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Dans la plus grande discrétion, le Maroc lance son satellite

Par Vincent Villemer | Publié le 20/11/2017 à 17:10 | Mis à jour le 20/11/2017 à 17:18
maroc-satellite

Le Maroc a lancé secrètement son premier satellite d’observation dans la nuit du 7 au 8 novembre. Une décision qui inquiète les pays voisins, en l’occurrence l’Espagne et l’Algérie.

 

Le Maroc à la conquête de l’espace

Alors qu’habituellement les pays se vantent lorsqu’ils se dotent d’un engin spatial pour affirmer leur puissance, le Maroc a quant à lui préféré garder le secret jusqu’au bout. Dans la nuit du 7 au 8 novembre dernier, le royaume a lancé son premier satellite d’observation, le Mohamed-VI A, capable de fournir en moins de 24 heures des photos d’une résolution de 70 cm depuis n’importe quel lieu du globe. Avec cet outil, le Maroc est le premier pays africain à détenir un engin spatial aussi performant. Construit par le consortium franco-italien Thales Alenia Space et Airbus, le Mohammed-VI A est le premier exemplaire d’un système de deux satellites placés sur la même orbite à 694 km de la Terre d’une durée de vie de cinq ans. Dès qu’ils seront opérationnels, ils pourront prendre jusqu’à 500 photos par jour qui seront récoltées par une équipe basée à Rabat.

À noter que le Maroc a dû investir 500 millions d’euros pour se doter du satellite, la signature s’est faite dans le plus grand secret entre la France et le Maroc lors de la visite de François Hollande en 2013. En revanche, le mystère plane toujours sur les spécificités techniques du satellite ainsi que sur les objectifs du Maroc. Aucun communiqué du gouvernement ni du Centre royal de télédétection spatiale (CRTS) n’en fait la mention. « Cela fait partie d’une culture du secret dont l’objectif est de faire peser la menace, mais sans menacer directement. C’est une forme de dissuasion », analyse Florence Sborowsky, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

 

Un satellite… dans quel but ?

Si la communication autour de l’utilisation du satellite insiste sur un usage strictement civil, elle reste néanmoins très discrète sur le fait qu’il soit doté d’applications militaires. Les photos prises par l’appareil pourront notamment servir à localiser les installations militaires de pays adverses. L’ambassadeur du Maroc auprès de l’Union européenne est resté évasif sur les capacités et le rôle du satellite : « il permettra de voir ce qui se passe sur le territoire, notamment en terme de météo et c’est important pour notre agriculture. On pourra aussi voir ce qui se passe à nos frontières ». Un sous-entendu qui fait écho à l’intérêt sécuritaire du pays. En effet le Maroc a des différends avec l’Espagne et l’Algérie et la situation est très tendue à la frontière mauritanienne. Le satellite permettra au Maroc d’avoir une capacité de renseignement et une autonomie inégalables dans la région. Plus concrètement, l’engin spatial pourra superviser la lutte contre l’immigration clandestine, les trafics aux frontières et la menace terroriste.

 

L’Espagne et l’Algérie se méfient

« Le Maroc est un pays ami, mais on n’aimerait voir personne, encore moins un ami, venir fouiner dans nos affaires » a déclaré l’un des stratèges militaires espagnols. Il faut savoir qu’il existe des contentieux historiques entre le Maroc et l’Espagne au sujet des territoires de souveraineté espagnole contestés par Rabat. Les enclaves de Melilla et Ceuta ainsi que la délimitation des eaux territoriales sont sources de conflits depuis plusieurs siècles, et ce n’est pas cette nouvelle qui va apaiser les relations. L’Espagne s’inquiète aussi de se voir dépasser sur le plan technologique par son voisin marocain, elle ne dispose pas de son propre satellite « espion » et doit partager un programme d’observation avec la France, la Belgique, l’Italie et la Grèce. Une participation inefficace puisque l’Espagne, minoritaire avec 2,5 % de part dans le projet, ne peut pas obtenir les images satellitaires à temps.

L’Algérie aussi est irritée par cette situation. Les deux « frères ennemis » du Maghreb se livrent à une course à l’espace depuis plusieurs années, et visiblement le Maroc devrait dépasser son aîné avec l’acquisition du satellite malgré le fait que l’Algérie ait une agence spatiale. L’Algérie a un projet à long terme, alors que pour le Maroc, c’est surtout un outil stratégique pour affirmer sa puissance. En revanche, le Royaume n’est pas encore capable de construire ses propres satellites, une condition fondamentale pour devenir une puissance spatiale.

 

 

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Vincent Villemer

Journaliste sportif radio/web. Passionné par le ballon rond, la culture urbaine et sa musique.
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