Jakarta

OJEK – Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les motos-taxis jakartanais

Face aux « macet » qui engorgent la ville de Jakarta et à l’absence de transport en commun, les motos-taxis florissent depuis longtemps dans la mégalopole. En 2010, une start-up s’est lancée sur ce marché jusque-là complètement artisanal et en a fait une success-story à l’indonésienne. Go-Jek a vite été suivie par de nombreux concurrents, parmi eux, la société américaine Uber qui a lancé en avril 2016 son application Uber Motor. Pour en savoir plus sur ce métier bien utile à Jakarta, nous avons rencontré Rorry, étudiant jovial et engagé qui a décidé de devenir chauffeur pour Uber, à l’âge de 21 ans. « Attention, prévient-il, si je commence à parler de mon petit boulot, je ne sais plus m’arrêter ! »


Lepetitjournal.com/jakarta : Qu’est-ce qui vous a incité à travailler comme moto-taxi parallèlement à vos études ?

Rorry : L’université offre beaucoup de temps libre. J’ai donc rejoint Uber en avril 2016 pour rencontrer de nouvelles personnes et gagner un peu d’argent. Après une courte formation j’étais prêt à être chauffeur !

LPJJ : Comment se passe une journée type ?

Rorry : La journée-type n’existe pas, je n’ai jamais eu un emploi aussi flexible ! Il me suffit de démarrer l’application et celle-ci me trouve un passager au bout de 5 à 10 minutes. Cependant, s’il y a une chose que je fais systématiquement, c’est regarder la note de mon client pour prédire comment interagir avec lui…

LPJJ : Comment adaptez-vous votre comportement à la note du client ? Remarquez-vous différents types de passagers ?

Rorry : D’expérience, les personnes ayant une mauvaise note sont plus difficiles à satisfaire, je leur propose alors un masque et une charlotte. D’autre part, les passagers ayant 5 étoiles sont souvent plus amicaux et décontractés.Mes clients préférés sont ceux qui sont à l’heure, appellent pour préciser leur position et, éventuellement, laissent un petit pourboire !

LPJJ : Quel est le salaire d’un ojek ?

Rorry : Je gagne habituellement entre 300.000 et 500.000 roupies par semaine, mais je ne peux pas affirmer que ce soit représentatif de la majorité d’entre nous. Le salaire moyen d’un ojek dépend principalement du nombre de courses effectuées, ce nombre dépend lui-même de l’heure et du lieu où nous travaillons.

LPJJ : Il n’est pas rare de voir les ojeks se rassembler en attendant leur commande, que faites-vous durant ces moments-là ?

Rorry : Nous partageons nos histoires ! Les ojeks vivent parfois des expériences incroyables. Je connais un chauffeur qui est tombé amoureux d’une de ses clientes et ils sont maintenant mariés !

LPJJ : Ressentez-vous un fort sentiment d’appartenance envers la communauté des ojeks ?

Rorry : Oui, nous sommes très soudés. Quand l’application GO-JEK est devenue populaire, il y a quelques années, elle était très controversée et a rencontré une forte opposition de la part des ojek conventionnels. Un conflit éclatait dès qu’un Go-jek se retrouvait sur le même lieu qu’un ojek. Cette petite guerre a fortement rapproché les « ojeks on line » qui, en alliant leur force, ont fini par gagner la bataille.

Encore maintenant, si je travaille la nuit ou dois me rendre dans un endroit peu fréquenté, il me suffit d’envoyer un message sur notre groupe WhatsApp pour qu’un ami « ojek on line » m’y accompagne.

LPJJ : C’est dangereux d’être chauffeur de moto-taxi?

Rorry : Chaque travail comporte ses risques mais les ojeks sont particulièrement exposés aux vols et aux crimes. Des bandits appelés “Begal” commandent un ojek pour le prendre par surprise et voler sa moto. Certains attaquent même à l’aide d’un sabre de samouraï ! C’est un problème auquel j’ai eu moi-même à faire face : une nuit, des voleurs ont dérobé le sac de ma passagère. Par bonheur, ils ont embarqué son téléphone, ce qui nous a permis de les localiser grâce à l’application ! Les policiers les ont arrêtés et la jeune femme a pu récupérer toutes ses affaires. Nous sommes d’ailleurs devenus de bons amis depuis cette aventure. L’histoire s’étant bien terminée, elle reste ma plus belle expérience : c’était digne d’un film d’action.

LPJJ : Cela vous arrive-t-il souvent de rester en contact avec vos passagers ?

Rorry : J’ai fait de nombreuses rencontres grâce à ce petit boulot. Cela m’a même amené à retrouver par hasard une amie d’enfance de Sumatra ! J’ai récolté un nombre assez impressionnant de cartes de visites et j’ai eu plusieurs offres d’emploi à bord de mon scooter ! Nous sommes nombreux parmi les chauffeurs ojeks à avoir aussi des petites entreprises et on n’hésite pas à en faire la pub auprès de nos passagers. Bref, c’est un vrai métier de contact et de réseau.

LPJJ : Pensez-vous que devenir chauffeur vous a changé ?

Rorry : Oui, je suis convaincu que cette expérience m’a rendu meilleur. Auparavant, j’étais quelqu’un d’assez introverti et je ne savais pas ce que je voulais faire plus tard, mais cela m’a permis de voir mon potentiel. J’ai récemment postulé pour un travail dans le domaine du marketing et j’attends la réponse, mais une chose est sûre : je ne cesserai pas d’être un chauffer d’ojek !

Depuis, Rorry a obtenu le travail qu’il désirait dans le marketing et il s’apprête déjà à créer sa propre agence de voyage. Qui aurait imaginé que votre chauffeur avait autant d’histoires à raconter ?

Chloé Glorieux et Jalu Kawiworo (www.lepetitjournal.com/jakarta) mercredi 19 avril 2017

Crédit Photos : Chloé Glorieux

 
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