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Thomas Lilti sur tous les fronts à la Festa do cinema francês

Par Lucie Etchebers-Sola | Publié le 09/10/2019 à 23:27 | Mis à jour le 10/10/2019 à 10:51
Photo : Thomas Lilti © Lucie Etchebers-Sola
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Le réalisateur français, Thomas Lilti,  présente trois films à Lisbonne dans le cadre de Festa do Cinema Francês dont son dernier long-métrage, « Première année », une histoire d’amitié teintée de rivalité dans l’antre infernal d´une première année de médecine.

 
« Première année, c’est un film sur des jeunes qui travaillent » expliquait William Lebghill (l’interprète de Benjamin) dans une interview pour le magazine Première en septembre 2018. De fait, c’est assez bien résumé ! Mais le dernier film de Thomas Lilti raconte surtout l’histoire d’une « bromance » entre Benjamin et Antoine (joué par Vincent Lacoste) qui tentent, non sans accroc, de survivre à leur première année de médecine. Thomas Lilti sait de quoi il parle, il a lui-même traversé cette épreuve, eut son concours, et exercé la médecine pendant des années tout en se consacrant au cinéma, sa passion. La 20ème édition de la Festa do Cinéma Francês l’accueille aujourd’hui pour présenter trois des cinq longs-métrages qu’il a réalisé : « Hippocrate » (2014), « Médecin de campagne » (2016), et enfin « Première année » sorti en France en septembre 2018 et présenté à Lisbonne ce 9 octobre. Entre deux présentations, il a accepté de recevoir Lepetitjournal pour répondre à quelques questions.
 

Lepetitjournal : « Première année » c’est surtout une histoire d’amitié. Vous avez fait  des études de médecine, est-il possible de se faire des amis pendant cette première année ? Aviez-vous votre « Antoine » à cette époque ?
Thomas Lilti, :
Vous considérez que je suis Benjamin d’entrée de jeu ? Vous avez raison… je suis plus proche du personnage que joue William Lebghil que celui que joue Vincent Lacoste. Benjamin est un fils de médecin comme moi, qui arrive en première année, sans savoir très bien ce qu’il fait là, mais il a des codes assimilés bien malgré lui, et donc ce parcours du combattant lui est plus accessible que pour d´autres. C’était un peu mon cas aussi, je ne pensais pas être armé pour ce concours mais en fait je me suis rendu compte que je l’étais plus que d’autres.
Je sais que c’est possible de se faire des amis en première année, mais surtout c’est indispensable ! Paradoxalement moi j’ai traversé cette première année de façon plutôt solitaire, il y a 20 ans, et ça laisse des séquelles. Les choses étaient très similaires à l’époque, ce concours était déjà une aberration absolue. J’ai constaté que la plupart de ceux qui réussissent sont ceux qui, à un moment,  ont réussi à créer du lien, soit un binôme comme dans le film, soit un groupe de travail qui devient un groupe d’amis. 

 

L’avez-vous traversé en solitaire par défaut ?
Je pense que c’était parce qu’il y avait déjà le cinéma ! Alors que je rêvais de cinéma je suis allé faire des études de médecine parce que je devais faire des études et que je ne me sentais pas armé pour faire des études de cinéma. J’ai fait cette première année, dans les pas de mon père, et pour montrer aussi que j’étais capable de faire quelque chose de méritoire. J’ai réussi mais j’avais déjà en moi ce secret culpabilisant de me dire j’étais là « en touriste » parce que ma vraie passion n’était pas la médecine. J’ai été rattrapé par la suite par le fait que j’ai eu ma première année et ensuite par le fait que c’est tout de même un métier extrêmement enrichissant et gratifiant. Mais à partir de ma deuxième année j’ai commencé à faire des films et j’ai, par la suite, toujours fait les deux en parallèle.

 
Votre père a accepté l’idée que vous fassiez une profession artistique ?
Non pas trop ! C’est compliqué pour moi de l’analyser, mais je pense qu’il s’inquiétait de ma capacité à vivre de cet art. Mon père est aussi quelqu’un qui a des difficultés avec la notion de « plaisir » et je pense que de me voir profiter de la vie plus que lui n’en avait jamais été capable c’était compliqué. Voilà, j’ai cassé l’ambiance !
 

Vous parlez de ce concours comme une sorte d’absurdité, un examen complètement aliénant pour des jeunes gens de 18 ans. D’ailleurs le personnage Antoine craque nerveusement à un moment donné. Comment survit-on à sa première année ? Est-ce qu’on s’en remet jamais vraiment ?
La grande majorité s’en remet évidemment, mais je pense qu’elle laisse des traces. Cette première année a de monstrueux défauts. Elle questionne sur l’idée qu’on se fait de la jeunesse en France. A 18 ans on est en pleine force d’apprentissage, on a envie de découvrir les choses, or pendant un an, voire deux pour ceux qui redoublent, ces jeunes sont forcés d’apprendre des choses qui n’ont aucun intérêt et qui tue leur curiosité et leur soif de découverte. Ils passent un ou deux ans à vivre une compétition, à juste essayer d’être sélectionné, ils n’apprennent rien d’intéressant. Cela laisse des traces pour ceux qui ratent  le concours comme pour ceux qui le réussissent. Et de façon plus invisible, cette pression constante, et cette rivalité induite par ce concours est quelque chose dont ils auront beaucoup de mal à se débarrasser par la suite dans les années qui suivent, parce qu’ils voient les autres comme des rivaux pas comme des partenaires. La compétition est très ancrée dans les études de médecine, donc de toute manière ce sont des études qui sont violentes. L’enseignement et la façon dont est transmis le savoir aussi est violent. Tout cela trouve son terreau dans cette première année. D’ailleurs, les études le montrent, les étudiants en médecine sont plutôt des étudiants malheureux.
 

