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Faty Ly, designer céramiste inspirée par les patrimoines africains

Par Gaëlle Picut | Publié le 25/03/2019 à 20:00 | Mis à jour le 25/03/2019 à 22:06
Photo : Collection Toile de Korogho par Fatyly © Badupixfotos
FATYLY Toile de Korogho designer céramiste dakar afrique assiette arts de la table

Avec ses créations destinées à l’art de la table, la designer céramiste Faty Ly veut rendre hommage au patrimoine et aux cultures africaines.

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Faty Ly crédit photo Jean-Claude-Thoret

« J’aime me définir comme une femme africaine, née au Sénégal » analyse Faty Ly. Née à Dakar il y a bientôt 49 ans dans le quartier de Fann, Faty Ly a beaucoup voyagé en Afrique, en Europe et aux Etats-Unis, avant de se réinstaller dans sa ville natale et de lancer en 2015 sa marque éponyme Fatyly, spécialisée dans les arts de la table.

Son parcours de vie est fait de lignes et de courbes, à l’image des motifs qu’elle dessine sur ses assiettes. « En 1988, mes parents m’ont envoyé finir mes études en France. Car au Sénégal, après près 4 mois sans cours, une année blanche a été décrétée. Puis, je me suis inscrite à l’IUT de Dijon en biologie et biochimie. Mon père était scientifique, professeur de géologie à l’UCAD. J’étais l’aînée, cela semblait naturel…  J’ai continué dans cette voie scientifique en Biologie moléculaire à Montclair State University aux USA où je me suis passionnée d’art afro-américain » explique-t-elle. Et malgré la voie très différente qu’elle a prise, elle en garde de bons souvenirs. « Comme dans les sciences, le travail du céramiste fait recours à la recherche empirique. En fait, il s’agit d’un travail de tests et d’observation comme dans un laboratoire. C’est assez similaire ! » s’amuse-t-elle.

Ensuite, elle se marie et part vivre en Angleterre puis aux Etats-Unis. Elle en profite pour se perfectionner en anglais à l’université de Brighton. De retour à Paris, elle travaille quelque temps dans la souscription médicale dans les assurances. C’est durant cette période qu’elle commence à se passionner pour les arts africains traditionnels. « Ma grand-mère s’est beaucoup intéressée à l’art d’Afrique centrale. J’ai vécu entourée de statuettes, de masques, etc. Ma mère était également très manuelle et sensible à l’artisanat et aux savoirs faire textiles. Chez moi, la tradition était valorisée. J’ai vécu avec plusieurs générations qui ont vécu un peu partout au Sénégal. Cela m’a permis de connaître ma culture et de me donner un enracinement que je cultive aujourd’hui encore précieusement ». Elle commence à acheter des objets d’arts africains à Drouot. Puis son mari est muté à Londres. Elle décide alors d’ouvrir une galerie d’art au point E à Dakar fin 1998. Une passion qui la mène, en 2000, au Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), où elle fait la connaissance de Diénébou Zon, une potière de Bobo-Dioulasso. « J’ai été séduite par son travail. Elle était l’une des seules à fabriquer des pièces originales, des petites statuettes, des figurines. Or les représentations anthropomorphiques sont rares dans les pays musulmans ». Elle commence donc à collaborer avec elle, ainsi qu’avec d’autres artisans du Burkina Faso et du Mali afin de promouvoir leur travail dans sa galerie.  « Je passais ma vie à faire des allers-retours entre Londres, Bobo-Dioulasso et Dakar » se souvient-elle.

Elle se rend compte également de son envie de se perfectionner dans les techniques de la céramique. Elle entre à Central Saint Martins College à Londres, l’une des plus prestigieuses écoles de design où elle effectue un bachelor en céramique industrielle. Elle est également titulaire d’un master en design management.

« Certes je valorise les connaissances académiques, qui permettent de se perfectionner et d’ouvrir certaines portes mais je suis aussi une adepte convaincue de l’apprentissage par la pratique, du « learning by doing » car c’est par le savoir-faire artisanal que je suis arrivée au design » analyse-t-elle.

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Puis elle commence à travailler en freelance à Londres dans le domaine de la gastronomie, notamment à travers quelques missions pour des chocolatiers. « J’ai toujours été passionnée par l’univers de la gastronomie et des arts de la table » dit-elle en souriant. Elle réalise pour eux des prototypes et des pièces de dégustation. 

