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POLITIQUE - La Hongrie a une nouvelle Constitution

Écrit par Lepetitjournal Budapest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Le Parlement hongrois vient d'adopter la nouvelle Constitution de la Hongrie

 

Ce n'est pas un hasard qu'on parle de la Hongrie car le nom du pays a changé: 'la République de Hongrie' devient 'la Hongrie'. Déjà cet acte symbolique montre l'esprit du nouveau document, préparé et voté par les deux partis gouvernementaux: la République et tout ce que cela signifie n'est plus souhaitable dans ce pays - en tous les cas d'après ses dirigeants politiques actuels.

Sans entrer dans les détails -souvent graves et révoltants- essayons de résumer quelques problèmes fondamentaux du texte.

1. L' ancienne Constitution date de 1949 mais avait été pratiquement réécrite après les grands bouleversements politiques de 1989-1990 et donc l'urgence constitutionnelle n'existait pas. La Fidesz prétend que les résultats des élections législatives de 2010 donnant une majorité des deux tiers au Parlement l'ont obligé en quelque sorte d'offrir au pays une nouvelle loi fondamentale. Il ne faut jamais oublier dans ce contexte que la coalition gouvernementale actuelle a obtenu une majorité écrasante au Parlement en ayant recueilli seulement 53% des voix en 2010.

Le texte avait été préparé par quelques députés et par quelques experts en cachette, les meilleurs spécialistes n'avaient pas voix au chapitre. Le pivot professionnel de la préparation était József Szájer, député de la Fidesz au Parlement européen qui s'est vanté de rédiger la Préambule de la Constitution sur son iPad dans le train entre Bruxelles et Strasbourg...Les partis d'opposition n'ont pas souhaité s'associer à cette préparation jugée hâtive et peu professionnelle. La Fidesz a jugé qu'un "débat" de 9 jours au Parlement suffirait avant le vote. Pour montrer sa volonté de consulter le peuple, le gouvernement a envoyé un questionnaire très basique aux électeurs en demandant leur avis sur certains problèmes mineurs. D'après la propagande officielle, 900.000 citoyens avaient renvoyé leurs réponses - pendant que le "débat" était en train de se terminer au Parlement...

2. La source de la légitimité constitutionnelle change d'une manière significative: le peuple disparaît au profit de la nation ce qui implique entre autres la nationalité et le vote des Hongrois vivant à l'étranger.

3. La Préambule du texte qu'on appelle "Credo national" met fin à l'idée d'un Etat séculaire et laïque en déclarant le rôle spécial de la chrétienté, de la famille, de la patrie, de la fidélité, de la foi et l'amour.

4. Des droits fondamentaux, par exemple le droit au travail disparaissent du nouveau texte et remplacés par les obligations des citoyens envers l'Etat. Le travail comme valeur fondamentale de la communauté est bien présente, l'Etat oblige pratiquement les citoyens à travailler sans l'obligation de leur offrir les moyens. Celui qui n'accepte pas les valeurs préférées des partis gouvernementaux se verra déposséder de jouir de certains droits. Un grand nombre de droits y compris certains droits sociaux ne sont plus garantis par la loi fondamentale. Le texte définit le mariage comme l'union d'un homme et d'une femme ce qui limite les droits des homosexuels et des lesbiennes. La définition de l'embryon humain donnera lieu à des interprétations différentes sur l'avortement.

5. La nouvelle Constitution limite les contre-pouvoirs de l'Etat en minimisant le rôle de la Cour constitutionnelle, les tribunaux, le système des ombudsman et tous les organes indépendants. Le budget sera contrôlé par le Conseil du Budget dont les membres sont désignés par le le pouvoir en place.

Les faiseurs du texte pensent qu'on n'a pas besoin du peuple pour valider la Constitution donc ils ont rejeté l'idée d'un référendum.

Pour changer la Constitution, il faut une majorité des deux-tiers au Parlement et cela sous deux législations.

Cette loi, déjà très controversée en Hongrie, va certainement soulever des vagues en Europe, il est très probable que les instances européennes vont fortement réagir.

 

Mihály Rózsa (www.lepetitjournal.com/budapest.html), mardi 19 avril 2011

Publié le 19 avril 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
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