Édition internationale

En visite au Sénégal, Audrey Azoulay défend sa candidature à l'Unesco

Écrit par Lepetitjournal Dakar
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 28 juin 2017

 

 

Ministre de la culture sous la présidence de François Hollande, Audrey Azoulay s’est rendu au Sénégal à la mi-juin. Son but ? Défendre sa candidature à la tête de l’Unesco. 

Le Sénégal en tant que membre actif du conseil exécutif de l’Unesco doit, au même titre que 200 autres États,  se prononcer en octobre prochain quant à la succession de la Bulgare Irina Bokova. En tout neuf États membres de l’Unesco ont proposés un candidat pour le poste de directeur général de l’organisation des Nations unies basée à Paris. Il s’agit de l'Azerbaïdjan, le Vietnam, l'Égypte, le Qatar, la Chine, le Guatemala, l'Irak, le Liban et la France. Au sujet de la France justement, la candidate n’est autre que l’ex-ministre de François Hollande, Audrey Azoulay. Sa candidature avait été vivement critiqué par Mme Garriaud-Maylam, représentante du Sénat à la commission nationale française de l'Unesco, qui avait estimé que des engagements avaient été pris pour que le poste revienne à un pays arabe. La sénatrice avait aussi estimé que traditionnellement, un pays qui a hébergé le site d'une institution internationale n'en brigue pas pour lui-même la direction. Les pays arabes auraient-ils reçus un engagement moral de voir ce poste revenir à l’un des leurs ? Éléments de réponse avec la première concernée par cette polémique : Audrey Azoulay.

 

LPJ Dakar - Énarque, spécialiste de cinéma puis ministre de la culture sous la présidence de François Hollande, professionnellement vous êtes une femme accomplie. Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à présenter une candidature  à la tête de l’Unesco ?

Audrey Azoulay - Comme femme, avec l’expérience professionnelle qui est la mienne, et compte tenu aussi de mon parcours personnel, je suis pleinement convaincue du rôle que l’Unesco doit jouer dans l’histoire du monde qui s’écrit chaque jour. Je crois d’abord que l’égalité des genres est nécessaire si nous voulons construire des sociétés en paix, ouvertes et si nous voulons permettre et assurer leur développement durable. Mon action professionnelle a toujours été animée par la conviction que seules la culture, l’éducation et les sciences pouvaient s’opposer au déni de l’autre, pouvaient rassembler là où tant d’autres discours divisent. Je suis française mais mes origines m’ont donné à vivre l’expérience concrète de la connaissance de l’autre, du respect mutuel. Cette double appartenance aux deux rives de la Méditerranée, entre l’Europe et l’Afrique, est une chance qui m’a portée, rendue plus sensible à la différence et donc plus forte.

 

Le poste de directeur général de l’organisation des Nations unies est-il pour vous la suite logique de votre action en tant qu’ancienne ministre de la culture ?

 Il y a une grande cohérence entre ce que j’ai fait auparavant et le projet que je porte pour l’Unesco. Mon parcours professionnel est fondé sur l’idée que la connaissance de l’autre et de soi-même à travers la culture permettent un espoir pour le monde. La charte de l’Unesco est d’ailleurs un encouragement dans ce sens. Je suis convaincue que c’est de cela dont on a besoin dans un monde où le fondamentalisme violent progresse. Nous avons besoin d’éducation, de sciences et de culture pour relever les défis du monde moderne que sont les changements climatiques, l’extrémisme violent, l’urbanisation rapide.

 

Quelles sont les propositions phares de votre candidature ? 

Je tiens d’abord à saluer le travail fourni d’Irina Bokova à la tête de l’Unesco dans une période de crise financière pour l’institution. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec elle sur la protection du patrimoine culturel mis en danger par les conflits armés. Elle a su réveiller les consciences à cet enjeu majeur.

Je crois qu’il faut s’attacher, dans la période qui vient, à restaurer la confiance des États membres vis-à-vis de l’Unesco et lui redonner sur le plan international la centralité à laquelle elle peut et doit prétendre. Aucun des grands défis du monde actuel ne peut être résolu par un pays seul ; aucun ne peut l’être sans les outils fondamentaux de la lutte contre l’intolérance que sont les sciences, l’éducation et la culture.

