Édition internationale

ENTRETIEN - François Laquièze, directeur de l'Institut Français de Budapest

Écrit par Lepetitjournal Budapest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Le directeur de l'Institut français de Budapest parle de la création de l'Institut Français et de ses nouveaux projets

(Photo: www.archtv.hu)

Lepetitjournal.com: Bernard Kouchner a tenté de restructurer le système de la  diplomatie culturelle, on a parlé de la création de l'Institut Victor-Hugo, puis de l'Institut Français. Qu'en est-il aujourd'hui?
François Laquièze:
La diplomatie culturelle de la France est mise en oeuvre à la fois par les conseillers culturels, responsables des services de coopération et d'action culturelle des ambassades et par les instituts culturels chargés de la promotion de la langue et de la culture française aidés par Culturesfrance. Dans beaucoup de pays, le conseiller culturel est aussi directeur de l'Institut français. Mais dans d'autres pays les deux fonctions sont dissociées.

En ce qui concerne Culturesfrance, qui a un statut d'association relevant de la loi 1901, elle a progressivement  développé sa sphère d'intervention et il a semblé nécessaire au ministre de lui assurer une assise plus ample en transformant l'association en un établissement public. L'idée de base du ministre était de rattacher les instituts français à Culturesfrance tout en créant un nouvelle institution qui porterait un nom consensuel (on pouvait songer à plusieurs grands écrivains français) et qui s'occuperait de toute l'action culturelle de la France à l'extérieur au sens large du terme. Après un sondage, il s'est avéré que le nom "Institut Français? remportait la plus forte adhésion même si le ministre, dit-on, aurait préféré qu'il porte le nom d'Albert Camus.

Une loi a été votée par le Parlement en juillet 2010 portant sur la création de l'Institut Français. Son président a été désigné: Xavier Darcos, ancien ministre. Mais la loi ne définit pas les relations entre l'Institut et les centres culturels français sur le terrain. En effet, actuellement les instituts français ont une autonomie budgétaire mais ne peuvent pas par exemple verser des subventions: cela est réservé aux services de coopération et d'action culturelle des ambassades. Le ministère des Finances s'est refusé, pour l'instant, de revenir sur ce partage. C'est une des raisons qui n'a pas permis la fusion envisagée entre les Instituts et les SCAC. On dit aussi que les ambassadeurs n'étaient pas très enthousiastes à l'idée de couper les liens entre les Instituts et les ambassades. De plus, les syndicats se sont prononcés contre ce projet. On va commencer dès l'année prochaine par une période d'expérimentation pour ce qui concerne les relations entre le nouvel établissement public et les instituts culturels. On ne peut pas dire que la réforme va bouleverser les choses dans l'immédiat.

En conclusion, ma conviction personnelle est qu'il ne faut pas attacher une trop grande importance à ces changements institutionnels, ce qui compte vraiment c'est le travail des agents des services culturels et des Instituts sur le terrain.

Comment les coupes budgétaires ont-elles influencé vos activités?
En 2009, moins 15% par rapport à 2008 et en 2010, moins 15% par rapport à 2009,  les chiffres pour l'année prochaine ne sont pas encore connus. Cela dit la Hongrie reste largement privilégiée avec une dotation bien supérieure à celles des pays de taille équivalente situés en Europe de l'ouest. Dans les années 90, l'institut avait des budgets très importants qui lui permettaient de produire ses propres événements culturels dans ses locaux. On l'appelait, parait-il, "le Petit Beaubourg de Budapest?.

Aujourd'hui, nous devons travailler avec des partenaires hongrois. En effet, depuis les années 90, les institutions culturelles de Budapest sont montées en puissance pour ne citer que par exemple le Gödör et le Trafó. Il faut prendre en considération aussi le fait que la France a dû s'impliquer davantage dans d'autres zones géographiques notamment dans les pays émergents comme la Chine où par exemple on vient d'inaugurer un institut culturel à Pékin. La nature de nos partenariats a beaucoup changé depuis l'ouverture de l'institut. On a des partenariats avec des universités, avec l'Académie des Sciences, avec un certain nombre d'institutions culturelles, avec des éditeurs, avec des entreprises même si ces dernières ont plus de difficultés à nous aider ces dernières années. Une collaboration existe aussi avec d'autres instituts culturels basés à Budapest, notamment dans le domaine de la francophonie. Par exemple, l'année prochaine, nous lançons le festival du cinéma francophone avec nos partenaires des autres ambassades francophones.

Et le 14 juillet?
Dans les années 90, le ?bal de rue? du 14 juillet avait été organisé pour faire connaître la nouvelle adresse de l'institut après le déménagement dans le nouveau bâtiment de F? utca.  Le "marché des régions? est devenu petit à petit l'élément central de la manifestation et, par ailleurs, l'emplacement choisi posait de grandes difficultés techniques en raison de la nécessité d'interrompre la circulation du tram sur la quai Bem. D'où l'idée de changer de lieu tout en gardant le côté culturel de l'événement, notamment à travers les animations musicales.

Quels sont les programmes phares de la saison?
Nous accueillons l'Académie Liszt pour des concerts pendant la rénovation du bâtiment de cette prestigieuse école de musique. En matière d'arts plastiques l'Institut participera à l'événement "Art on Lake? dans le cadre de la présidence hongroise de l'Union européenne et apporte également son soutien au M?csarnok pour l'exposition de Xavier Veilhan, jeune plasticien français qui avait investi Versailles en 2009. En novembre 2010, auront lieu pour la première fois les journées du théâtre francophone au Théâtre National, proposant notamment des lectures d'extraits de pièces contemporaines traduites en hongrois. J'attache une importance particulière aux débats d'idées donc aux colloques, conférences, invitations d'intellectuels français. Le colloque sur le traité de Trianon organisé avec l'Institut de l'Histoire de l'Académie en juin dernier a eu un certain écho. Le prochain grand colloque les 28 et 29 octobre prochain concernera l'oeuvre du philosophe hongrois, György Lukács. D'autres conférences auront lieu en 2011 sur le rôle de la Hongrie en Europe et sur les minorités en Europe, toujours dans le cadre de la  présidence hongroise de l'UE.

Mihály Rózsa (www.lepetitjournal.com/budapest.html) lundi 18 octobre 2010

Publié le 18 octobre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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