

Le réalisateur français a participé à la première de son film Copacabana lors des Journées du film francophone de Budapest
Lepetitjournal.com: On peut dire que le film nous a représenté un monde à l'envers, où les rôles sont changés entre mère et fille. La mère se comporte comme une adolescente, avec l'esprit d'aventure, tandis que sa fille est beaucoup plus responsable, qui mène une vie de petite bourgeoise.
Marc Fitoussi: Oui, les rôles sont complètement à l'inverse, parce qu'il y a une mère immature, sa fille est un peu trop mature, en tout cas, trop sage, peut-être petit bourgeois, mais je n'avais pas envie de prendre position. Et c'est vrai que j'adore le personnage joué par Isabelle Huppert, mais je n'ai pas envie de tout à fait condamner la fille. Le sens d'avoir une mère comme ça, excentrique, toujours fantaisiste, qui ne prend jamais de responsabilité. Surtout à la fin quand elles s'assument qu'elles s'acceptent telles qu'elles sont. Surtout finalement, quand elles dansent ensemble, l'une portant une robe avec des plumes, tandis que l'autre porte une robe de mariage. Chacune a mis sa position et assume ses choix mais quand même, elles acceptent le choix de l'autre.
Comme si Babou vivait encore en Mai '68? L'héritage et la nostalgie des événements de 1968 semblent être primordiaux pour elle.
Le personnage d'Isabelle Huppert peut sembler être issu de cette génération-là, c'est vrai. Mais ce n'est pas politisé, Babou vit les événements d'un point de vue drôle, d'amusement, elle jouit de ce gros bordel, de rencontrer les mecs qui ne l'intéressent pas vraiment. Le film et le personnage ne contiennent pas de discours politique, ce n'est pas engagé. Pensons seulement aux buts de Babou, elle n'espère rien d'extraordinaire, elle ne voudrait que voyager au Brésil, faire les fêtes là-bas, se réveiller au soleil. Elle aime s'amuser, elle est assez hédoniste. Il y a des gens de 1968 qui quand même sont devenus complètement petits bourgeois de nos jours, mais Babou est restée en tout cas la même lorsqu'elle devait être sur les barricades. Babou a encore le même esprit que les manifestants avaient en Mai 1968 sur les barricades. Je pense que les gens vieillissants ont besoin d'une stabilité d'un moment à l'autre. C'est assez intéressant, que finalement c'est sa fille qui choisit la stabilité, de prendre la décision de se marier très jeune.
J'ai découvert une sorte d'analogie entre le personnage de Babou et les personnages post soixante-huitards d'Alain Tanner. Par exemple le personnage de Babou ressemble à un personnage féminin de Tanner dans "Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000".
Ah, je ne l'ai jamais vu, cela m'intéresse beaucoup.
La monteuse, c'était Martine Giordano qui a monté beaucoup de films de Maurice Pialat et ceux de André Téchiné. J'étais très contente qu'elle ait accepté le travail. Selon elle, le film est féministe. Je ne considère pas ce film féministe, mais je peux comprendre en même temps qu'elle a pu le dire. C'est un personnage qui est fondamentalement libre. Le film voudrait rendre hommage en tous cas aux personnes qui, malgré la morosité ambiante actuelle, sont capables de donner et montrer l'optimisme et confiance en la vie, envers des autres. Chez Babou, il y a une sorte de naïveté innée, une sorte de curiosité aux autres. En face de son attitude, il y a des gens qui sont méfiants de tous. Par exemple, la colocataire de Babou qui ne voudrait avoir aucune sorte de contact avec Babou. Ou bien le superviseur qui ne pense qu'au boulot, et qui a complètement effacé sa vie personnelle.
Il serait magnifique de voir votre film entre les films de la série Allergie à la civilisation, parmi les films de Godard, Jacques Tati et Alain Tanner.
Je le voudrais. A vrai dire, je n'ai pas d'allergie à la civilisation mais je comprends ce qu'il veut dire, cet allergie dans le sens où, par exemple en France le climat actuel, que Sarkozy essaie de tenir le discours de travailler plus, gagner plus.
Le film n'est pas engagé. En tout cas, ce film est une réponse inconsciente un peu détournée à cet ordre-là, une contre-réponse à cette proposition.
Les personnages éternels adolescents, qui ne deviennent jamais adultes et qui cherchent des issues à cette grande désillusion, à ce mal à l'aise, sont très ludiques finalement
Babou n'est pas capable de garder son boulot parce qu'elle ne pouvait pas s'amuser plus. Quand j'ai écrit le scénario, j'ai imaginé que ce personnage ne serait pas capable de terminer un livre à cause de cette peur de ne pas être dans le temps présent. C'est un personnage de fiction mais c'est en même temps plausible aussi. En parlant d'Isabelle Huppert, qui travaille tellement, qui bosse beaucoup et quand même, à plus de 50 ans, encore capable de mener une vie papillon, c'est très surprenant, en pensant à elle, on a l'impression qu'elle n'existe pas dans ce monde.
Texte et photo Judit Pecze (www.lepetitjournal.com/budapest.html), jeudi 10 mars 2011






