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ANNE-LAURE COURBIER - "L’intérêt du V.I.E n’est pas seulement professionnel"

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 28/09/2014 à 22:00 | Mis à jour le 29/09/2014 à 03:07

Ce lundi, Lepetitjournal.com/Varsovie vous propose le dernier volet consacré à la réussite de jeunes Français en Pologne, avec Anne-Laure Courbier, lauréate du « Prix V.I.E de l'intégration ».

Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?
Je viens d'avoir 27 ans et je suis originaire d'un village proche de Bergerac, dans le Périgord. Je définirais mon parcours scolaire comme «transverse». Après avoir effectué une classe préparatoire littéraire « Hypokhâgne B/L », j'ai ensuite intégré l'INP Toulouse (Purpan) et fait mon cursus dans les domaines agro, agri et agro-alimentaire. J'ai complété mon cursus en agribusiness à Kansas State University aux Etats-Unis.  Mon parcours professionnel n'en est pas moins diversifié à son tour : j'ai commencé par de la recherche appliquée sur un projet de bioéthanol au sein de Veolia Propreté à Londres puis j'ai travaillé en Allemagne dans le domaine de l'export. J'ai ensuite entrepris un voyage de 8 mois à travers l'Europe, la Nouvelle-Zélande et l'Amérique du Sud sur le thème des énergies renouvelables et des déchets. L'objectif de ce projet planifié de longue date était non seulement professionnel mais aussi culturel, humain et linguistique. Puis, je suis rentrée dans le sud-ouest de la France en tant qu'analyste coordinateur au Crédit Agricole. L'opportunité de partir en V.I.E. au sein de Veolia Propreté s'est presentée assez rapidement. Ce fut la Pologne, un des pays que je n'avais pas ciblé !
Mais je suis d'une nature très curieuse, je crois que c'est ce qui me définit le mieux ! Une fois de plus, j'ai quitté une situation confortable et je suis partie vers l'inconnu avec en tête l'opportunité unique de pouvoir vivre dans un « Pays de l'est ». Je suis toujours allée dans des environnements que je ne connaissais pas et sur lesquels j'avais des a priori. Les expériences ont toujours été formatrices. 

Quel poste occupez-vous aujourd'hui, dans le cadre de votre V.I.E, chez Veolia ?
Lors de ma première année de V.I.E. chez Veolia Us?ugi dla ?rodowiska (la branche déchets du groupe Veolia), j'ai effectué en tant que chef de projet et sous la direction d'Yves Basset, une mission de prospection sur le secteur des industries agroalimentaires. Il s'agissait de déterminer une stratégie adaptée à ce marché.  Pour cela, des travaux de terrain et d'analyse ont été nécessaires afin de connaître le marché,  le niveau de développement de la concurrence pour déterminer les axes à développer. Je dois vous avouer à ce sujet que j'ai été étonnée par la modernité des industries polonaises.
J'entame ma seconde année de V.I.E. qui se déroulera au sein de Dalkia Polska (la branche énergie du Groupe Veolia). En tant que chef de projet, l'objectif sera de développer nos services et nos activités envers l'industrie. Ce sera l'opportunité de m'initier plus en détails au marketing et de découvrir le secteur industriel au sens large.
Un des objectifs mais surtout une des forces du groupe Veolia réside également dans le développement des synergies entre ses différentes entités à savoir les déchets, l'énergie et l'eau. Cette complémentarité apporte une réelle valeur ajoutée pour répondre aux problématiques complexes de nos clients et pour optimiser les solutions que nous leur apportons.

Qu'est-ce qui vous a amené à vouloir faire un V.I.E ?
Bien que profondément périgourdine, les voyages ont toujours fait partie de ma vie et de mes projets. Le V.I.E. était pour moi une composante principale de ma « to do list » entre 20 et 30 ans. La formule du V.I.E. chez Veolia marie parfaitement ces aspects et l'intérêt que je porte à ce secteur d'activité. Le domaine des déchets m'intéresse tout particulièrement ; j'aime parfois dire que je travaille « dans les poubelles » pour tester la réaction des gens ! C'est le dernier maillon de la chaîne de consommation, mais c'est aujourd'hui un secteur en pleine mutation. Impulsés par l'Union Européenne, nous passons des simples processus de collecte et de stockage des déchets à ceux de valorisation en tant que matière première. C'est d'ailleurs un des slogans de Veolia Propreté : « Faire du déchet une ressource ». Il reste encore beaucoup à faire et à imaginer dans ce domaine. En Pologne, c'est d'autant plus intéressant !

