiques très techniques comme la nationalité, la protection sociale, les conventions bilatérales, la gestion budgétaire, la comptabilité publique ou encore l'action extérieure française. Ce fut un cadeau fabuleux des citoyens, des électeurs.
Que regrettez-vous au cours de ces mandats ?
C'est un mandat qui vous absorbe et qui demande des sacrifices au niveau familial et amical.
Je regrette également la vie culturelle très appauvrie, les déplacements ne laissant que peu de temps aux visites.
Propos recueillis par Thibaut Devémy - (www.lepetitjournal.com) ? Septembre 2011
Voir aussi :
Français du Monde -ADFE - L'association a tenu son Assemblée Générale
En savoir plus :
Le site de Français du Monde-ADFE
Le site de la Fédération des Français de l'Etranger du Parti Socialiste

