

De G à D, Hanane, Khalid, Saïd et Lembecher (photo Lepetitjournal Casablanca)
Le rendez-vous est pris à 21h00 dans les locaux du Samusocial Casablanca, quartier Bourgogne. Composée de 3 personnes (Khalid - travailleur social, Hanane - secouriste et Lembecher - chauffeur), l'équipe mobile est ce soir renforcée par la présence de Saïd, accompagnant social.
Présence régulière et aide d'urgence
La maraude consiste en une tournée de la ville en véhicule et à pied, effectuant des arrêts sur des sites identifiés. Il s'agit généralement de lieux isolés où les enfants et jeunes femmes se cachent, de lieux commerçants permettant de récolter quelques dirhams, ou encore de lieux de passage telle la gare routière ouverte 24/24.
Par leur présence régulière, les équipes mobiles tissent des liens de confiance, répondent aux urgences médicales (soins de premiers secours) et mettent à l'abri les plus vulnérables en proposant un hébergement temporaire (accès à l'hygiène, vêtements, repas, nuitée).
21h15, premières rencontres
Devant l'entrée Bab el Kebir de la vieille Médina, une dizaine d'enfants sont regroupés et font signe au fourgon de s'arrêter. Les salutations sont cordiales, sourires, poignées de mains, tapes dans le dos, ils sont tous connus du Samusocial et semblent contents de voir les membres de l'équipe.
Chiffon de Dolio (diluant pour vernis bon marché) à la main, éclats de rires (effets euphorisants de l'inhalation) et bousculades ponctuent la rencontre. Les premiers soins s'improvisent à l'arrière du fourgon. Hanane, secouriste, désinfecte et soigne principalement des blessures, plaies ouvertes. A l'extérieur, les discussions amicales vont bon train avec Khalid et Saïd, qui s'enquièrent de l'état de chacun, évaluent les besoins et tentent de convaincre certains gamins de passer la nuit au centre.
B., 13 ans, à la rue depuis 5 ans, déjà suivi par le Samusocial depuis plusieurs mois, souhaite venir mais ne veut pas lâcher sa bouteille de Dolio, bien entendu proscrite à l'intérieur du centre. L'équipe propose de passer le récupérer plus tard, vers une heure du matin.
23h15, gare routière Oulad Ziane
Après un repérage à pied à la lueur de la lampe torche dans les allées du Parc de la Ligue Arabe, nous arrivons à Oulad Ziane.
Cette gare sur deux niveaux est immense et grouille de monde, aussi bien à 23h15 que plus tard dans la nuit, lors de notre second passage.
"El Jadida", "Beni Mellal", les cris des chauffeurs de car annonçant le départ ne semblent pas perturber les nombreuses personnes endormies sur les bancs de bétons froids des halls de la gare. Difficile pour un non initié de différencier, au premier coup d'?il, les passagers en transit des personnes à la rue, perdues ou en errance.
Khalid, chef de l'équipe mobile, scrute les recoins et soulève les couvertures. Après une heure de déambulation dans la gare et ses alentours, nous identifions une femme malade et trois enfants, seuls, tous les trois proviennent de régions éloignées et acceptent de venir avec nous pour passer la nuit au centre.
2h30, corniche, quartier Aîn Diab
Quartier aux contrastes saisissants, terrains vagues et jeunes errants côtoyant villas luxueuses et boîtes de nuit. Dans une ruelle en terre battue derrière la corniche, cinq gamins nous hèlent et font signe de nous arrêter. L'un deux est blessé et pris en charge par Hanane à l'arrière du Camion. Les autres semblent apeurés à la vue d'un véhicule de la sûreté nationale qui patrouille dans le coin. Ils ne sont plus en sécurité dans le vieil hôtel désaffecté, trop visible et trop accessible.
Nous les accompagnons à pied, dans un terrain vague à proximité. Difficile d'imaginer que dans un abri camouflé, sous un amas d'herbes coupées, se terrent pour passer la nuit, une demi-douzaine d'enfants. La plupart dorment, l'un deux, également blessé à la jambe, nous accompagne jusqu'au fourgon pour être soigné.
4h00, centre ville, Cora Ardia
Après un deuxième passage à la gare Oulad Ziane où nous récupérons deux jeunes frères de 13 ans originaires de Beni Mellal, nous effectuons un dernier arrêt, et non des moindres, dans le fameux Cora Ardia, ancien passage souterrain commerçant, situé devant l'entrée de la vieille Médina et à 100 mètres de l'hôtel Hyatt Regency.
Laissées à l'abandon, ces galeries souterraines en plein c?ur de la ville abritent?ceux qui n'ont plus d'autre choix. Déchéance, odeurs pestilentielles, des corps s'entassent pour la nuit dans des recoins cachés, sombres et insalubres. Nous identifions des adultes, pour lesquels nous ne pouvons malheureusement rien faire.
4h30, fin de la maraude
Cette nuit, sur les 34 personnes rencontrées, 20 bénéficieront de soins d'urgence, six enfants et une jeune femme passeront la nuit au centre, pris en charge par le reste de l'équipe. Le lendemain, ils pourront bénéficier des services de l'accueil de jour, consultations médicales, aides sociales, accompagnement individuel et orientations vers des associations partenaires.
En 2009, grâce à une équipe de 34 salariés et au travail de terrain des équipes mobiles, le Samusocial Casablanca a effectué 260 maraudes auprès de 2.500 personnes à la rue, assuré l'hébergement de 1.217 personnes et réalisé plus de 5.000 consultations médicales et sociales.
Unique au Maroc, le Samusocial prévoit de se développer dans un premier temps sur Tanger et Agadir puis par la suite dans les autres régions du Royaume.
Simon LAVABRE. (www.lepetitjournal.com / Casablanca), jeudi 21 janvier 2010
Pour en savoir plus : http://www.samu-social-international.com/pays.php?id=9
Samusocial Casablanca
5, rue Ain Yefren -ex Thimonier, Bourgogne - Casablanca
Téléphone : 05 22 29 39 39





