

Révélée en tant que réalisatrice en 2006 par le film Comme t'y es belle (plus d'un million d'entrées), consacrée par LOL (plus de 3,5 millions d'entrées) en 2009, puis américanisée par le remake de ce succès, Lisa Azuelos, 48 ans, revient sur la scène française avec Une Rencontre, film d'amours compliqués entre François Cluzet et Sophie Marceau dont la sortie en DVD est prévue le 10 septembre. L'occasion pour lepetitjournal.com de converser avec cette artiste qui est aussi une businesswoman avisée.
Lepetitjournal.com - La rencontre amoureuse parfaite existe-t-elle selon vous ?
Lisa Azuelos - La rencontre parfaite est celle qui change notre vie. Ça peut être avec un ou une inconnue dans un café, quelques minutes à échanger quelques moments de vie pur, quelque chose de très sincère. S'il y a de la présence et de la sincérité, les rencontres sont toujours parfaites. Quant à savoir s'il existe une rencontre amoureuse parfaite, on peut partir du principe qu'on rencontre toujours quelqu'un qui correspond à notre moment de vie. Cette rencontre est donc toujours parfaite dans la mesure où elle nous aide à nous faire comprendre qui on est, où on en est, et vers quoi on tend.
Qualifier votre film de drame imaginaire musical vous paraît-il judicieux ?
Mon film est un film d'amour. Et l'amour est souvent musical.
Expliquez-nous d'ailleurs comment est née la playlist du film : Francis Cabrel, Cold Play, Robbie Williams, Britney Spears, The Turtles, Des'ree, Stevie Wonder? ? C'est à la fois éclectique, classique, surprenant?
Voilà... J'ai tout ça dans mon iPod et bien plus encore. Il y a des jours où j'ai besoin de Cabrel, d'autres de Cold Play. Enfin toujours un peu de Stevie Wonder.
Plus votre film avance, plus l'on tombe trop facilement dans les clichés, notamment sur la complication des histoires amoureuses, les similitudes des attitudes des deux héros au même moment? C'est finalement parce que l'amour, universel et commun à tous, n'a pas un si large éventail de variations que cela ?
Vous parlez de vous qui n'avez pas un si large éventail?!! Je pense que l'on voit ce film en fonction de l'éventail que l'on est. Et j'ai bien compris que l'éventail que je propose peut paraitre cliché pour certains. Il se trouve que je ne le pense pas. J'ai même reçu un livre d'un physicien quantique, qui, bouleversé après avoir vu mon film et les théories qu'il propose, était étonné que le cinéma s'intéresse d'aussi près à ses recherches et à ses conclusions. Pour beaucoup aujourd'hui, l'amour est une consommation, quelque chose entre l'éros et un peu d'amitié. Il se trouve qu'il y a une forme d'amour que les Grecs appellent l'agape, l'amour universel sans pourquoi ni pour qui. Qui nous rappelle à la source d'amour originelle d'où l'on vient et probablement ou l'on va. Certaines rencontres, immédiates et fulgurantes nous renvoient à cet état-là. Effectivement, il faut être dans un certain état d'esprit pour concevoir que ce soit vrai. Qu'il y ait des niveaux d'amour qui échappent à une certaine mortalité. Qui rejoignent l'infini, même si l'on ne se consomme pas.
François Cluzet campe un héros qui vit par procuration (il a beaucoup d'envies qui ne concrétisent que dans ses rêves ou son imagination), Sophie Marceau, beaucoup moins. C'est le lot de l'homme marié ?!
Non. C'est le lot de ceux qui font des choix. Et qui vous dit que ce qu'il vit dans une certaine réalité n'est pas plus réel que ce qu'il vit dans son quotidien ? Qui a déclaré que le quotidien réel et visible est la seule réalité ? Je ne fais pas partie de ceux qui croient que ce qu'ils voient ou vivent, mais ce qu'ils ressentent. Je suis plus Marie-Madeleine que Saint-Thomas...
