Samedi 27 novembre 2021
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INTERVIEW Fabienne Drout-Lozinski, Cocac k

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 07/05/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

 

Lepetitjournal.com a rencontré Fabienne Drout-Lozinski. Arrivée il y a 7 mois à Varsovie, la nouvelle COCAC (Conseillère de coopération et d'action culturelle) de l'Ambassade de France est aussi la Directrice de l'Institut français en Pologne. Elle nous parle de sa fonction, de son parcours, de Varsovie, et de culture bien sûr !

LePetitJournal.com : Bonjour, vous avez un parcours assez original...
Fabienne Drout-Lozinski : Oui, d'une part je n'ai pas fait toute ma carrière au sein du ministère des Affaires étrangères : j'ai travaillé dans le secteur privé avant de rejoindre le MAEE. J'ai progressé alors au sein du ministère à travers les concours internes. Et puis, durant ma carrière, j'ai eu quelques missions en tant que premier conseiller d'ambassades qui ont été très  marquantes, le Bangladesh, la Géorgie - au moment, entre autres, de la guerre russo-géorgienne de 2008, et le Turkménistan. Aujourd'hui je suis en charge de la culture et de la coopération au sein de l'Ambassade de France. C'est la première fois que j'exerce cette fonction. C'est un nouveau métier en quelque sorte.

Si ce n'est pas indiscret, pourquoi la Pologne ?
Sur la liste de mes souhaits, la Pologne était en bonne position. J'ai vécu 4 ans en Géorgie et travaillé 3 ans au Quai d'Orsay au sein de la direction qui couvre tout l'ancien bloc soviétique (hors UE). Je me suis dit que la Pologne était assez proche de mes centres d'intérêts. C'est aussi un pays que je connaissais peu ou mal, et j'ai pensé que cela pouvait être une  expérience passionnante, d'autant que le dispositif de coopération bilatérale dans le domaine culturel, universitaire, linguistique, éducatif et scientifique est important en Pologne. C'est un défi qui m'intéresse.

Et j'espère qu'avec mon équipe nous serons capables de continuer à mettre en place de beaux projets (comme l'année Chopin en 2010, l'année Curie en 2011) et de nous ouvrir à des découvertes réciproques, dans des domaines encore mal explorés comme l'art contemporain. Cela me donnera en plus des opportunités à titre personnel pour découvrir une culture à la fois proche et différente.

Et si je n'ai pas d'origines polonaises, du moins que je sache, mon mari australien a par contre des origines ukrainiennes, anciennement polonaises puisque ses parents viennent de Lviv (Lwów). D'où Vladimir, d'où Lozinski. Mais ils ont dû quitter l'Ukraine juste après la seconde Guerre mondiale, et après un périple très périlleux et douloureux ont finalement été acceptés en Australie.

Concrètement comment fonctionne l'action culturelle française en Pologne ?
C'est une grosse machine. Nous avons un pôle culturel et communication, un pôle français, un pôle attractivité, le centre de civilisation française, situé auprès de l'université de Varsovie, le service de coopération technique, le réseau des alliances françaises (que nous soutenons financièrement et sur un plan logistique mais qui est autonome sur un plan statutaire puisque constitué d'associations de droit local) et bien entendu, même s'il ne dépend pas directement de notre autorité, le lycée Français de Varsovie.

La coopération universitaire est aussi très importante : doubles diplômes, bourses aux jeunes polonais (650.000 euros par an)... C'est un des domaines prioritaires de l'ambassade, notamment dans les sciences dites dures, avec la coopération éducative et linguistique. Celle-ci consiste à soutenir, entre autres, les sections bilingues en Pologne, via notamment des cessions de formation destinées aux professeurs polonais.

En Pologne, comme ailleurs, l'anglais a largement pris le dessus. L'allemand est aussi devenu la deuxième langue la plus étudiée, pour des raisons évidentes de proximité géographique et économique.

Mais par notre action, nous tentons de contribuer au développement d'une élite francophone et francophile en Pologne, pour créer des liens durables, des coopérations (culturelles, mais aussi politiques, économiques...) à travers cette francophonie qui subit des assauts mais qui résiste. D'ailleurs, la Pologne est membre observateur de l'Organisation Internationale de la Francophonie.

Les liens historiques et culturels entre la France et la Pologne sont, ou du moins étaient, particulièrement forts. Comment faire vivre un tel héritage ?
Je pense que l'intérêt pour la culture française a toujours été vivant en Pologne et qu'il le restera. J'espère que nous jouons un petit rôle dans ce domaine, mais je crois que la Pologne est extrêmement ouverte à la culture française, d'une manière très naturelle. Il existe beaucoup de coopérations entre la France et la Pologne qui sont initiées et développées par des partenaires  français et polonais, qui créent des coopérations de leur propre chef. Dans le domaine du théâtre, Warlikowski et Lupa sont  de grandes figures du théâtre contemporain - très inventifs - connus et montés en Pologne comme en France. Jacques Lassalle travaille depuis plusieurs années, par exemple, avec Andrzej Seweryn, lui-même sociétaire de la Comédie Française, et monte avec lui les grands classiques du répertoire français en polonais. Le cinéma français aussi est assez bien distribué en Pologne  par des distributeurs engagés à préserver la diversité de l'offre. Comme, par exemple, Gutek Films. Lorsque Juliette Binoche est venue le 6 février en Pologne, il y avait foule.

