

Marine Crenn ne connaissait pas la couture jusqu'à la naissance de son premier enfant. Arrivée en Italie en 2011, elle y a créé Supercut, une mercerie en ligne, un magasin destiné à ceux qui confectionnent eux-même leurs vêtements

"Lorsque je suis arrivée en Italie, j'avais beaucoup de temps pour coudre, mais je ne trouvais pas de tissu pour cela ici. Parallèlement je recherchais une activité professionnelle, c'est là que l'idée m'est venue." Marine Crenn, 38 ans, a créé en septembre 2013 Supercut, un site de vente en ligne de tissus et autres accessoires de couture. Ce magasin s'adresse à des jeunes femmes qui confectionnent des vêtements pour elles-mêmes.
"Au départ, je vendais des tissus de marque. Cela facilite l'achat, car sur internet on ne peut pas toucher le tissu alors on se rattache à des marques connues, réputées pour leur qualité." En parfaite femme d'affaire, Marine s'adapte à son marché. Elle abandonne petit à petit les marques, dont le prix n'est pas adapté pour des couturiers amateurs. "Je me suis rendue compte que les Italiennes ne prenaient pas en compte les marques. Le concept de designer de tissu n'existe pas ici. La marque n'a de la valeur que si elle est reconnue autour de soi." Même si elle cible principalement le marché italien, Marine a des commandes dans d'autres pays (France, Afrique du Sud, Angleterre…). Elle commence à vendre à des professionnels, comme à des tailleurs pour des costumes d'hommes, ou à des teinturiers : "Je propose des tissus fantaisie avec de nombreux motifs. L'Italie est un pays très classique, on ne trouve pas ce type de tissu original."

Marine travaillait auparavant dans la communication sportive. Photo MC
De la course au large au métier du textile
A l'origine, le textile était loin d'être son domaine. Bretonne d'origine, Marine a travaillé dans le secteur de la voile de haut niveau pendant 15 ans. Elle s'occupait de la communication pour des skippers comme Ellen MacArthur, ou pour des compétitions tels que le Vendée globe et les Jeux Olympiques de Sydney. "Je ne connaissais pas du tout la couture. Quand je suis tombée enceinte de mon premier garçon, j'ai commencé à coudre des vêtements. C'était la mode en France à ce moment-là, de nouveaux sites donnaient envie de commencer".
En 2011, son mari, belge, a une opportunité de travailler dans une entreprise en Italie. Elle arrive à Bergame, près de Milan, sans travail et sans parler la langue. Au départ elle s'occupe de ses deux enfants en bas-âge, puis souhaite retrouver une activité professionnelle. "On me disait qu'en tant que femme, je ne trouverais pas de travail en Italie. Et puis, il n'y a pas d'aide ici pour faire garder ses enfants. Quand on est à l'étranger, on n'a pas sa famille pour nous aider. En même temps, moi qui avais toujours travaillé, je ne pouvais pas rester femme au foyer. Pour moi-même, mon couple, et ma famille, il fallait que je retrouve une activité professionnelle. Alors j'ai commencé à réfléchir à un site, qui me permettrait de travailler chez moi. La vente de tissus est devenue une évidence. En faisant une étude de marché, on s'est rendu compte qu'il y avait de la place dans ce domaine."
Marine travaille seule sur ce projet, même si son mari l'aide pour prendre des décisions. Elle a ouvert un blog pour donner des conseils sur la confection de vêtements. Elle fait également des marchés et des salons à Bergame. "Même si je vends en ligne, j'accepte des visites sur rendez-vous. Cela me permet de rencontrer du monde, l'un des objectifs d'une activité professionnelle."
Comme tout entrepreneur, Marine a rencontré des difficultés, à commencer par comprendre les règles administratives du pays. "La deuxième difficulté a été de percevoir les goûts et les attentes de mes clientes, qui ne sont pas forcement les mêmes en France et en Italie. La couture n'est pas encore très développée en Italie, il est rare de se faire soi-même un vêtement." Aurait-elle crée sa propre entreprise si elle n'avait pas été expatriée ? "Créer une entreprise je l'avais déjà fait. Mais une activité dans le commerce, c'est un risque que je n'aurais pas pris ailleurs que dans ces conditions d'expatriés."
Bénédicte Buisson (www.lepetitjournal.com) Lundi 19 mai 2014
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