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Le harcèlement scolaire : «tuyaux » aux parents pour aider nos enfants

Par Désirée Seghers | Publié le 07/05/2019 à 23:30 | Mis à jour le 08/05/2019 à 15:20
harcèlement scolaire tuyaux pour aider les enfants et parents

Le harcèlement scolaire est la hantise par excellence des parents quand ils déposent leurs enfants dans la cour de récré de l’école. Ce fléau, en effet, doit être pris au sérieux parce que nos enfants souffrent énormément et le harcèlement aujourd’hui peut affecter nos enfants jusqu’à l’âge adulte. 

 

Or, le harcèlement n’est PAS une fatalité et le subir un jour ne veut pas dire le subir toujours. Encore faut-il que les adultes comprennent bien les mécanismes pour pouvoir accompagner les jeunes le plus efficacement possible.

 

Focus sur le harcelé :

Habituellement, le focus de l’adulte est placé sur le harceleur. Tout est mis en œuvre pour qu’il arrête ce qu’il fait. Souvent sans succès. La nature humaine a tendance à persévérer toujours plus fort dans la voie empruntée en pensant que l’on n’en fait pas assez, d’où plus de sensibilisation, plus de séances de réconciliation, plus d’interventions et ainsi de suite. Le résultat est souvent –paradoxalement- que le harcèlement s’aggrave (plus vicieux et caché) et que la victime se mure davantage dans un silence assourdissant, laissant croire que tout est géré. Jusqu’à l’explosion… avec parfois des conséquences dramatiques. 

Emmanuelle Piquet, depuis 10 ans, a adapté l’approche de la Thérapie Brève (Ecole de Palo Alto) au contexte spécifique du harcèlement scolaire. Elle a étudié les relations et les interactions qui existent entre le harceleur (et sa bande), le harcelé, les témoins et les adultes. Elle a compris aussi l’importance du code non écrit de la cour de récré qui stipule que 1) Tout problème relationnel entre enfants se règle entre enfants d’abord et 2) Celui qui enfreint cette règle perd considérablement de sa popularité. 

Quand l’adulte, du coup, intervient dans la situation du harcèlement (surtout fin de primaire et au collège), il renforce involontairement la position du harceleur (‘il est fort pour faire intervenir des adultes autour de sa petite personne’, gage de popularité auprès de ses pairs) et il affaiblit –involontairement encore- la position du harcelé (‘qui n’est pas cap de se défendre seul’). Les thérapeutes brefs de l’équipe de « Chagrin Scolaire » d’Emmanuelle Piquet veillent à mieux armer le jeune harcelé à détecter le cercle vicieux dont il veut sortir et à en changer ses interactions pour obtenir l’arrêt du harcèlement. Et si elle travaille davantage avec le harcelé, ce n’est pas parce qu’il devrait changer lui (il est parfait comme il est, quoiqu’en pensent le harceleur et sa bande) mais pour une raison pragmatique avant tout : c’est lui qui consulte (là où le harceleur ne consulte pas) parce qu’il a le plus d’intérêt à ce que la situation change.  

En amont et avant d’en arriver à des situations dramatiques qui nécessitent l’intervention de professionnels, les parents ont des moyens pour aider leurs enfants en cas de harcèlement. 

Si les parents comprennent les mécanismes de ce qui se joue dans la cour de récré, loin des yeux pourtant aguerris des enseignants, ils pourraient mieux accompagner les jeunes et ils verraient aussi que certaines de leurs interventions sont très efficaces et que d’autres, par contre, vont desservir leurs enfants.

 

Les clés pour aider les enfants :

Les principes clés sont repris dans l’acronyme « EMPOWER » que les Anglais emploient justement pour exprimer comment aider nos enfants à prendre leur vie en main.

- E pour émotions : Accueillir les émotions de notre enfant est primordial (et ce n’est pas facile du tout !!). Déjà, lui dire de riposter ou encore de faire semblant d’ignorer, ce n’est pas de l’écoute ! C’est tout bénéfice pour nos enfants de pratiquer l’écoute active, avec nos oreilles, nos yeux, notre posture et notre cœur. 