Comment avez-vous écrit ce film ?
Je l’ai écrit très rapidement et tout seul pour la première fois. Je me suis plongé dans mes souvenirs, c’est un film romanesque pas autobiographique, donc j’ai inventé cette histoire d’amitié, les relations à leurs parents. En parallèle je me suis beaucoup documenté sur la réalité du concours aujourd’hui, j’ai rencontré beaucoup d’étudiant, lu beaucoup de livres de témoignages, et à partir de là j’ai écrit le scénario.
 

Est-ce que vous savez comment le film a été reçu par les étudiants en médecine ?
En France très bien, le film a très bien marché et a été très bien accueilli. J’avais le pressentiment que ce film -et ils sont peu nombreux dans le cinéma françai- allait rassembler les jeunes gens et leurs parents et être un sujet de discussion. Cela s´est avéré vrai et j’ai eu beaucoup de retour d’étudiant qui avaient réussi leur première année et qui étaient contents d’avoir ce film comme un outil de témoignage vis-à-vis de leur entourage. Une preuve, comme pour leur dire « voilà c’est ça qu’on a vécu ».  
 

La plupart des gens s’identifient plutôt aux parents d’Antoine qui sont vraiment dans l’ignorance totale et qui ne comprennent pas ce qui se passe.
Oui je pense que c’est le cas pour la plupart des spectateurs, les gens se demandent « mais comment on peut s’imposer cette situation  à 18 ans ? ». Mais pour l’avoir vécu, je peux vous dire qu’on se laisse prendre au jeu à un moment, et finalement au bout du compte ceux qui ont leur concours sont ceux qui sont les plus grands compétiteurs, et ce sont ceux-là qui deviendront les médecins de demain, pas forcément ceux qui ont des qualités humaines qui sont tout aussi importantes.
 

Vous avez rencontré des  étudiants ayant fait trois années de suite leur première année comme le personnage d’Antoine ?
A l’époque oui j’en connaissais. Aujourd’hui c’est interdit, dans certaines universités on ne peut même plus redoubler. Pour pouvoir tripler il fallait une dérogation spéciale pour montrer qu’il y avait eu des évènements spéciaux qui auraient pu handicaper la scolarité pendant au moins une  année. C’est un peu masochiste de tripler, rentrer à 18 ans et sortir à 21, c’est terrible. Surtout si on finit par ne pas l’avoir…
 

C’est la deuxième fois que vous tournez avec Vincent Lacoste. Il vous a beaucoup inspiré ?
Oui un peu, mais bien involontairement. C’est surtout que j’ai fait « Hippocrate » avec lui, il avait 18 ans, c’était son deuxième film quelque chose comme ça, et aujourd’hui il en a 26 mais je lui fais jouer un jeune de 18 ans. Actuellement, c’est un acteur demandé, je suis très heureux pour lui. C’est comme un petit frère pour moi. Quand j’écris un rôle de jeune homme, très spontanément je pense à lui.

 
Vous avez fait une masterclass , à Lisbonne, avec des étudiants en médecine. Comment cela s´est-il passé ?
C’était à la fac de médecine, les étudiants n’étaient pas très nombreux mais c’était très touchant de parler médecine plus que cinéma. Ils se sont plus retrouvés dans le film « Hippocrate » parce que c’était des étudiants en 5e ou 6e  année, des jeunes internes, mais ils ont beaucoup aimé « Première année » aussi. Je travaille d’ailleurs sur une série qui va être une déclinaison du film « Hippocrate » pour Canal + et j’ai deux films en écriture, mais ce sera pour un peu plus tard…
 
« Première année » a été projecté ce 9 octobre à Lisbonne au Cinéma São Jorge et será présenté le 6 novembre à Portimão.
 
La Festa continue jusqu'au 13 octobre à Lisbonne au cinéma Ideal, à la Cinémathèque Portugaise et au cinéma São Jorge, et jusqu'au 8 novembre dans sept autres villes portugaises (Setubal, Almada, Coimbra, Porto, Leiria, Portimão et Beja). La Festa est organisée par l'Ambassade de France au Portugal, l'Institut Français du Portugal avec la collaboration du réseau des Alliances Françaises et en partenariat avec SERENA Productions, UniFrance Films et les salles de cinéma qui participent à l'événement.
 
Tous le programme ici
 

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