Édition internationale

E. Courtial - "Il faut changer l’image des Français de l’étranger"

Écrit par Lepetitjournal.com International
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Dans un entretien exclusif, Edouard Courtial, qui vient de fêter ses 2 mois à la tête du secrétariat d'Etat aux Français de l'étranger, revient sur ses déplacements récents et ses objectifs pour les mois à venir.

Monsieur le Secrétaire d'Etat, comment se sont déroulés vos 2 premiers mois depuis votre prise de fonction? Quelles sont vos premières impressions?

Depuis ma nomination, j'ai eu l'occasion d'effectuer de nombreux déplacements à la rencontre de nos compatriotes expatriés. Je me suis successivement rendu à Maurice, en Norvège, République Dominicaine, Haiti, Allemagne, Espagne, Corée du Sud, Japon, Chine, Philippines, Singapour et dernièrement aux Etats-Unis.

Je ne découvre pas totalement les problématiques liées aux Français de l'étranger parce que j'ai, comme de nombreux Français, de la famille qui réside à l'étranger, au Mexique notamment.

Je retiens plusieurs points de mes déplacements à l'étranger.  D'abord, les préoccupations des communautés expatriées reposent sur 3 piliers essentiels : l'enseignement, la sécurité et la protection sociale,  l'éclairage n'étant pas le même suivant les lieux de résidence.

Ensuite, il est nécessaire de changer le regard des Français sur leurs compatriotes expatriés. Ces derniers sont trop souvent perçus comme des évadés fiscaux. Or la réalité est bien différente de ces a- priori. Il s'agit de compatriotes qui sont là pour des raisons économiques, familiales ou historiques et qui sont une richesse pour la France. Aussi j'ai profité de la dernière session de l'AFE pour soumettre l'idée d'instaurer en 2014 une année des Français de l'étranger, sur le modèle de ce qui avait été fait en 2011 pour les Français d'Outre-Mer.

Enfin, la France dispose du premier réseau d'enseignement à l'étranger avec 480 établissements répartis dans le monde. Leur niveau d'excellence est reconnu, attirant ainsi de nombreux étudiants du pays de résidence mais aussi de pays tiers. Ainsi sur les 300.000 élèves que compte le réseau, 2 tiers ne sont pas de nationalité française. Cela constitue un outil politique, économique et culturel d'une grande importance pour le rayonnement de notre pays.

(photos Oana Paraschiv / lepetitjournal.com)

Sur l'enseignement justement, quelle évolution doit être donnée à la loi de prise en charge (PEC)?

La prise en charge faisait partie des engagements de Nicolas Sarkozy en 2007. Il faut la maintenir.

Il faut tout d'abord rappeler le contexte. Le coût de l'aide à la scolarisation des élèves français résidant à l'étranger a évolué passant de 50 millions d'Euros en 2007 à 120 millions d'Euros en 2012. Il s'agit d'un effort remarquable. Je dirai que nous sommes engagés sur un chemin ambitieux mais qu'en ces temps d'efforts sur les dépenses publiques, il faut se montrer réaliste, et donner du temps au temps.

J'ai pu constater certains côtés vertueux de la PEC. Elle a ainsi permis de faciliter la scolarisation des enfants des personnels expatriés pour les PME, ce qui constituait un frein au recrutement dans ces structures. Cela bénéficie donc à ces entreprises et par conséquence au développement du commerce extérieur français.

De même, je m'élève contre l'argument selon laquelle la PEC remettrait en cause la participation financière des grands groupes à l'étranger. Ce phénomène est marginal. Sur 180 grands groupes, seuls 4 ont supprimé leur soutien à la scolarisation des enfants de leurs expatriés.

Par ailleurs, aux Philippines, j'ai eu l'occasion de constater que cette mesure permettait de maintenir le lien avec la France, car elle renforce encore l'attractivité de nos établissements dans des villes où ils sont soumis à la concurrence d'autres établissements scolaires internationaux.

Comment s'organisent vos déplacements? Quelles sont les réactions des communautés que vous rencontrez?

Nous choisissons les destinations en fonction de plusieurs critères. Bien évidemment il existe des destinations incontournables (Berlin, Madrid, New York?) où la  présence française est importante. Mon agenda est également défini en fonction des rencontres bilatérales. Enfin, je m'efforce de rencontrer les communautés des pays où les dernières visites ministérielles remontent à plusieurs années. Par exemple, il n'y en avait pas eu aux Philippines depuis 2005 !

Mes déplacements sont marqués par des passages obligés. Mes temps de visite se répartissent entre les différents acteurs : rencontres avec la communauté française, visites d'établissements scolaires, rencontres avec les forces économiques? Je suis à chaque fois agréablement surpris par la résonance locale et le signal perçu lors de mes visites.

Ces communautés sont-elles suffisamment sensibilisées aux prochaines modifications de leur représentation politique?

L'un des grands chantiers est bien évidemment l'organisation des prochaines élections, d'autant plus que les Français de l'étranger pourront élire pour la première fois des députés des Français de l'étranger.

Ils perçoivent que le Président et le Premier ministre ont voulu accompagner institutionnellement l'évolution de la communauté expatriée. Cette dernière s'est accrue de 50 % depuis 10 ans ; elle continue sa progression sur un rythme d'environ +5% par an. Il était donc normal de créer ces onze circonscriptions et ce secrétariat d'Etat.

Il fallait d'ailleurs pallier le long mouvement d'érosion qu'a connu la participation aux élections à l'étranger. En 1981, la participation était de 80 % en métropole et de 75% à l'étranger. En 2007, elle a été respectivement de 83% en métropole contre 47% à l'étranger.