Un autre élément important explique cette proximité ancienne Buy Viagra et profonde, ce sont les vagues successives d'émigration polonaise en France qui ont contribué à créer des générations aux doubles racines dont on retrouve des noms déjà célèbres ici en Pologne, comme Nicolas Grospierre dans la photo, Rafael Lewandowski dans le cinéma. Ce sont des "ponts vivants" entre nous, si je puis m'exprimer ainsi.

Nos priorités sont donc culturelles mais aussi éducative, linguistique, universitaire et scientifique. Et je pense que nous sommes parvenus aujourd'hui à enrayer la chute que la langue française  avait enregistrée il y a quelques années en termes d'apprenants. On est plutôt dans une phase de stabilisation voire de léger accroissement de l'intérêt pour le français. L'Institut Français à Varsovie et à Cracovie, ainsi que le lycée français, jouent un rôle important pour promouvoir la connaissance de la langue française, parallèlement à un marché privé de qualité qui se développe également.

Il y a peut être une prise de conscience de l'intérêt à être multilingue, aidée sans aucun doute par l'introduction d'une deuxième langue vivante obligatoire dans le système scolaire polonais à compter du 1er septembre 2009. Le marché du travail est aussi devenu tellement concurrentiel, que l'acquisition de 2 ou 3 langues  vivantes  devient une norme pour accéder à de nombreux métiers. Au final j'ai l'impression que ce pourquoi nous nous battons en France, à savoir la diversité culturelle et linguistique, n'est pas un vain mot en Pologne.

La France semble très préoccupée par son fameux "rayonnement culturel". Pour briller, n'est-elle pas plus tentée d'exporter sa culture plutôt que de développer la scène culturelle locale ?
Non, je pense que la France a une culture qui est solide, connue, notamment en Europe. Son rayonnement culturel est ancien et c'est presque un mouvement naturel, en tout cas légitime que de vouloir faire connaitre ce qu'on considère être le meilleur de notre culture. Pas seulement en terme d'expression individuelle, mais également en terme d'ingénierie culturelle (gestion des musée, techniques de soutiens à la culture, comme la fiscalité favorisant le mécénat d'entreprises par exemple...).

Malgré un contexte économique et budgétaire contraint (qui nous incite d'ailleurs à favoriser de vrais partenariats avec les institutions publiques et privées polonaises, avec les entreprises françaises, avec la CCIFP), nous développons aussi des coopérations qui permettent à des artistes étrangers de s'exprimer. Je citerai par exemple les résidences d'artistes étrangers en France, les aides à la traduction ou le Fonds sud au sein du ministère des Affaires étrangères qui a aidé de nombreuses jeunes cinématographies.

C'est donc un vrai dialogue ! Car la culture est d'abord un échange. C'est aussi un élément important de la diplomatie. La culture est un domaine particulier de l'activité humaine, et doit être l'objet d'une attention particulière.

Des choses vous touchent particulièrement dans la culture polonaise ?
J'ai encore beaucoup à découvrir. Mais oui. Je suis sensible au cinéma polonais. Voilà un exemple de proximité « naturelle » entre la Pologne et la France. Les grands noms du cinéma polonais font partie du paysage culturel français. Le théâtre aussi m'intéresse beaucoup. Je suis un petit peu paralysée par mon niveau de polonais qui est encore assez faible, mais j'espère que dans quelques mois je serai capable de mieux saisir les paroles des pièces de théâtre que je vais voir quand même, en dépit de ce handicap, parce que les questions de mise en scène et de jeu d'acteurs m'intéressent.

Mais je connais encore mal la musique actuelle en Pologne, les arts plastiques et l'expression photographique et j'espère que ces 3 ou 4 années à venir me permettront de combler mes lacunes. En plus la Pologne est un grand pays donc il n'y a pas qu'à Varsovie et Cracovie que la vie culturelle se développe. Lodz, Poznan, Gdansk ou Wroclaw évidemment, puisqu'elle sera la capitale de la culture européenne en 2016, sont des lieux de créativité importante.

L'identité visuelle de l'Institut Français de Pologne vient d'être modifiée, pourquoi ?
Parce que la France vient de créer une « marque » Institut français unique dans l'ensemble des pays de son réseau diplomatique. Avant il y avait une diversité d'appellations et de structures, Institut français, Centre Culturel français... L'idée était de donner une cohérence d'image sous l'appellation Institut français, déclinée par pays et par ville... de Pologne, d'Espagne... et de rationaliser le mode de fonctionnement de notre réseau culturel et de coopération.

L'Institut français à Paris est l'opérateur majeur de la stratégie de coopération bilatérale, au sein du ministère des Affaires étrangères et européennes (qui est le stratège) et en lien, bien sûr,  avec les ministères de la Culture ou de l'Education nationale. J'encourage d'ailleurs tous les francophones à visiter plus souvent le site internet et les locaux de l'Institut Français, à Varsovie et à Cracovie !

Varsovie, vous vous y plaisez ?
On m'avait dit que c'était une ville plutôt laide et je trouve au contraire qu'elle a un certain charme, même si, c'est vrai,  elle est parfois abîmée esthétiquement, notamment par l'invasion de la publicité.  Mais, ce qui me plaît, c'est que ce n'est pas une ville qui s'offre immédiatement. Il faut se balader, être curieux, entrer dans les cours d'immeuble... Et cette espèce de collusion violente entre les styles authentiques ou reconstruits à l'identique, dix-neuvième, soviétique, business à la Singapour et tous ces parcs... et les tramways et autobus anciens et modernes... Tout ça forme un mélange tellement insolite...

Propos recueillis par CQ (www.lepetitjournal.com/varsovie.html) lundi 7 mai 2012


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