

Alors que l'Europe est remise en question par beaucoup, le député socialiste Philip Cordery tente de remettre au goût du jour une vielle aspiration : l'harmonisation sociale de l'Union. Le salaire minimum européen semble plus que jamais éloigné des préoccupations de l'UE. Pourtant ce dernier pourrait rétablir les déséquilibres toujours plus criants au sein de la zone euro. Comment le député des Français de l'étranger installés au Benelux compte-il s'y prendre pour l'instaurer ?
Convergence économique vs harmonisation économique
Si la convergence économique est bien entamée avec la monnaie unique, la création de la Banque centrale européenne et plus récemment la directive sur les travailleurs détachés, la convergence sociale et fiscale entre les Etats membres de l'Union Européenne se fait attendre.
Le rapport remis le 19 octobre dernier à Harlem Désir, ministre chargé des Affaires Européennes, et à Myriam El Khomri, ministre du travail, par Philip Cordery, député des Français établis au Benelux, s'attaque d'emblée aux raisons qui empêchent la mise en place du salaire minimum à l'échelle de l'Union, ou du moins de la zone euro. Sont mises en causes les disparités au sein de ces dernières, « zone monétaire incomplète » selon Philip Cordery. Avec la monnaie unique, les salaires deviennent les variables d'ajustement pour les Etats qui souhaitent favoriser leurs exportations. Les monnaies nationales étaient jusqu'alors les variables d'ajustement traditionnelles des Etats.
Devant la tache à accomplir, le rapport se veut réaliste. « Il ne serait pas tenable de demander immédiatement un salaire minimum unique à toute l'Union » confie Philip Cordery, c'est il propose de commencer par la fixation d'un salaire minimum propre à chaque Etat membres. Ce dernier devra être compris entre 50 et 60% du salaire médian du pays.

De plus, lorsqu'ils existent, les niveaux de salaires minima bruts sont très hétérogènes, de 184 euros mensuels en Bulgarie à 1.943 euros pour les Luxembourgeois. Le SMIC français et ses 1.458 euros mensuels bruts se situent à la quatrième place.
Les modalités de fixation de ces derniers sont aussi très différents : si en France le SMIC est chaque année augmenté pour soutenir la demande intérieure des ménages les plus pauvres, le niveau du récent salaire minimum allemand est décidé en fonction de son effet sur la compétitivité des salariés et des entreprises.
« Lutter contre le dumping social »
Ce tour d'horizon des droits du travail européen fait dire à Philip Cordery que « La situation actuelle permet les conditions d'une concurrence entre les travailleurs européens ». Sans harmonisation des normes sociales, la concurrence entre les Etats ne peut être que déloyale. Lors de la remise du rapport, Myriam El Khomri, qui a donné son nom à la célèbre loi travail, a évoqué la nécessité de « lutter contre le dumping social ».
Cependant pour mettre fin à ce dumping social, l'harmonisation des salaires minimum ne sera pas suffisante, l'harmonisation fiscale est impérative pour que les salaires nets s'équilibrent entre les travailleurs européens.
Le député des Français installés dans les pays du Benelux ne se décourage pourtant pas. Ce rapport sert selon lui à « enclencher la machine ». Ce dernier espère que des mesures marquantes dans le sens du salaire minimum européen seront « annoncés en 2017 par Jean-Claude Junker dans son socle des droits sociaux ».
Interrogé sur le délai de mise en branle de la « machine », Philip Cordery répond « la convergence économique a pris du temps depuis les premières idées de Jean Monnet d'une communauté du charbon et de l'acier entre l'Allemagne et la France à la fin des années 1940 ». Sans doute les pères de l'Union ont préféré la convergence économique à la convergence sociale. Espérons que le rattrapage social arrive, pour que l'Europe marche enfin sur ses deux jambes.
Les oppositions sont pourtant nombreuses, notamment de la part des pays qui ne connaissent pas le salaire minimum et de Business Europe, association qui regroupe 40 organisations patronales européennes dont le MEDEF.
Robin Marteau (www.lepetitjournal.com) jeudi 20 octobre 2016