L'arrivée prochaine de députés représentant les Français établis hors de France est une chance qu'il leur faut saisir. Même si les députés représentent la nation dans son ensemble, il va de soi que ces futurs députés possèderont une culture liée au territoire où ils sont élus. De plus, ils permettront de réaliser une veille juridique sur ces thématiques très spécifiques, évitant ainsi que certaines propositions de loi voient le jour? (sourire) (cf. EDOUARD COURTIAL - Une prise de fonction et un mea culpa)

Les Français de l'étranger se doivent donc de participer en nombre à ces élections d'autant plus qu'ils auront la possibilité pour ce scrutin de voter par correspondance et par voie électronique pour les élections législatives.

Concernant le vote électronique, quelles mesures ont été prises pour qu'il se déroule dans les meilleures conditions?

Nous nous baserons sur l'expérience de la DFAE (Direction des Français à l'étranger et de l'Administration consulaire). Nous avons fait appel à un nouveau prestataire externe et la procédure a été simplifiée. Une phase test va être effectuée dans les prochaines semaines.

Comment va s'articuler la représentation politique des Français de l'étranger entre les conseillers AFE, les sénateurs et les prochains députés des Français de l'étranger?

L'articulation entre l'AFE et les sénateurs n'est pas nouvelle. Mais, avec l'arrivée des députés, il est évident que l'AFE va devoir trouver sa place. Son évolution est donc attendue. Lors de la dernière session de l'AFE, j'ai d'ailleurs demandé à ses membres de réfléchir aux évolutions possibles et souhaitables de cette assemblée. A mon sens, ces hommes et femmes engagés doivent faire davantage entendre leur voix. Il faut a priori renforcer le rôle de l'AFE.

Comment se passe votre collaboration avec votre ministre de tutelle, Alain Juppé, qui a lui aussi vécu en expatriation?

C'est une grande chance pour moi de travailler avec le Ministre d'Etat Alain Juppé. Il est sensible aux problématiques des communautés expatriées et nous échangeons régulièrement sur le sujet. Nous nous retrouvons d'ailleurs chaque mercredi après le Conseil des Ministres pour faire le point sur les différents dossiers dont j'ai la charge.

Le secrétariat d'Etat aux Français de l'étranger a été largement décrié lors de sa création, certains parlant de gadget électoraliste. Pensez-vous qu'il doit s'inscrire dans la durée?

Les Français de l'étranger sont la 3ème composante de la Nation avec les Français de métropole et de l'Outre-Mer. Cette population mérite d'être prise en compte et je souhaite que ce secrétariat d'Etat soit pérennisé.

Que pensez-vous de la fiscalité des Français de l'étranger?

Encore une fois, je le répète, il faut changer l'image des Français de l'étranger. De nombreux expatriés payent des impôts dans leur pays de résidence. Cette imposition rentre dans le cadre de conventions fiscales passées entre ces pays et la France. Beaucoup d'expatriés sont également imposés en France. Le secrétariat d'Etat dont j'ai la charge a également pour but de défendre les intérêts et de mieux expliquer les situations vécues par les Français à l'étranger, notamment auprès de Bercy : il y a un rôle de vigie.

Mon action a toujours été basée sur le pragmatisme et l'échange sur le terrain. Etre à la tête de ce portefeuille est une fierté pour moi.  Je souhaite que les Français de l'étranger puissent faire entendre leur voix car ils participent au rayonnement de notre pays.

Que pensez-vous des récentes propositions visant à remettre en cause la binationalité?

Il faut préciser que 46 % des Français à l'étranger sont des binationaux. La remise en cause de la binationalité n'est pas à l'ordre du jour. Ce débat a été clos par le Président de la République.

De nombreuses voix s'élèvent contre la réorganisation des services consulaires?

Il faut remettre les choses dans leur contexte. La France dispose du premier réseau consulaire au monde que ce soit en termes de représentations ou au niveau de la qualité et de l'éventail de services proposés.  On dénombre aujourd'hui 233 postes consulaires auquel il faut ajouter nos 496 consuls honoraires. Dans un contexte budgétaire exigeant, il est nécessaire d'adapter ce réseau en raison de l'évolution démographique de la population expatriée tout en respectant les contraintes de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques).

Dans certaines régions, je rappelle que nous sommes les seuls à disposer d'un consulat. Nous avons été pendant longtemps le seul pays à disposer d'un consulat général à Wuhan (Chine) par exemple.

Vous parliez de l'importance de l'enseignement dans le rayonnement de la France à l'étranger. Quel est votre avis sur la circulaire du ministère de l'intérieur vis-à-vis des visas de travail accordés aux anciens diplômés étrangers?

La circulaire en question n'invente rien. Elle ne fait que rappeler la loi. Elle permet d'établir un degré d'appréciation dans le traitement des dossiers. Il y a eu quelques crissements mais la quasi totalité des cas a maintenant été réglée.

Serez-vous candidat aux législatives? Comment vont s'articuler vos missions durant la campagne électorale?

Je continue à vivre à Agnetz dans l'Oise où j'ai été élu député en 2002. A priori je serai candidat. Dans l'Oise ! Et non dans une circonscription des Français de l'étranger, comme cela a pu être évoqué. Je continuerai à multiplier les déplacements, à aller sur le terrain. J'adapterai mon rythme de voyages afin de trouver un équilibre entre mes déplacements et mon action.

Propos recueillis par Thibaut Devémy ? (www.lepetitjournal.com) Jeudi 1er Décembre 2011

 

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logofbinter
Publié le 1 décembre 2011, mis à jour le 5 janvier 2018
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