Lundi 19 avril 2021

Manifestations au Sénégal, les Français doivent rester très vigilants

Par Adèle Hourdin | Publié le 08/03/2021 à 16:50 | Mis à jour le 08/03/2021 à 17:19
Photo : Source: France 24
sénégal manifestations

Depuis la semaine dernière, des manifestations font rage au Sénégal et devraient se poursuivre au moins pour les 3 prochains jours. L’Ambassade recommande aux Français de « rester très vigilants, d’éviter les déplacements et de se tenir informés de l’évolution de la situation ».

Avec sa réputation de pays « stable », le Sénégal n’est pas un habitué des scènes de guérillas urbaines. Pourtant depuis le 3 mars, la colère domine dans les rues du pays. Saccages, pillages, manifestations… depuis le début des événements, le Sénégal déplore au moins 5 morts dans les affrontements contre les forces de l’ordre .

 

L’arrestation d’Ousmane Sonko, point de départ des soulèvements

Tout commence par l’arrestation de la figure d’opposition, Ousmane Sonko. Leader du parti Pastef, il était arrivé 3ème à la présidentielle en 2019 et est présenté comme un concurrent de taille face à Macky Sall pour les élections de 2024. Alors qu’il se rendait au tribunal pour répondre d’une accusation de viol, il est arrêté pour « trouble à l’ordre public ». Sa garde à vue, prolongée par les autorités a provoqué la colère de ses partisans. Autour de la figure d’Ousmane Sonko, est venue s’ajouter la colère des jeunes Sénégalais face à la dureté de leurs conditions de vie, en particulier depuis le début de la pandémie.

Des manifestations ont éclaté partout dans le pays, faisant au moins 5 morts. Après une brève accalmie le week-end, 3 jours de mobilisation sont prévus à partir de lundi suite aux appels du Mouvement de défense de la démocratie (M2D). Ces manifestations sont «  motivées par la volonté de demander la restauration de l’Etat de droit, d’une justice indépendante et de la démocratie dans le pays. » a indiqué le collectif Y EN A MARRE. Depuis ce week-end, l’armée, avec des chars blindés, a été déployée dans la capitale.

Lundi 8 mars, les manifestants se sont réunis autour du tribunal dans lequel Ousmane Sonko vient d’être jugé et placé sous contrôle judiciaire. L’Université Cheick Anta Diop est aussi le théâtre de manifestations violentes. D’autres marches sont recensées à Louga, Ziguinchor, Veligara, Kaolack dont certaines ont dégénéré.

 

 

La France prise pour cible

« De nouveaux appels à manifester ont été lancés pour demain lundi et les prochains jours. Il est recommandé de rester très vigilant, d’éviter les déplacements et de se tenir informé de l’évolution de la situation. » peut-on lire sur le site de l’Ambassade de France au Sénégal.

La France, jugée trop proche du pouvoir sénégalais, est prise pour cible par les manifestants depuis le début des événements. Il est reproché au président Macky Sall de faire trop de faveurs à la France, par exemple dans l’attribution de marchés publics, selon des témoignages obtenus par Le Parisien. « On a l’impression d’être sous tutelle » déclarait au média français le journaliste Khadim Fall.

Face à la situation, les écoles françaises ont fermé leurs portes vendredi et resteront closes jusqu’à nouvel ordre. L’établissement scolaire Jean Mermoz à Dakar ne rouvrira pas ses portes au moins avant le 13 mars.

Les magasins de l’enseigne Auchan ont été visés par les manifestants. Sur les 32 magasins présents dans le pays depuis 2014, 14 ont fait l’objet de saccages et de pillages. Les stations essence Total et les autoroutes Eiffage ont aussi été ciblées pour leur appartenance française. Air France et Orange ont eux-aussi baissé leur rideau.

De toutes parts, les appels à l’apaisement fusent. Les Ambassades des pays membres de l’Union Européenne ont appelé « à la retenue, à éviter la violence, à la protection des personnes et des biens ainsi qu’à une restauration pacifique du calme et du dialogue ».

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres s'est dit « très préoccupé » et a appelé « à éviter une escalade de la situation ».

 

La liberté d’expression en danger

Dans un communiqué, l’organisme NetBlocks, observateur d’internet dans le monde, a confirmé la « perturbation des réseaux sociaux et des applications de messagerie » dans le pays. Sont concernés: Facebook, Twitter, WhatsApp et certains services de Telegram.

Les chaines de télévision Sen TV et Walf TV ont fait l’objet d’une interruption pendant 72 heures de la part du Conseil National de Régulation de l’audiovisuel. Pour avoir diffusé les images des manifestations, les chaines ont été accusées d’avoir fait des « appels répétés au soulèvement populaire en diffusant des images d’insurrection en boucle ».

Amnesty International s’est dit inquiet de la situation de la presse au Sénégal et a demandé aux autorités de «  respecter la liberté de la presse et le droit à l’information des populations, en particulier la liberté des médias, afin qu’ils puissent faire leur travail de manière indépendante. ».

Les manifestants s’en sont aussi pris aux médias du Groupe Futurs Médias, fondé par Youssou N’Dour. Le chanteur est visé pour sa proximité avec Macky Sall dont il a été le ministre de la Culture.

 

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Adèle Hourdin

Adèle a rejoint l’équipe de la rédaction internationale en janvier. Elle est diplômée d'un master de journalisme et a vécu deux ans au Sénégal pendant son enfance.
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