MARINE GONARD - "La France fait rêver pour ce qu'elle représente et non ce qu'elle est réellement"

Par Lepetitjournal.com International | Publié le 25/09/2014 à 18:22 | Mis à jour le 30/06/2020 à 14:29
Photo : Lac dans les rocheuses, Colombie Britannique (Marine Gonard)
marine gonard

Il y a un peu plus d'un an, Marine Gonard s'envolait pour le grand nord canadien avec un Working Holiday Visa. Diplômée de photographie, elle avait comme objectif de traverser le pays d'est en ouest. Après près de 25 000 kilomètres parcourus et 12 mois de voyage et de rencontres, elle revient en France, chargée de photos et de souvenirs.



Lepetitjournal.com - Le WHV pour le Canada est réputé difficile à obtenir à cause des quotas. Cela a-t-il été le cas pour vous ?
Marine Gonard - Je n'ai pas eu de mal à obtenir ce visa car il faut aller très vite et c'est ce que j'ai fait. J'ai cependant eu de la chance d'avoir un dossier où rien ne manquait (un oubli de signature ou une case non cochée et c'est terminé).
 
Comment se sont passés les premiers jours à votre arrivée ? Quelles sont les premières démarches à effectuer une fois sur place ?
A mon arrivée j'ai été accueillie par mon frère, installé à Montréal donc la transition avec la France s'est faite en douceur. Au niveau des démarches, il faut ouvrir un compte bancaire, obtenir un numéro d'assuré social, obligatoire pour pouvoir travailler, puis il m'a fallu partir en quête d'un véhicule.

Que ressentiez-vous ? De l'appréhension ? De l'excitation ?
J'étais très excitée à l'idée d'entamer une nouvelle vie loin de tout ce que je connaissais en France et loin de mes repères. Ça a été une sorte de défi personnel.

Pouvez-vous nous résumer les grandes lignes de votre voyage ?
Sur une année, j'ai parcouru environ 25.000km, vécu 8 mois sur 12 à l'Ouest (Alberta et Colombie Britannique), travaillé 7 mois et demi au total et fait de très belles rencontres.
J'ai eu quelques difficultés au début avec l'anglais mais on s'y fait vite, j'ai beaucoup progressé grâce aux rencontres et au travail. J'ai commencé par visiter le Québec et la Gaspésie puis direction l'ouest jusqu'à Vancouver. La traversée a duré 10-15 jours en comptant les pauses plus ou moins longues.

 

marine gonard

Sapins enneigés sur l'île de Vancouver  (Marine Gonard)


Vous étiez partie pour un voyage d'est en ouest, avec de quoi vivre pendant 3 ou 4 mois. Avez-vous respecté votre projet initial ou bien avez-vous dû composer avec l'imprévu et modifier vos plans ?
Effectivement, j'ai pu tenir 3 mois grâce au budget de départ puis j'ai travaillé dès le début de l'automne en fois la traversée effectuée.

Outre cette traversée du Canada, avez-vous visité d'autres pays ou régions voisines ?
C'est à la fin de mon PVT (Permis Vacances Travail ou Working Holiday Visa), que j'ai pu visiter New-York grâce à un voyage organisé au départ de Montréal. J'ai travaillé les 3 derniers mois à Montréal pour justement pouvoir découvrir New-York avant de rentrer.
 
Etes-vous allée au Pow Wow de Winnipeg comme vous le souhaitiez ?
J'ai eu la chance de pouvoir assister à un Pow Wow (rassemblement d'indiens d'Amérique) qui reste l'un de mes meilleurs souvenirs. L'accueil a été très chaleureux. Les costumes étaient superbes et les chants accompagnés du tambour, à vous donner des frissons.

Votre impression du Canada en quelques mots ?
Le Canada est un pays magnifique, très accueillant, où l'accès au logement et au travail est abordable et au niveau administratif les démarches sont simples et rapides.
 