- M pour Modérer nos propres émotions (pourtant parfaitement légitimes) parce que nous, les parents, nous en voulons (à mort) à l’harceleur (et par extension à ses parents) ou à l’école « qui ne fait pas son job ». Nous risquons d’alourdir nos enfants avec nos propres états d’âme. Il vaut mieux chercher une oreille attentive où déverser notre colère et notre écœurement (les amis, notre partenaire, un thérapeute) pour qu’à notre tour, nos enfants puissent déverser, dans nos oreilles bienveillantes et attentives, leur colère, leur peur, leur tristesse (les délester de ces poids, dans un cadre bienveillant et affectueux, est déjà les renforcer !). 

- P pour profil bas : nous ne savons pas grand chose de ce qu’il vit, ne soyons donc pas ‘savants’ et P pour positionnement : notre place est à côté de lui et pas ‘entre’ l’enfant harcelé et son monde (cf. le code).

- O pour objectif premier : Notre focus doit être sur celui qui souffre parce qu’il a juste encore un peu d’énergie pour agir (que nous mobiliserons adéquatement) tandis que le harceleur est trop content de (continuer à) surfer sur la vague de sa popularité (il est pris lui aussi dans un cercle vicieux mais sans motivation pour en sortir, tout comme les membres de sa bande). 

- W pour « What else ? »  Par là, je veux dire « l’attitude de chercheur » du parent qui aide son enfant à penser à des pistes lui-même. Et l’enfant a besoin de ses parents comme un guide ou un tuteur (donc pas du style : « C’est ton problème, débrouille-toi ! »). Ne fait pas partie des réponses : le pousser à dénoncer le harceleur parce que c’est le mettre en porte-à-faux avec le code de la cour de récré et il sait déjà qu’il paiera très cher d’être « une balance » ou « un collabo ». 

- E pour expression : Il est primordial que le jeune parle à un adulte et fasse confiance à un adulte (un parent ou une autre personne de confiance). Il y va de sa santé mentale si pas physique ! Il est donc impératif (IMPERATIF !!) de lui dire que nous n’entreprendrons rien sans son accord !! Il est encore plus important de nous y tenir, surtout quand notre propre monde s’écroule en entendant ce que vit notre jeune (et que nous avons envie d’aller lui remonter les bretelles, à l’autre-là !). A partir de là, l’on peut chercher AVEC LUI et PAR LUI comment s’en sortir. 

R pour Relax quant aux amitiés et aux aptitudes sociales de nos enfants ! L’amitié est une question de feeling et non de raison, sinon, nous lui ajoutons un autre stress qui l’affaiblit justement dans ses relations sociales.

 

Bien menée, cette approche est « gagnant-gagnant »

 

Le jeune harcelé acquiert des nouvelles compétences qui lui serviront toute sa vie. Il gagnera du respect et il restaurera sa confiance en lui. 

Quant à l’harceleur, il est salutaire pour lui qu’il ne soit pas maintenu dans une illusion de toute puissance et qu’il fasse l’expérience des conséquences négatives de son attitude agressive (plus efficace que les sanctions, pourtant parfois nécessaires). En plus, il aura l’occasion de découvrir, avec ses qualités inhérentes très appréciées (meneur d’hommes, du bagou, de l’ascendant, fédérateur), qu’au lieu d’être chef de bande,  il peut être … un leader ! 

 

NOTE : Forcément, dans le cadre de cet article, tous les aspects d’un problème aussi grave que le harcèlement scolaire ne peuvent être abordés (la bande, les témoins, les profils type ou pas, quid des sanctions à l’égard du harceleur, la notion de popularité). Il y a aussi le regard sur ce que les écoles peuvent mettre en place pour créer un climat anti-harcèlement.

Pour plus d’info : cf. travaux d’Emmanuelle Piquet et son site internet www.a180degres.comavec son volet « chagrin scolaire ».

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Désirée Seghers

Désirée Seghers

est médiatrice familiale agréée (Commission Fédérale belge de Médiation) et coach certifiée ICF.
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