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DIRIGEANTS FRANÇAIS EN POLOGNE - Bertrand Jannet, associé chez Calan

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 03/12/2013 à 23:00 | Mis à jour le 21/03/2017 à 09:58

Envoyé en Pologne dès 1994 par un cabinet de conseil en restructuration, Bertrand Jannet s'y installe définitivement en 1997, pour ne jamais en repartir ! Il a fait partie de ces expatriés au profil "pionnier" qui ont connu le pays tout au début de son ouverture économique. Aujourd'hui associé chez Calan, il revient sur son parcours professionnel qui l'a amené à être chasseur de tête et nous livre sa vision du marché du travail en Pologne.

Lepetitjournal.com/Varsovie - En quoi consiste l'activité de Calan ?
Bertrand Jannet - Calan est avant tout un cabinet d'expertise comptable qui ne travaille que pour des clients étrangers dont beaucoup sont côtés en bourse. Son activité s'étend également à la gestion d'actifs pour le compte de tiers, à l'intelligence économique et à la chasse de tête.

Calan compte aujourd'hui 125 collaborateurs et s'apprête à fêter ses 20 ans, l'année prochaine ! Nous sommes 7 associés, dont 3 Français et 4 Polonais.

Pourquoi et comment avez-vous choisi de rejoindre ce cabinet en tant qu'associé ?
Je n'ai rejoint Calan qu'en 2010, bien que son fondateur Arnaud Tual soit l'une des premières personnes que j'ai connues en Pologne.

A l'origine, je suis arrivé en Pologne pour travailler sur des programmes de privatisations, puis sur des projets d'acquisition de réseaux de supermarchés notamment pour la branche Comptoir Modernes du groupe Carrefour. C'est de là que, dès 1997, j'ai fait mes premiers pas dans le recrutement, sans rien y connaitre ! Car de fil en aiguille, on m'a confié le recrutement de 100 personnes par an.

En 2004, j'ai eu envie de me mettre à mon compte et je suis devenu associé du cabinet Arthur Hunt, jusqu'en 2010 où j'ai rejoint Calan, en charge de l'activité chasse de tête.

Quelle est la valeur ajoutée de Calan sur son marché ?
Sur le marché de l'expertise comptable, nous ne faisons pas partie de ceux qui croient que la comptabilité est une fin en soi ! Notre métier n'est pas de faire de la saisie comptable, comme beaucoup de cabinets. Avant tous les cabinets, nous sommes sortis d'Excel pour évoluer vers des applications web, plus interactives. Notre valeur ajoutée est d'automatiser les processus comptables de nos clients et de leur faire profiter de la transformation numérique. Nous sommes très portés sur l'innovation avec pas moins de 30 informaticiens qui travaillent chez Calan sur l'interopérabilité. Nous avons aussi des expertises uniques dans certains secteurs comme le retail et l'immobilier.

De la même façon dans la chasse de tête, l'arrivée d'internet et de ce qu'on appelle le « Big data » a révolutionné notre métier : réseaux sociaux, chasse internet, interpénétration des sphères public/privé, innovation...

Comment se structure le marché du recrutement en Pologne ?
Il y a d'un coté les agences de recrutement qui cherchent à faire du volume en s'occupant du recrutement des cadres moyens ou « middle management ». Ces sociétés subissent de plein fouet le rétrécissement du marché. D'un autre, des consultants indépendants connaissent des difficultés liés à leur taille. Entre les deux, les cabinets de chasse de taille moyenne spécialisés dans le top management, comme Calan, arrivent à se maintenir dans la mesure où ils investissent dans de la transformation numérique et arrivent à suivre les attentes très concrètes de leurs clients.

Selon vous, quelle est la situation du marché de l'emploi en Pologne ?
Crise ou non, la rareté des talents est toujours d'actualité. Le marché du travail en Pologne est structurellement en pénurie de compétences et de main d'?uvre sur les profils qualifiés. De ce fait-là, la chasse de tête est plus active en Pologne qu'en France. Les pénuries les plus significatives sont dans les fonctions commerciales et financières. Par contre, les postes les plus exposés sont les emplois dans les fonctions administratives, RH et marketing...

La tendance des entreprises est globalement de chercher à rajeunir leurs effectifs pour baisser leurs coûts salariaux et rajeunir leur pyramide des âges.

Votre conseil aux Français en recherche d'emploi en Pologne pour décrocher le job de leur rêve ici ?
Apprendre le polonais, incontestablement ! Sur le plan technique, les Français n'ont rien à apprendre aux Polonais qui sont très bien formés. Sur le plan du savoir-être et de la relation client, les Français peuvent apporter leur expérience, à condition qu'ils s'améliorent dans leur connaissance des langues étrangères, à commencer par l'anglais !

En 15 ans vous avez vu la Pologne changer de visage : comment avez-vous vécu cette période de votre vie ?
J'ai eu la chance de voir le pays se transformer en profondeur en 15 ans. Mais au début, c'était très dur. On a failli repartir au bout de 6 mois. Et puis il y avait cette euphorie générale partagée par tous les expatriés qui sont arrivés en 1997, comme nous... qui a fait que nous sommes encore-là ! Aujourd'hui, le pays est devenu mature. Peut-être devrons-nous un jour repartir quelque part pour retrouver cette adrénaline !

Ce que vous préférez en Pologne et ou chez les Polonais ?
Je ne suis pas resté pour la beauté de la ville, mais pour les gens ! Ce pays, je l'adore ! Il faut regarder ce que la Pologne a réussi à construire en 20 ans. Mais comment ont-ils fait ? Je suis impressionné par leur capacité d'adaptation, leur facilité à se réformer... Chapeau bas !

Magali de Bienassis (www.lepetitjournal.com/varsovie) - mercredi 4 décembre 2013

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