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CINÉMA - Le projet Frankenstein

Écrit par Lepetitjournal Budapest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Après avoir été présenté avec succès au festival de Cannes cet été, le dernier film de Kornél Mundruczó est enfin arrivé dans les cinémas hongrois: Tender son: the project Frankenstein (Szelíd teremtés: a Frankenstein-terv, avec des sous-titres anglais, 2010)

 

(Photo: www.trailershut.com)

Le jeune réalisateur-acteur-scénariste reprend dans son ?uvre, dont il joue le rôle principal, une expérience théâtrale longue de plusieurs années qu'il a lui même menée . Ce n'est pas la première fois qu'il tente et réussit des synthèses entre théâtre et cinéma, le Nibelung-lakópark joué dans plusieurs endroits fabuleux de Budapest (entre 2004 et 2008), a été filmé l'année dernière dans la fameuse Maison Jaune récemment fermée (Clinique de Psychiatrie et de Neurologie). Auteur d'une quinzaine de films déjà dont plusieurs chefs d'oeuvre comme Beaux jours (Szép napok, 2002), Johanna (film-opéra, 2005) et Delta (Prix Fipresci, 2008.) il est spécialiste des tragédies familiales. Les trois films cités présentent des histoires de femmes dramatiques, toutes magnifiquement incarnées par l'actrice fétiche du réalisateur, Orsi Tóth, tandis que le nouveau récit élargit l'horizon vers l'humain universel.  Mundruczó est un créateur polyvalent en plus, mais paradoxalement, dans son dernier film où il fait jouer plusieurs amateurs (Rudolf Frecska et Kitty Csíkos), ainsi que de grands comédiens rarement vus ces derniers temps sur l'écran comme Lili Monori et Miklós Székely B., c'est sa performance d'acteur qui est la moins convaincante parmi toutes.

En traitant de son point de vue original le vieux fantasme de l'humanité, l'homme se mettant à la place du Créateur et fabriquant une créature humaine en laboratoire, Mundruczó change justement la base du conte fantastique de Mary Shelley (Frankenstein ou le Prométhée moderne, 1817). Cest sa réécriture du mythe qui est à l'origine de la mode moderne de l'histoire ancienne de Prométhée:  plusieurs récits importants et des dizaines de films dont le grand classique de James Whale (1931). Dans la variante hongroise (co-écrite avec Yvette Biró), le fils tendre est naturel dans tous les sens du mot, pourtant monstrueux, non humanisé. Il ne connaît pas ses parents qui l'ont abandonné et il a dû être  élevé dans un orphelinat. Adolescent, il part à la quête de sa famille manquante, en vue de trouver père, mère et épouse, donc pour "vivre sa vie" enfin dans un milieu humain, aimé de ses proches.

La réécriture d'un conte fantastique

Quand on le voit apparaître devant la porte du cimetière de la rue Kerepesi portant l'inscription "On ressuscite", sa vraie vie commence. Pourtant son bouquet acheté à la porte du cimetière,  destiné aux parents inconnus, est composé de fleurs blanches mortelles qui seront jetées sur des cadavres dans l'immeuble où il se trouve mêlé au casting d'un film dirigé par le réalisateur (joué par Mundruczó). Il finira par trouver ses parents et rencontrera même une fiancée gentille, mais tant pis pour lui: la communication avec les milieux sociaux et les liens sentimentaux ne sont pas codés dans son âme et esprit. Les tragédies se multiplient jusqu'à une fin laissée ouverte, mais qu'il meure ou qu'il survive, son destin est lugubre. Il ne pourra jamais être comme les autres, les gens normaux qu'il aimerait tellement aimer et qui l'aiment en retour. (http://www.youtube.com/watch?v=qg9hQTYvssA&feature=related).

La vision des Alpes enneigées sur le tableau final du film, paysage d'hiver glacial qui s'estompe à la fin, ne fait que couronner des  suites de séquences visuelles inoubliables. Le scénario est intéressant, mais contestable sur plusieurs points et difficilement transparent pour ceux qui ne connaissent pas bien le mythe et ses adaptations précédentes. Par contre, tout comme pour Delta, le côté le plus fort de ce Frankenstein moderne, inhumain  et déshumanisé est également sa visualité fascinante. Si les conflits restent parfois obscurs, les images de la misère humaine sont magnifiques et restent gravées dans la mémoire.

Ilona Kovács (www.lepetitjournal.com/budapest.html) vendredi 15 octobre 2010

 

Publié le 15 octobre 2010, mis à jour le 14 novembre 2012
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