

Le record des ventes des programmes audiovisuels français a encore explosé pour l'année 2015. Les séries télévisées Les Revenants et le Bureau des légendes sont les grands gagnants. L'animation française maintient son excellence et conquiert de nouveaux marchés.
La série d'animation française « Oggy et Cafard » s'exporte à l'étranger
C'est lors des 22ème Rendez-vous de Biarritz, véritable marché où se rencontrent les acheteurs étrangers et producteurs français, que les présidents de TV France International (TVFI) et du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée) ont annoncé les chiffres record de l'année 2015. Les recettes des ventes des programmes audiovisuel français s'élèvent cette année à 164,2 millions d'euros, soit une augmentation de 6,8% par rapport à 2014.
Hervé Michel, président de TVFI, annonce même une progression de 42,8% sur les dix dernières années. Difficile de situer la France dans un classement mondial, elle se place néanmoins loin derrière les États-Unis et la Grande Bretagne qui produisent environ 1000 programmes par an contre plus de 100 en France.
En tête de proue du dynamisme de la production française, trois formats sont plébiscités : les séries télévisées, les documentaires et les dessins animés.
Les séries télévisées : Le Bureau des légendes, les Revenants, Versailles...
Malgré la domination des États-Unis sur les séries télévisées, la production française tire son épingle du jeu audiovisuel et commence à aborder des thèmes laissés aux Américains jusqu'alors : l'histoire, le judiciaire et le fantastique. Les séries gagnantes de l'année 2015 : Les Revenants et Le Bureau des légendes, série la plus exportée selon Federation Entertainment, distributeur et coproducteur.
Les Revenants, série originale de Canal +, met en scène un groupe de défunts qui retournent auprès de leurs proches. Loin d'une série américaine où s'affrontent des armées de zombies, le réalisateur Fabrice Gobert a choisit un angle intimiste pour traiter ce sempiternel sujet fantastique : « On ne voulait pas faire The Walking Dead (série américaine dans laquelle le monde est peuplé de zombies ) parce que c'est américain, ça n'aurait pas de sens. On a essayé de faire quelque chose de très français ». Tournée dans la région d'Annecy, la série réussit brillamment a crée une atmosphère fantastique, entre réalisme sans phare et trame paranormale. La série s'exporte particulièrement dans les pays anglo-saxons, sous le titre The Returned.
Le Bureau des Légendes, autre création originale de Canal +, introduit le spectateur au sein des renseignements extérieur français. Eric Rochant, le réalisateur plonge le spectateur dans un département appelé le Bureau des légendes (BDL) pilote à distance les agents les plus importants des services de renseignements français : les clandestins. En immersion dans des pays hostiles, leur mission consiste à repérer les personnes susceptibles d'être recrutées comme source de renseignements. Pour Mathieu Kassovitz, acteur principale de la série d'espionnage, la première saison est « à la hauteur des productions américaines ». A saluer les performances de Jean-Pierre Roussin, directeur du Bureau des Légendes, et Zineb Triki qui incarne Nadia El Mansour, syrienne impliquée malgré elle dans la guerre entre services de renseignement.
La série Versailles, encore une série originale de la chaîne de Vincent Bolloré, séduit énormément Outre-Manche. Sans prétention à l'exactitude historique, la série qui a pour toile de fonds la cour du Roi Soleil et ses intrigues, séduit beaucoup nos voisins britanniques.
A noter que ces séries ne sont pas destinées aux jeunes spectateurs.
Les documentaires : Apocalypse, tête de proue
La vente des documentaires français à l'étranger enregistre cette année une hausse de 6% en 2015, entraînée par la dynamique exceptionnelle autour de la série documentaire Apocalypse diffusée dans 165 pays. Son succès s'étend jusqu'au États-Unis où le marché des documentaires historiques est le plus concurrentiel du monde.
Cette réussite est amplement méritée, les documentaristes d'Apocalypse ont rassemblé, restauré, et colorisé une quantité impressionnante d'images d'archives. Mises bout-à-bout dans une narration pertinente, ces images souvent inédites font d'Apocalyspe un véritable document historique qui satisfait autant les passionnés que les novices. (Visionnez le premier épisode de la série Apocalypse: Staline en cliquant ici.)
Dessins animés : le maintien de l'excellence française
Le dessin animé français s'exporte bien, même très bien ; d'abord en raison de son format, qui permet un doublage facile dans plusieurs langues, mais aussi par la qualité des studios d'animation français, enviée jusqu'à Hollywood. Cette année encore, le dessin animé est le format qui progresse le plus en terme d'exportation. Certes loin derrière le Japon, l'animation française confirme sa place parmi les leaders du marché mondial en augmentant de 12% ses ventes par rapport à l'année 2014. Les dessins animés, traditionnellement cantonnés aux publics enfantins, n'ont plus à pâlir face à leurs grands frères du cinéma et du documentaire puisqu'ils représentent désormais un tiers du marché mondial de l'audiovisuel.
Qui sont les acheteurs ?
C'est sans surprise les pays de l'Europe de l'Ouest qui sont les plus friands de programmes français, avec en tête Allemagne et Autriche qui cumulées représentent 22,1% des ventes françaises. L'Espagne a quant à elle augmenté de 70% ses achats de fictions et documentaires français. Cependant avec l'augmentation globale du volume des ventes, la part des achats par les pays d'Europe occidentale décroit : elle passe 63% en 2005 à 53% en 2015. L'Afrique et le Moyen-Orient, en particulier les pays de la Francophonie, participent toujours au dynamisme des exportations françaises. Des marchés comme la Russie reste cependant très hermétiques mais le directeur de TVFI est confiant dans la capacité des ?uvres françaises à percer prochainement. Perspicace, ce dernier a déclaré « De manière générale, on observe que les zones à problème (pour les exportations) sont celles où l'on retrouve les troubles géo-politiques ».
La nouveauté chez les acheteurs depuis quelques années, c'est l'apparition de nouvelles plateformes SVOD (vidéo à la demande par abonnement) comme Netflix (10% des ventes françaises). Enfin les « droits monde », nouvelle donne du marché audio-visuel ont fait leur apparition à Biarritz. Ces droits, une fois acquis, permettent de diffuser sur plusieurs territoires, dans différents pays. Netflix a ainsi acheté les « droits monde » de la série d'animation française « Oggy et Cafard ».
Robin Marteau (www.lepetitjournal.com) mardi 13 septembre 2016

