

Alors que les conseillers élus de l'AFE seront réunis dimanche pour élire six sénateurs représentant les Français établis hors de France, le sénateur Christophe-André Frassa, qui n'est pas concerné par ce renouvellement, nous donne son point de vue sur les évolutions à venir dans la représentation des Français de l'étranger
lepetitjournal.com : Comment se présentent les prochains rendez-vous électoraux ?
Christophe-André Frassa : Mon leitmotiv est que les Français de l'étranger prennent conscience du poids qu'ils représentent, soit l'équivalent du 6ème ou 7ème département français en termes d'inscrits sur les listes. J'aimerais qu'ils s'expriment dans les mêmes taux de participation qu'en métropole. Cela permettrait d'avoir un poids considérable dans les choix de la nation.
Ainsi, nous n'avons jamais fait autant pour la représentation politique des Français de l'étranger : création d'un secrétariat d'Etat dédié, multiplication des bureaux de votes dans le monde, instauration du vote par internet pour les législatives, levée des contraintes de propagande électorale sur la zone Europe? Il nous faut désormais pousser le maximum de nos concitoyens à s'inscrire sur les listes électorales !
Aurait-il fallu éviter de laisser le choix aux Français établis hors de France de voter en métropole ou à l'étranger ?
Je n'aime pas imposer les choses mais je juge normal qu'un électeur vote sur son lieu de résidence.
(photo courtoisie sénateur Christophe-André Frassa)
Des députés vont vous rejoindre en juin 2012. Que pensez-vous de cette nouveauté ?
Je pense que c'est une très bonne chose. La représentation politique des Français de l'étranger restait encore un peu bancale, puisqu'ils disposaient de 155 élus locaux et de 12 sénateurs. Il s'agissait d'un handicap quand nous souhaitions modifier des textes. Il nous fallait constamment trouver un député pour porter nos textes à l'Assemblée. C'était un peu comme « lancer une bouteille à la mer » ! Leur arrivée va donc nettement faciliter le travail législatif pour les 23 parlementaires. Je présidais la commission des lois à l'AFE lorsqu'il a fallu porter ce projet. Le texte n'avait d'ailleurs obtenu aucune voix contre.
Les Français de l'étranger seront désormais représentés à tous les niveaux, ce qui permettra que rien ne nous échappe à travers le réseau. Les conseillers AFE apporteront leur proximité avec le terrain, les députés un éclairage sur leurs zones et les sénateurs leur connaissances de longue date des problématiques globales des Français de l'étranger.
Il nous faut encore parfaire cette représentation. Nous continuerons à travailler ardemment pour une représentation spécifique des Français de l'étranger pour les élections européennes. La logique aurait voulu que, sur les 2 nouveaux sièges de députés européens récupérés par la France, l'un soit réservé aux Français de l'étranger établis en Union Européenne et l'autre pour les Français de l'étranger hors UE.
Pour le moment, il a été convenu que les Français de l'étranger pourront voter dans leurs centres à l'étranger mais ils voteront pour les listes déposées sur la circonscription Ile de France.
La création d'une collectivité publique vous semble-t-elle être une suite logique ?
Une prise en considération de la collectivité des Français de l'Etranger est indispensable. Elle est le fruit du travail préliminaire d'une commission temporaire sur la décentralisation à l'AFE qui a débouché sur un avant-projet de loi de Collectivité d'Outre-Frontière. Les conseillers AFE seront alors des « super conseillers régionaux ». Il nous faut encore travailler pour faire évoluer un peu les mentalités.
Que pensez-vous de la proposition de réforme de l'AFE du sénateur Del Picchia ? (voir notre interview)
Cette proposition sera débattue lors de la prochaine assemblée des Français de l'Etranger (du 26 septembre au 1er octobre). Je suis favorable à la création d'une collectivité ce qui suppose une autonomie financière. Mais le problème ne vient pas tellement du statut de l'AFE mais plutôt de son travail, qui est de conseiller le gouvernement. Il faut donc, selon moi, améliorer les conditions de travail des conseillers en leur donnant les moyens de rédiger des rapports de qualité. Cette assemblée a une réelle expertise à apporter sur les problématiques des Français de l'étranger. Il faut donc une révolution dans les méthodes de travail, pas tant dans la structure.
Que vous inspire la création récente du secrétariat d'Etat aux Français de l'Etranger ?
Ce secrétariat d'Etat, spécifiquement dédié aux Français de l'étranger, est une nouveauté. C'est le premier ministre à avoir ce titre précis depuis Didier Bariani (1986-88). Pour simplifier, « si le Ministre des Affaires Etrangères est un peu le ministre des ambassadeurs, le secrétaire d'Etat aux Français de l'étranger est ainsi le ministre des consuls généraux. »
L'opposition et la presse ont beaucoup critiqué cette nomination. Quel pourra être son apport dans les mois à venir ?
Je trouve totalement déplacées les critiques contre David Douillet. On ne peut lui reprocher ses voyages car son rôle est avant tout de rencontrer nos compatriotes partout dans le monde. Il est aussi le patron des services qui vont organiser pour la première fois une élection totalement inédite. Près de 700 bureaux seront ouverts à travers le monde lors de cette première édition. Le vote électronique sera également un test national qui sera peut être amené à être généralisé sur les autres circonscriptions dans les prochaines années. C'est donc un faux procès qui est intenté à David Douillet.
Au contraire, il est important que les Français de l'étranger aient un ministre qui peut prendre en compte leurs demandes spécifiques, là où les différents ministères n'apportent que des réponses génériques ou inadaptées aux Français de l'étranger.
Enfin, les enjeux sont suffisamment importants : scolarité, réseau de l'agence, prise en charge des frais de scolarité, bourses, protection sociale?
Qui est le mieux placé pour dénoncer un projet de loi? Nous avons désormais quelqu'un au conseil des ministres qui sera en mesure de mettre en garde le gouvernement lorsqu'un projet de loi aura une incidence importante sur la vie de nos compatriotes à l'étranger.
Le problème s'est posé quand le chef de l'Etat a voulu imposer les résidences secondaires (voir notre article), alors même que cette résidence constitue pour beaucoup d'expatriés un effort de lien avec la France et avec leurs familles.
Quelles seront les thématiques abordées dans le volet « Français de l'étranger » du programme 2012 ?
Bruno Le Maire, en charge du programme à l'UMP, devrait nous consulter lors de la rédaction du programme du candidat. Pour l'instant, il est encore un peu tôt pour se prononcer sur le contenu du volet « Français de l'étranger ».
Quel rôle jouerez-vous dans la campagne des députés des Français de l'étranger ?
Je soutiendrai les candidats qui seront le plus à même de défendre les intérêts des Français de l'étranger. Au sein de la cinquième circonscription où je réside, je soutiens la candidature d'Eric Besson.
Propos recueillis par Thibaut Devémy - (www.lepetitjournal.com) ? jeudi 22 septembre 2011
Français de l'étranger, retrouvez toute l'info sur les élections à venir en consultant notre site : http://www.lepetitjournal.com/elections-2012.html
Voir notre article Sénatoriales 2011 ? Français de l'étranger - huit listes officiellement déposées
Voir notre article Sénatoriales 2011 ? Les 155 conseillers élus à l'AFE appelés aux urnes ce dimanche
Voir aussi
Le site de l'AFE
Le site expatrié du sénat
Les douze sénateurs actuels des Français établis hors de France
Le site du Sénat sur les élections

