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FRANCOPHONIE - Pigüé, les racines de la France en Argentine

Écrit par Lepetitjournal Buenos Aires
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012
C'est à l'Alliance française, après les heures de cours, que les descendants des immigrés français de Pigüé s'échangent anecdotes et souvenirs sur leurs ancêtres français

L'Alliance française de Pigüé a rassemblé, en moyenne, une quarantaine d'élèves l'an dernier. Des jeunes mais aussi beaucoup d'adultes, petits enfants ou arrière petits enfants d'Aveyronnais immigrés en Argentine, qui, le soir après les cours, se remémorent des anecdotes. Ana, par exemple, a repris ses études de français au moment de sa retraite, il y a deux ans. Petite, elle écoutait son grand père lui parlait en français et se souvient de lui avec émotion: "à la tombée du soir il s'installait à l'extérieur et regardait l'horizon en parlant français à voix basse, on me disait : "ton grand-père remue ses souvenirs""... Cette maman de quatre enfants prend désormais trois heures de cours de français par semaine: "mon grand-père est venu en Argentine avec l'idée de rentrer au pays pour y ouvrir une auberge et sa mère lui envoyait des lettres en lui écrivant "n'oublie pas ton projet"". Mais comme la majorité des Aveyronnais, le grand-père d'Ana est resté à Pigüé, une fois marié, père de famille, propriétaire. Si les échanges furent d'abord nombreux avec la France, la guerre de 1914 eut comme conséquence de séparer les deux communautés. Les Français de Pigüé, convoqués par les autorités françaises pour se battre contre l'Allemagne, préfèrent le travail aux champs plutôt que la guerre. Ils sont alors considérés comme déserteurs.

Le rendez-vous de la Confitería París
"Pour nous, il est très important de continuer à parler français"explique Gricelda, directrice de l'Alliance française dont les arrière grands parents sont nés à Paris "24 rue Fontaine aux Rois, près de la place de la République"détaille Gricelda qui se targue de posséder des photos de l'emplacement rapporté par Miguel Marcenac, président de la société française de Pigüé en voyage à Paris. Mais c'est en espagnol, agrémenté de quelques mots d'occitan, comme pastonou, poutou ou tricotou, que ces ces femmes raniment leurs racines françaises. Elles évoquent des recettes comme les escargots ou le canard au gras, l'élevage et le gavage des oies pratiqués par leurs ancêtres et la dégustation de fois gras ou de cou farci. "On faisait du duvet avec les plumes d'oie"ajoute Noelia qui connaît plus de mots en patois qu'en français. Bijou, de son vrai nom Marie Thérèse, vient de rejoindre la table des souvenirs. Agée de 73 ans, elle avait été envoyée par sa mère en France comme bonne soeur avant de pouvoir rentrer en Argentine. Puis Bijou a fait sa vie à Pigüé avec un espagnol puis a rencontré un Français, venu en visite à l'occasion du centenaire de la société française de la ville, qu'elle a ensuite épousé. "Eugène voulait créer un club de français à Pigüé, explique Bijou, j'ai réalisé son souhait". Ainsi, chaque semaine, une dizaine de personnes se réunissent à la confitería París pour échanger dans une langue qu'ils ne veulent décidément pas voir disparaître.
Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 24 janvier 2008
lepetitjournal.com Buenos Aires
Publié le 24 janvier 2008, mis à jour le 13 novembre 2012
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