"Je ne suis jamais partie assez longtemps pour que la France me manque"
S'il y a bien une chose que je ne crains pas, c'est la presse. Je ne la lis pas.
Ici, le film peut être considéré comme un mélange entre La Boum et LOL, ou La Boum 30 ans après ou LOL 2. Vous êtes d'accord ou vous trouvez que « Une Rencontre » n'a strictement rien à voir avec cela ?
Je pense que comme la plupart des metteurs en scène, je fais et ferai toujours le même film. Cela dit, ce film était aussi un essai sur la réalité et la fiction qui se mélangent dans la vie et dans le film.
Qu'est-ce qui vous plaît tant chez Sophie Marceau ?
Tout. Je trouve que c'est une actrice exceptionnelle, au physique exceptionnel. 
Le paradis.
Tourner une nouvelle aventure ailleurs qu'en France, c'est envisageable, tentant, trop incertain? ?
Ce serait dommage de se priver de l'universalité de mon métier en ne tournant qu'en France, des projets franco-francais.
Vous aimez vivre loin de la France ou le pays vous manque rapidement ?
Pour l'instant, je ne suis jamais partie assez longtemps pour que la France me manque.
Qu'est-ce que les autres pays devraient obligatoirement emprunter à la France ?
La convivialité autour des repas.
"J'adore plus que tout voyager et découvrir ce qui chez nous ne va pas de soi"
Pour vivre dans quel pays êtes-vous prête à quitter la France ?
A peu près tous ceux où il n'y a pas d'hiver et des droits de la femme respectés. Avec des plages de sable blanc pas très loin.
Vous êtes née de mère française et de père marocain. Qu'est-ce qui chez vous caractérise ce mélange ?
Je connais parfaitement les traditions marocaines et françaises, les religions catholiques et juives. Cela m'a ouvert l'esprit sur le fait qu'il n'y a pas qu'une vérité, une manière de penser, de vivre... Je ne cesse d'aller au devant des différentes cultures, des différents mode de pensées... J'adore plus que tout voyager et découvrir ce qui chez nous ne va pas de soi.
Impossible de ne pas mentionner que vous êtes la fille de Marie Laforêt. Vous n'avez jamais caché l'absence de relations avec elle, notamment enfant. Mais cela ne vous dérange-t-il que l'on y fasse obligatoirement allusion à chaque interview ? Ou le temps fait-il son ?uvre? ?
On ne peut pas empêcher les journalistes d'écrire et de choisir les passages qu'ils veulent mettre en avant.
J'ai un respect énorme pour Jérôme Seydoux (co-Président de Pathé, ndlr) et son parcours. Et je vois cela comme un honneur qu'il m'ait ouvert les coulisses de sa société. Et également qu'il distribue mes films.
Lorsque les entrées de vos films sont décevantes, c'est compliqué, non ? D'ailleurs Une Rencontre n'a pas très bien fonctionné au box-office?
Je suis dans le cinéma depuis plus de 20 ans. Et avant cela, j'ai toujours baigné dans le business. J'ai vu des grandes vedettes devenir moins que rien. Et des moins que rien devenir grandes vedettes. La seule chose que je sais, comme tout bon randonneur, c'est que quand il y a une montée, il y a une descente et vice-versa. Les hauts et les bas font partie de ce métier. Ce qui compte, c'est de tracer sa route quoiqu'il advienne. C'est grâce à cela que ça continue d'ailleurs. Chaque film est un prototype. Il n'y a pas de recette. A part celle d'être sincère à chaque film et très satisfait de ce que l'on réalise. Le résultat appartient aux autres.
Mais Une Rencontre avec le duo Cluzet-Marceau était pourtant riche en promesses, non ?
Et la promesse a été largement tenue.
Jérémy Patrelle (www.lepetitjournal.com) mardi 9 septembre 2014

