Édition internationale

CONFÉRENCE - Alfred Grosser, l'historien qui a expliqué l'Allemagne aux Français

Écrit par Lepetitjournal Budapest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Allemand de naissance, Français par nécessité puis par choix, Alfred Grosser, politologue, historien, écrivain et journaliste, travaille inlassablement depuis des décennies sur la connaissance et la compréhension mutuelle des deux peuples. Ses déclarations sur l'oppression israélienne sur les Palestiniens avaient suscité des réactions violentes, notamment de la part des organisations juives allemandes. Lors de sa conférence à l'Institut Goethe de Budapest intitulée "Les leçons de l'histoire? le professeur Grosser, "intellectuellement pessimiste mais génétiquement optimiste?, a profité de l'occasion pour expliquer ses idées au public

 

 

Français, Allemands, Europe

(Photo www.libri.com)
"Je n'aime pas le mot "réconciliation?. Mieux vaut travailler ensemble pour comprendre nos responsabilités communes. Il faut comprendre qu'en France il n'y avait pas que des résistants et en Allemagne on ne pouvait pas considérer tout le monde comme assassin. Nous devions quitter l'Allemagne en décembre 1933 et trouvions refuge en France. J'ai

dû saisir très tôt que je serais responsable pour l'avenir de l'Allemagne en tissant des liens entre les deux pays. L'Allemagne est le seul pays européen dont les principes fondateurs ignorent l'idée de la nation. Les deux grands pays ont énormément contribué à la construction européenne mais ils ont failli instaurer une autorité représentant l'UE. Sans cela, les acquis communs perdent de leur importance. En plus, le système européen reste très vulnérable comme la crise financière récente l'a amplement démontrée. Les banques, après avoir raflé les aides des gouvernements et des institutions financières internationales, continuent leurs activités comme si rien n'était passé...La situation devient de plus en plus grave et il faut se décider si on fait semblant d'être ignorant ou on devient complice. La présidence de l'UE offre une possibilité au gouvernement hongrois de montrer ses sensibilités tout en connaissant  les limites de man?uvre.?

 

Juifs, Palestiniens, démocratie

"Je revendique la liberté de critiquer librement tous les injustices indépendamment des considérations partisanes. Etant Juif je peux affirmer à plus forte raison qu'Israël ne respecte pas les droits de l'homme des Palestiniens. Etant Français je me suis permis de condamner la politique du gouvernement de mon pays lors de la guerre d'Algérie. En Israël la démocratie n'inclut pas les Palestiniens tout comme aux Etats-Unis les Noirs à une époque donnée. En Allemagne il est pratiquement interdit de condamner les décisions du gouvernement israélien sous prétexte qu'après Auschwitz il faut défendre Israël à tout prix. Evidemment, je ne soutiens pas les régimes antidémocratiques des pays arabes qui bafouent les droits de l'homme de tous leurs citoyens.  Je ne partage pas l'opinion de Elie Wiesel pour qui les Juifs méritent un traitement spécial eu égard à leur histoire et à leurs souffrances. En général, je ne peux pas admettre qu'on qualifie un peuple avec un adjectif commun comme quoi les Français, les Allemands ou les Palestiniens sont bons ou mauvais: il s'agirait de considérer les qualités des citoyens individuellement. Et, surtout il est impératif de faire un effort de comprendre l'Autre."

 

Communistes, fascistes, dictatures

"En France le Parti communiste a joué un rôle important avant la guerre et dans la résistance après 1941. Pendant les procès des années de l'après-guerre il a aveuglement soutenu l'URSS et leurs satellites de l'Europe de l'Est. François Fejtö, journaliste et historien français d'origine hongroise a beaucoup contribué à démasquer les mensonges du système communiste. Péter Esterházy a eu une phrase terrible dans un de ses textes: selon lui, le fondement de l'Europe de l'après-guerre aurait été la haine contre des Allemands. Mon pays natal était capable d'affronter son passé fasciste et a su se transformer en une démocratie en devenant un des gages de la liberté en Europe. ?

 

Mihály Rózsa (www.lepetitjournal.com/budapest.html) jeudi 2 décembre 2010

Publié le 2 décembre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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