 

Vous êtes la plus jeune des candidates, est-ce l'effet Macron ? 

Être jeune ne suffit pas, mais cela peut être un atout. Il faut comprendre le monde dans laquelle on vit. Je crois que le XXIe siècle est le siècle de la jeunesse. La plupart des organisations internationales ont été créés au XXe siècle. Or, les défis d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux d'il y a 60, 70 ans. Les organisations internationales doivent s’adapter au 21e siècle.

 

Comptez-vous sur le bilan positif à l'étranger de François Hollande pour gagner des votes auprès des États ?

La France et ses dirigeants ont toujours eu un rôle international de conciliateur pour aider à construire durablement la paix dans le monde, et ce, depuis Charles de Gaulle.

L’action de François Hollande à l’international a démontré sa volonté d’inscrire ce rôle de conciliateur vis-à-vis des nouveaux enjeux de notre siècle : réchauffement climatique (COP21), dialogue entre les nations (référence à la Grèce et Accords de Minsk), coopération internationale contre le terrorisme. Le Président Macron a, dès les premiers jours de son mandat, exprimé son attachement au multilatéralisme, à la construction européenne et à la solidarité.  Il l’a montré notamment sur l’accord sur le Climat. C’est dans cet état d’esprit que je veux inscrire mon action à l’Unesco.

 

Votre candidature est critiquée, il semblerait qu'un contrat tacite affirme que le poste de directeur général de l'organisation des Nations Unies revienne de droit à un pays arabe. Que répondez-vous à cela ? 

Ce qui doit primer, ce sont les qualités propres du candidat au regard des défis actuels de l’Unesco, qualités évaluées par son expérience professionnelle, son projet et par ses valeurs au regard de la mission de l’Unesco. La procédure de sélection du Directeur général se base sur une procédure ouverte de candidatures. Il y a 9 candidats, dont 4 du groupe arabe et 5 d’autres groupes géographiques. C’est sur leur projet, leur expérience et leur vision stratégique que le choix des États membres devra se faire en octobre prochain. Directrice générale de l’Organisation, je serai systématiquement à l’écoute de chacun des groupes géographiques, de la façon la plus équitable et je serais la première à m’impliquer pour qu’aucun groupe ne se sente marginalisé ou non reconnu.

 

Vous êtes venus en terre sénégalaise le 15 juin dernier dans le cadre de votre campagne. Quel lien entretenez-vous avec ce pays ?

Tout d’abord, j’ai été très heureuse de revenir au Sénégal. J’étais venue pour la dernière fois en 2014 avec le Président de la République française, François Hollande, et je me souviens que nous avions partagé un moment très émouvant au cimetière de Thiaroye avec une restitution d’archives relative à cette tragédie. 

Cette fois-ci, dans le cadre de la campagne pour la Direction générale de l’Unesco, je voulais absolument venir pour deux raisons principales. D’une part pour rencontrer les autorités sénégalaises, présenter mon projet au Président de la République et au Gouvernement. Le Sénégal est un pays important à l’Unesco, je dirai même exemplaire, et qui aujourd’hui, est un membre très actif au sein du Conseil exécutif.

D’autre part, je tenais à me rendre sur le terrain, pour rencontrer les gens qui travaillent autour de la Culture, du Patrimoine, des Sciences, de l’Éducation, sur les enjeux principaux qui sont ceux de l’Unesco aujourd’hui. C’est aussi la raison de mon déplacement à Saint-Louis.

 

Vous vous êtes tout particulièrement attardée dans la ville de Saint-Louis, pourquoi ?

Le Sénégal offre un patrimoine culturel et naturel inouï. Je tenais à rencontrer les gens qui, sur le terrain, travaillent sans relâche pour faire vivre le projet de développement urbain à Saint-Louis, projet complexe. L’État sénégalais a pris ses engagements, la France l’accompagne via l’AFD, il est important de renforcer ce partenariat. A Saint-Louis, nous sommes en plein dans les missions de l’Unesco : la culture, l’éducation, l’environnement, le développement durable… Cette visite et les échanges qui ont suivis ont été d’une grande richesse et très inspirants.

 

Pauline Autin (www.lepetitjournal.com/dakar) mercredi 28  juin 2017

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Publié le 27 juin 2017, mis à jour le 28 juin 2017
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