Nacim Bendeddouche : « La jeunesse sera toujours une promesse et un atout »

Par Lepetitjournal Dakar | Publié le 23/05/2022 à 16:30 | Mis à jour le 24/05/2022 à 13:52
Nacim Bendeddouche : « La jeunesse sera toujours une promesse et un atout »

Dans la perspective des prochaines élections législatives (à partir du 27 mai en ligne, 5 et 19 juin 2022 dans les urnes), lepetitjournal.com est allé à la rencontre des candidats dans chaque circonscription des Français de l’étranger.
Nacim Bendeddouche, candidat indépendant à la 9ème circonscription a répondu à nos questions.

 

Pourquoi avez-vous souhaité vous présenter aux prochaines élections législatives ?

C’est une histoire personnelle qui m’a ramenée aux premières années de ma vie qui n’est pas à scruter sur un calque politique. Il s’agit d’un agenda personnel. D’une certitude. D’une volonté de servir.

C’est un rapport aux racines qui s’est ouvert, un lien au continent africain, et même à la période post coloniale des années 70, par résonance. Je suis un enfant de la coopération française. Mon père vient de nous quitter. Dans le vide sidéral de son absence, j’ai trouvé le besoin de m’engager pour les racines d’une terre rouge dans laquelle je puise mes sources.

Je n’ai jamais perdu mon cap, et je dois tout au prisme culturel des enseignants français, et des amis que j’ai eu au Lycée Descartes à Alger. Je me suis rendu compte qu’il existe des liens très forts entre ceux qui ont partagé l’expérience de l’existence à l’étranger, une forme de toile commune. L’enseignement, l’ouverture d’esprit et les échanges restent sans pareils.

Ce sont des ressources, des repères. En France je me suis construit seul en Bourgogne. J’étais subitement devenu un étranger aux yeux de quelques-uns, car vivre à l’étranger recompose le regard que l’on porte au monde. J’ai rectifié cette image car je crois aux échanges et à l’ouverture.

Enfin et nous le savons tous, la France est un pays merveilleux dont il faut saisir la portée. Bien au-delà des frontières. J’emploie le mot d’émerveillement à dessin, c’est le premier sentiment que j’ai eu en Europe. Ce sentiment ne m’a jamais quitté. Cet émerveillement doit absolument revenir sur le devant de la scène. Il passe par une représentation Européenne, et une diplomatie française forte. Rien de mieux que les Français du monde pour le diffuser, et aussi le rappeler dans nos frontières nationales.

 

Quel est votre rapport avec cette circonscription ?

Je pense vous avoir répondu en grande partie, mais vous m’offrez l’occasion d’ajouter des points précis :

J’ai un rapport que je qualifierai d’intime. Durant les années sombres en Algérie, je me suis rendu en famille en Tunisie, au Maroc, et plus tard ma fille a effectué un long stage au Sénégal dans des conditions d’une grande précarité matérielle, mais d’un immense accueil.

Il y des similitudes profondes, des attentes, l’observation de la France, et des attaches profondes dans une majeure partie des 16 pays de la circonscription. C’est une erreur que de l’oublier, et un gâchis que de le nier. Où que l’on se trouve, on peut suivre ces regards, cette énergie qui ne demande qu’à être relayée. La Jeunesse sera toujours une promesse et un atout. Les Français, jeunes actifs et retraités doivent prendre toute leur part.

Enfin c’est un rapport qualitatif. Celui d’un observateur attentif du monde politique. Aussi avec une focale internationale. Les 11 députés des français à l’étranger sont de très jeunes élus au plan institutionnel. Qu’est ce qui a motivé cette création ? Le besoin d’une réponse législative à des besoins spécifiques, mais surtout un élément moral, constitutionnel : le principe d’égalité devant la loi. Liens resserrés avec la France au-delà des frontières naturelles et au-delà des outre mers. Resserrer, tel sera mon maître mot.

 

En quoi votre parcours est-il marqué par les préoccupations des Français de l'étranger ?

Mon parcours est celui, comme tant d’autres, de gens qui sont passés d’une rive à l’autre. Tout passe par l’enfance. Aujourd’hui, je suis un cadre administratif de la fonction publique, loyal, indépendant. A ceux qui estiment que je n’aurais ni passé, ni attaches, hélas pour eux, c’est impossible.

Nous sommes tous le fruit d’une histoire que nous avons embrassé. Mes amis, ma famille œuvrent dans tous les domaines professionnels, sur une majorité de continents. Je suis un pur produit de la société civile, self made man, acquis à la culture, sans privilège particulier ni héritage matériel, mais parfaitement ancré où que je me trouve.

 

Comment voyez-vous le mandat de député ?

C’est un triptyque : rigoureux, ambitieux et engagé.

J’envisage mon mandat dans un esprit de rigueur et d’analyse. Un travail législatif de contrôle par le biais des commissions. Je veux être force de proposition, je m’inscris dans la ténacité.

Mon mandat sera ambitieux. Mon identité politique c’est le refus de l’extrême droite française, le refus de la violence, le refus des renoncements. C’est assez. Au plan moral une liberté absolue de parole quasi inexistante dans les blocs annoncés. Je ne devrai rien à personne si ce n’est aux électeurs. Le rapport sera donc direct et franc. Il m’appartient de convaincre en toute transparence.

Un dernier point d’importance, je serai engagé, exclusivement député. Je serai comme tout fonctionnaire détaché de mes fonctions sur un mandat électif. Résolument fixé sur mes objectifs de législateur.

