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De l’Art brut à l’Institut français : zoom sur l’exposition Pape Diop

Par Laure Solé | Publié le 09/05/2019 à 20:00 | Mis à jour le 19/07/2019 à 14:36
Photo : L'exposition Pape Diop à l'Institut Français. ©Laure Solé
Institut Français Dakar Pape Diop Art Brut Yataal Laure Solé

Depuis le 17 avril, l’Institut français de Dakar accueille une exposition "hors normes", avec les oeuvres de Pape Diop, qui surprennent quelque peu dans l’édifice institutionnel.

Sur les murs et suspendus, on découvre des représentations de Cheikh Amadou Bamba, Cheikh Ibra Fall ou encore le tidiane Serigne Babacar. Les supports utilisés ? Tout et n’importe quoi : des morceaux de bois, de carton, des éclats de mur ou encore de macadam. Plus étonnant encore, les traits, à observer de plus près, ne semblent pas ceux d’un feutre, d’un crayon ou d’un pinceau. “C’est dessiné avec des mégots de cigarette, du café, du charbon, de l'huile de moteur, des chaussures sales”, explique Mamadou Boye Diallo, président de Yataal Art, association à l’initiative de l’exposition.

Institut Français Exposition Pape Diop Yataal Art Brut
La plupart des oeuvres de Pape Diop sont à sujets religieux. ©Laure Solé

Pape Diop ne s’est d’ailleurs pas montré au vernissage. “Nous sommes venus tous les deux, un peu plus tôt dans la journée, il a beaucoup aimé”, raconte Mamadou Boye Diallo. “Je ne pense pas qu’il aurait été à l’aise dans… ça”, ajoute le jeune homme en désignant le rassemblement de curieux et de mordus d’art présents au vernissage. L’artiste Pape Diop, considéré comme fou par beaucoup et génie incompris par d’autres, est difficile d’accès. Il est parti découvrir l’Europe en 2000 avec sa guitare pour seul bagage. Il est rapatrié peu après car diagnostiqué “fou”. Il retourne alors dans le quartier de son enfance, Médina, et y commence cette étonnante et frénétique course esthétique. Il dessine sans cesse, sur tous les supports et sans intérêt réel pour ce qu’il advient de ses oeuvres achevées. “Une fois qu’il a terminé de dessiner sur quelque chose, il l’abandonne. On peut d’ailleurs observer ses dessins partout dans la la Médina”, raconte Théo Petroni, membre de Yataal Art.

Institut Français Exposition Pape Diop Yataal Art Brut
Les oeuvres sont présentées de très diverses manières. ©Laure Solé

Comment un artiste si peu conventionnel peut-il se voir exposé à l’Institut Français ? C’est toute la démarche du collectif Yataal Art, créé en 2016, qui cherche à remettre en question les définitions cloisonnées des représentations artistiques. “Yataal Art” signifie “élargir l’art”, en wolof. Le collectif compte d’ores et déjà de nombreuses innovations culturelles à Dakar : l’inauguration d’un musée à ciel ouvert dans toute la Médina, l’événement “Dakar Brut” proposant un voyage itinérant dans des maisons traditionnelles ainsi que des ateliers d’expression artistique pédagogiques. Le collectif s’inspire du mouvement de Jean Dubuffet, “l’art des fous” : l’art pour l’art, la création comme exultant d’un désir d’exprimer et non de produire. L'Art brut, aux antipodes de l’art institutionnel dépendant des critiques, des normes et des modes.

Institut Français Exposition Pape Diop Yataal Art Brut
"Les oeuvres ont parfois même plusieurs lectures en fonction de comment on les regarde…" ©Laure Solé

Pape Diop est un “aliéné créateur”, comme l’aurait théorisé Jean Dubuffet, de par sa frénésie, son perfectionnisme et son désintérêt total pour chacune de ses oeuvres à leur achèvement. Cet homme a très longtemps fait partie du paysage de la Médina sans susciter autre chose qu’une brève curiosité. Jusqu'à ce que, il y a quatre ans, Mamadou Boye Diallo commence à le suivre, à le filmer, et à récupérer ses oeuvres une à une, en l’accompagnant dans ses pérégrinations dans le quartier. Il en a désormais plus de 2000 chez lui, dont seulement un petit échantillon est présenté à l’exposition. “Nous avons voulu montrer l’étendue de ses créations tout en gardant une certaine harmonie entre les oeuvres”, raconte Théo Petroni. “Il ne faut pas simplement balayer du regard les oeuvres, mais se plonger au sein de celles-ci. Elles ont parfois même plusieurs lectures en fonction de la façon dont on les regarde…”, confie Modboye malicieusement.

Exposition libre à l’Institut Français jusqu’au 15 mai.
 

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