

Jacques Roubaud, écrivain et mathématicien, membre éminent de l'Oulipo a reçu le titre de Docteur honoris causa de l'Université ELTE de Budapest
"Je suis venu à Budapest pour la première fois en 1975 en compagnie d'autres poètes français. Je connais quelques poètes hongrois qui vivent à Paris, dont Tibor Papp et Paul Nagy. La ville a beaucoup changé depuis mais pas les gens qui sont aussi accueillants qu'avant. L'Oulipo est assez connu dans ce pays, nous sommes venus en tant que groupe déjà deux fois ici pour présenter des lectures, et non seulement à Budapest mais aussi à Debrecen et à Szeged. En France, on fête le 50e anniversaire de l'Oulipo avec une grande exposition à Rennes avec des colloques, émissions de TV, radio, etc. L'Oulipo est une organisation libre et nous avons tous les mois un dîner chez un de nos membres et nous faisons des lectures publiques à la Bibliothèque Nationale. Théoriquement tout le monde peut devenir membre à une condition: il ne faut pas être candidat. C'est le groupe qui choisit ses nouveaux membres, actuellement on compte une vingtaine de membres vivants de l'Oulipo dont le règlement stipule que les membres disparus font partie aussi du groupe. On est donc 38. On ne peut être exclu et on ne peut pas démissionner. Il n'y a pas de disputes depuis la fondation du groupe, tout le monde respecte les opinions politiques des autres - c'est un vrai miracle en France. Un des principes fondamentaux du groupe était qu'à côté des écrivains et poètes il y aurait des mathématiciens parmi nous, parce qu'avec les mathématiques on peut trouver des formules littéraires autres que les "normales". Par exemple Georges Perec a beaucoup profité de ses formules en écrivant "La Vie mode d'emploi". Je suis mathématicien de profession et j'utilise beaucoup les mathématiques dans mes textes. J'ai enseigné dans plusieurs universités en France, actuellement, je donne un cours à l'École Polytechnique de Zurich (ETH) sur l'analyse de sonnets" - ainsi a expliqué le poète français au petitjournal.com.
Jacques Roubaud (www.oupo.net) est arrivé en Hongrie pour la cérémonie de l'Université Loránd Eötvös de Budapest qui lui a décerné le titre de Docteur honoris causa. En outre les éditions Kalligram ont publié son nouveau recueil de poèmes intitulé "Vala mi:fekete" traduit par Levente Saláf. Lors de la présentation de ce livre au Musée Littéraire Pet?fi, l'académicien Mihály Szegedy-Maszák a souligné la difficulté primordiale de la poésie de Roubaud: ceux qui la lisent ne la comprennent pas, ceux qui sont censés la comprendre ne la lisent pas. D'après lui, les mathématiques ont beaucoup contribué à faire comprendre un des traits essentiels de la posésie de Roubaud à savoir la description du néant.
La performance de Esterházy
L'invité-surprise de la soirée, le grand écrivain Péter Esterházy a tout d'abord montré ses talents d'acteur en lisant quelques passages de "Le grand incendie de Londres" de Roubaud. Mathématicien de formation comme l'auteur, Esterházy a parlé de l'importance du silence dans la poésie. De la parole quand on ne peut pas parler. De l'énergie qui inonde le lecteur en avalant les textes du poète. De l'état mental dans lequel il s'était trouvé apres avoir lu "Le grand incendie de Londres".
Roubaud a précisé sa pensée sur la différence entre le poème et le le roman. "Le roman n'est pas la poésie. Dès qu'on a fini un roman il n'est plus possible de le recommencer tandis qu'un poème, on peut lire, lire et relire. Les traductions sont très importantes parce que c'est l'ensemble de celles-ci qui forment véritablement un poème. Ce que je viens d'écrire est pour défendre le point de vue suivant : que la poésie a lieu dans une langue, se fait avec des mots ; sans mots pas de poésie ; qu'un poème doit être un objet artistique de langue à quatre dimensions, c'est-à-dire être composé à la fois pour une page, pour une voix, pour une oreille, et pour une vision intérieure. La poésie doit se lire et dire" - a conclu le Français avant de réciter lui-même ses poèmes.
Mihály Rózsa (www.lepetitjournal.com/budapest.html) lundi 15 novembre 2010