Votre voyage se voulait avant tout photographique. Quel bilan en tirez-vous du point de vue artistique ?
Je suis assez satisfaite de mon travail photographique au Canada, il a évolué au fil du temps et j'ai mené une réflexion sur des thèmes plus personnels qu'auparavant. Mon site est en cours d'aménagement avec bientôt les photos du Canada. Je vais préparer mon travail pour l'envoyer à différents concours et festivals pour l'été prochain

Quels sont vos projets à l'heure actuelle ? Vous nous disiez l'an dernier que vous ne comptiez pas vous installer au Canada mais revenir en France. Cette année d'expatriation ne vous a-t-elle pas donné l?envie de repartir ?
Je retournerai (quand? bientôt je l'espère) sur le continent américain pour découvrir l'Alaska avec un nouveau projet photo d'ici là.
Pour le moment, je suis contente d'être rentrée mais je n'exclue pas un nouveau voyage d'ici quelques temps.
Sur le plan personnel, ce voyage m'a aidé à relativiser (les difficultés liées au voyage n'ont pas été de tout repos mais finalement on en ressort grandi)
 
Votre meilleur souvenir ?
Mon meilleur souvenir reste celui de la faune sauvage. Ours, loups, baleines, cerfs, coyotes... C'est un bonheur de les voir ailleurs qu'en cage.
 
Votre pire souvenir ?
Mon pire souvenir : La traversée retour, Vancouver - Montréal en plein mois de mars avec glace et tempêtes de neige sur la route, ce fut ma plus grosse frayeur et une décision à laquelle je réfléchirai à deux fois si c'était à refaire.


Une rencontre qui vous a marquée ?
Beaucoup de rencontres m'ont marquée, je ne saurais en énumérer qu'une seule. Une chose est sure, le voyage et la distance géographique entre l'Europe et l'Amérique intensifient les rencontres.
Par rapport à la France, il me semble que les Canadiens ont l'air beaucoup moins stressés. Ils ne râlent pas pour un oui ou pour un non !
 
Avez-vous ressenti à un certain moment un sentiment de lassitude, ou le mal du pays ? Avez-vous songé à rentrer plus tôt que prévu ?
Bien sûr que j'ai eu le mal du pays, lors des moments difficiles, ce qui est normal lorsque l'on est loin de ses repères et sein d'une culture différente de la nôtre.
Mais je ne regrette pas ces moments, ils m'ont fait apprécier d'autres moments merveilleux. Après la tempête, le soleil revient toujours et il resplendit.
 
Dans quel état d'esprit étiez-vous le jour de votre retour ?
Le jour de mon retour, j'avais hâte de rentrer pour revoir mes proches et manger une bonne assiette de fromages !

Qu'est-ce qui vous a le plus manqué lorsque vous étiez là-bas ?
Ce qui m'a le plus manqué au Canada, c'est peut-être la nourriture française. Même si on retrouve beaucoup de produits identiques.
 
En cette période morose, on parle encore beaucoup de crise, de chômage. Et les pays voisins ne sont pas toujours très tendres à l'égard de la France. Avez-vous pu discuter sur place de la perception de la France aujourd'hui ? Avez-vous le sentiment que notre pays fait rêver les étrangers comme le Canada vous faisait rêver ?
J'ai rencontré un couple de Québécois âgé d'une soixantaine d'années, qui me disait beaucoup aimer les villes françaises, l'architecture, la Côte d'Azur...
Mais ça s'arrêtait là. Au niveau politique et notamment au niveau de la sécurité, la France leur faisait peur.
Je crois que la France fait rêver pour ce qu'elle représente et non ce qu'elle est réellement.
En réalité, nous avons du travail pour relever le niveau de vie et le coefficient bonheur de chaque Français.
C'est pour cette raison que tant de jeunes partent chaque année au Canada et décident d'y rester. Tout y est beaucoup plus simple et plus abordable qu'en France.
Luc Allain (www.lepetitjournal.com) vendredi 26 septembre 2014

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