Quelques mois plus tard, en 2010, elle décide de revenir à Dakar. « Depuis le début, je savais que je reviendrai m’y installer un jour. Je voulais contribuer à la vie et au développement de mon pays. De plus, l’entrepreneuriat n’est pas simple mais à distance, c’est encore plus compliqué ! J’avais d’ailleurs dû fermer ma galerie pendant ma reprise d’études ».

Elle crée d’abord un studio de design avec un ami designer industriel avec qui elle travaille dans le mobilier, le packaging, les cosmétiques, participe à quelques expositions comme le OFF de la Biennale de Dakar avant de décider de se lancer en 2015, avec sa propre entreprise, Fatyly.

Elle dessine une première série d’assiettes (96 pièces) inspirées des portraits de femmes en noir et blanc de Saint-Louis dans les années 50-60. « J’ai toujours été attirée par ces portraits d’époque rendus célèbres par Mama Casset ou Meissa Gaye. C’était une façon pour moi de rendre hommage à la femme sénégalaise ». Elle les fait réaliser à Stoke-on-Trent, cité de la porcelaine en Angleterre, en trois couleurs (bleu cobalt et or, noir et or et jaune). « Les gens me demandaient si je faisais aussi des services à thé, des plats... » se souvient-elle. « J’ai alors décidé d’écouter les demandes de mes clients et de me lancer pleinement dans les arts de la table ». Une première collection originale intitulée Nguka est alors lancée et rencontre aujourd’hui un vif succès. Pour des raisons de qualité, elle décide de travailler avec l’une des meilleures manufactures de Limoges. « Dans la céramique, chaque partie du travail correspond à un métier à part. On ne peut pas tout faire tout seul. Il faut notamment des conditions de conservation très strictes pour l’impression sur céramique » explique-t-elle. « Et j’aime l’idée de faire la jonction entre ma culture et d’autres cultures, de combiner des savoir-faire». En 2018, Fatyly a bénéficié de belles recensions dans la presse (Jeune Afrique, Elle Déco, Paris Match).

Viendront ensuite d’autres collections inspirées du Congo (Les Sapeuses, une collection de mugs en porcelaine, inspirés par les célèbres Sapeurs congolais, princes du style), de la Côte d’Ivoire (Toile de Korogho, un hommage au graphisme et au bestiaire des célèbres tissages du Nord de la Côte d’Ivoire, reflet de la culture Senoufo), ou encore du Nigéria. Faty Ly travaille également sur commande pour des projets privés ou pour certains magasins qui lui demandent des lignes exclusives.

fatyly les sappeuses
Les Sapeuses crédit photo : Layepro

« J’ai une vraie passion pour l’histoire des peuples, des traditions, des savoir-faire artisanaux. Je me sens une mission, celle de transmettre ces patrimoines culturels africains, tout en participant à donner une image contemporaine de l’Afrique, en les revisitant et en les sublimant grâce à la céramique » analyse la designer. « La porcelaine est un superbe canevas pour raconter des histoires, pour magnifier les cultures africaines » poursuit-elle.

Faty Ly veut amener les Africains à désacraliser les arts de la table. « Je souhaite qu’ils se reconnaissent dans mes produits et que ceux-ci ne soient pas gardés dans des meubles ou seulement utilisés dans les grandes occasions. Mes assiettes et services à thé et à café se veulent beaux et utilitaires ». A Dakar, ses ventes augmentent régulièrement. « On constate au Sénégal une valorisation grandissante pour le made in Sénégal et une volonté de consommer local » se réjouit-elle.

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Assiettes Baobab crédit photo Franck Boyer

Par ailleurs, Faty Ly est en train d’aménager un espace dans sa maison d’enfance pour en faire une petite fabrique de céramique et accueillir ses clients. « J’espère ouvrir ce lieu mi-2019. L’idée est d’y faire des éditions limitées, des prototypes, et de montrer aux gens comment travaille une designer céramiste afin qu’ils puissent apprécier tout le processus. C’est important pour moi de pouvoir expliquer à mes clients mon travail, car je ne vends pas que mes produits mais aussi un savoir-faire, une histoire, une personnalité » explique-t-elle. Faty Ly travaille également sur un ouvrage sur les traditions alimentaires et le design.

Aujourd’hui, les produits de sa marque sont distribués dans plusieurs capitales africaines et quelques pays en Europe. Elle est également sur le site en ligne Lago 54, créé par Emmanuelle Courrèges. A Dakar, on peut retrouver ses produits chez Layu Boutique et dans le concept store, Shop-Bi lancé par Ousmane Mbaye sur la corniche ouest.

Lien vers le site www.fatyly.com

Et Instagram @fatylyceramics

 

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