 

Quels sont, selon vous, les défis qui attendent les Français de votre circonscription ?

La population des français à l’étranger croit régulièrement depuis ces dernières années, pour raisons professionnelles ou familiales. L’Afrique francophone est une destination de choix pour près d’un expatrié sur 5. C’est considérable.

Il existe donc une majorité d’actifs, une population jeune et rompue à l’internet, et des retraités en nombre sur le bassin méditerranéen.

Les défis sont déjà là, le plus souvent de longue date. Ils n’attendent rien d’autre que d’être relevés. La législature permet d’engager des projets et de les mener à terme.

Les plaintes et les invectives n’ont de sens que si l’on sécurise le quotidien, et que si l’on bâtit des projets sérieux. C’est un enrichissement réciproque. L’expatriation est une richesse en soi. De la culture à l’art de vivre, des technologies aux savoirs, artistiquement, économiquement, tout mérite à être développé, étendu, facilité.

Au plan des besoins pratiques, la première préoccupation de l’expatriation est celle du logement : On peut étudier la création d’une agence pour le logement des français à l’étranger. Dans tous les cas, il convient de déployer des plateformes simples, faciliter les contacts, ouvrir les échanges, couvrir les opportunités, et pouvoir offrir une garantie sur les baux locatifs selon des modalités concrètes.

La juxtaposition de cette première préoccupation pour les familles est celle de l’éducation : sur ce plan il est indispensable d’étendre à l’international, l’égalité d’accès et donc la gratuité des services publics, corollaire de l’obligation scolaire.

Enfin, la question du rapatriement en cas de force majeure, est au cœur des sujets de crises. Un fonds de garantie doit permettre d’affréter tous les moyens de transports pour permettre à chaque Française et Français de rentrer chez elle, chez lui en levant l’obstacle financier.

 

Comment est organisée votre campagne et qui sont vos soutiens ?

Bien entendu, je suis un candidat en dehors des sentiers battus. Un homme qui arpente sans aucun doute, la démocratie participative. Dans un principe de votation directe à l’image de nos amis helvétiques certes ; c’est en tout cas, sans la moindre naïveté, que je continue de croire que les jeux d’appareils induisent les gens en erreur, et nuisent aux attentes. J’en tiens pour preuve le désintérêt des échéances électorales à travers le taux croissant de l’abstention, tandis qu’elles devraient rythmer l’action citoyenne. Ces jeux incitent à une radicalité aveugle, et aveuglante. Pour ainsi dire, ils anéantissent les talents et le pragmatisme de bon sens. J’admire enfin les parcours des femmes et des hommes qui agissent sans se préoccuper du qu’en dira-ton. Je prends modestement exemple. C’est ici qu’une décision politique fait sens.

 

Quels sont les axes de travail que vous souhaitez mener à bien si vous êtes élu ?

Deux éléments clés sur cette partie du monde : la clé d’un avenir à porter, et la clé d’un hier à désembourber.

Je commence par les défis qui dépassent l’action individuelle : la crise identitaire, nourrie d’une revanche néo colonialiste est une préoccupation majeure. J’ai été sidéré des scores des candidats de l’extrême-droite. Au-delà de l’incurie, et d’une forme de misérabilisme, ils prouvent à quel point tous les révisionnismes prospèrent. C’est toute l’ambition de la qualité de l’éducation, des partenaires associatifs, et de l’ouverture culturelle qui est à remettre en mouvement. Il faut se saisir de ces sujets que la destruction climatique ne fera qu’amplifier. Pourquoi ? Parce que le climat est un enjeu de stabilisation politique. L’accès aux ressources est le facteur clé de la précarité économique, braise de tous les soulèvements incendiaires.

Je termine par le meilleur : il faut accompagner les ambitions.

La part de marché de la France s’est considérablement réduite au profit de la Chine. Les entreprises françaises perdent de leur compétitivité, sur des marchés d’avenirs. Il y a clairement un nouveau paradigme et l’histoire contemporaine semble totalement l’ignorer. La construction, les infrastructures, les matières premières, les énergies, les ports de la Méditerranée, la France d’une grande proximité historique se retrouve en concurrence. Il faut développer les partenariats européens au-delà des secteurs de pointe. Le chantier est immense et ambitieux. Il faut aider et poursuivre le dynamisme entrepreneurial d’une génération inventive, innovante et prête à investir.   

 

Quel bilan dressez-vous du mandat du député sortant ?

Je me garde à l’écart des jugements péremptoires.

J’aurais clairement signé toutes les propositions de loi qui visaient à l’égalité, au progrès social et à la lutte contre la destruction climatique (le congé parental d’éducation et les droits à la retraite, l’encadrement de la sous traitance… ). D’autres m’ont paru plus discutables, à visée politicienne, comme le retour sur les 35h qui, très clairement, ont nettement amélioré les conditions de vie des gens de ma génération. Sur ce point je suis convaincu qu’il faut travailler mieux plutôt que travailler plus. C’est une évidence au plan familial et économique, ne l’oublions pas.

J’ai apprécié l’analyse exposée dans la résolution 3462 pour la création d’une communauté méditerranéenne des énergies renouvelables qui reste d’une grande pertinence. Un autre regard est à porter vers le sud de la métropole.

Au delà de votre question, je souhaite surtout, un excellent travail à la candidate ou au candidat élu.e empreint d’une réelle perspective volontariste.

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