Vous parlez le polonais ?
Malheureusement pas du tout à mon arrivée, ce qui m'a permis un peu d'expérimenter la vie d'une personne dépourvue de ce sens.. Je prends des cours collectifs le soir. A force d'investissement et de travail et grâce à Veolia qui me permet de suivre des cours individuels bihebdomadaires, je commence désormais à comprendre et à me faire comprendre, même si le style est loin d'être académique. Paradoxalement, bien que je sois entourée de Polonais au quotidien dans ma vie professionnelle, je n'ai pas beaucoup d'occasions de pratiquer cette langue, car les Polonais aiment parler anglais ! Parler la langue m'a tout de même ouvert des portes, me permet de me fondre plus facilement dans la population locale et de vivre des événements typiques comme des mariages « à la polonaise ».  Pour moi, c'est un signe de volonté d'intégration et les polonais m'en renvoit une image positive.

Que représente pour vous le prix qui vous a été attribué ? Qu'avez-vous ressenti au moment de la remise du prix ?
L'évaluation par le jury se fait sur la base d'un rapport que les candidats au concours rédigent sur un aspect de leurs missions. Le fait de devoir formaliser ce qui constitue  son travail est un exercice intéressant car il oblige à prendre du recul sur le quotidien et à synthétiser.
Je ne m'attendais pas vraiment à être lauréate, d'autant plus que j'avais peu de données chiffrées sur ma mission, ce qui rend l'évaluation quelque peu aléatoire. Lorsque j'ai entendu mon nom, j'ai appréhendé la phase suivante qui était le discours? Un exercice très formateur dont j'avais perdu l'habitude et qui ne s'improvise pas. Mais les études littéraires sont formatrices à cet égard, et j'ai vite retrouvé quelques réflexes ! C'est d'ailleurs une expérience que j'aimerais pouvoir réitérer !
Quant au prix, en soi ? J'en suis très satisfaite et très flattée. Néanmoins, je suis consciente du travail à fournir et des savoir-faire, des savoir-être et de l'expérience à acquérir. Dans mon parcours, j'espère croiser le chemin de personnes qui me feront évoluer tant dans ma manière de faire, de penser que d'interagir. Ce prix m'a néanmoins aidée à rester en Pologne, et ca c'est déjà une belle récompense !

Quel bilan tirez-vous de cette expérience ? Qu'est-ce qu'elle vous a apportée ? 
L'expérience est toujours en cours pour moi. Elle est très intense, car je passe mon temps à apprendre, à chercher, à aller vers les autres, à me dépasser. Je suis obligée de sortir de ma « zone de confort », et c'est une grande source de satisfaction personnelle, même si les résultats sont moindres, quoique différents, de ceux que  je pourrais obtenir sur un projet similaire en France.
Mon séjour en Pologne est également l'occasion de nombreuses rencontres. Bien que je reste profondément française, j'aime voyager, découvrir, aller vers les autres et m'intéresser à d'autres cultures. Et le meilleur moyen pour mettre cela en pratique est le « couchsurfing ». J'ai passé Pâques dans une famille polonaise, ce qui m'a permis de m'immerger totalement dans la culture du pays et de pouvoir mieux l'appréhender. Par ailleurs, la première année, ma mission m'a permis de voyager partout à travers la Pologne, de côtoyer les industriels de l'agro-alimentaire, les acteurs du secteur déchets et cela m'a également permis de nouer des liens avec certaines personnes, dont des agriculteurs. Car l'intérêt du V.I.E. n'est pas seulement professionnel !
Travailler dans le cadre d'un V.I.E. procure aussi une certaine liberté, les enjeux étant moindres, on peut davantage aller de l'avant, explorer plus de domaines et sortir des tâches assignées. D'aileurs, chez Dalkia, je suis la « sta?ystka », statut plutôt confortable qui me permet de pouvoir questionner, découvrir et approfondir.

Quels sont vos projets ?
Comme je vous l'ai précisé précédemment, je viens de terminer ma première partie de V.I.E. au sein de Veolia Uslugi dla ?rodowiska et j'ai débuté la seconde au sein de Dalkia Polska le mois dernier. Le V.I.E. peut se dérouler sur une durée de 6 mois minimum à 24 mois maximum. Le mien s'achèvera fin juillet 2015. A ce stade, il est  difficile de m'exprimer sur un plus long terme. Rester en Pologne, pourquoi pas ? Rester au sein du Groupe Veolia ? Sûrement si l'opportunité se présente. Certes, j'ai beaucoup fait d'investissements et de démarches personnelles, mais Veolia reste l'entreprise qui m'a permis de découvrir ce secteur, de me former et m'a offert l'opportunité à plusieurs reprises de vivre des expériences uniques... J'en suis reconnaissante et je ne l'oublierai pas...
Après, vivant toujours sans contraintes majeures, il me parait hasardeux d'en dire plus sur un avenir tellement incertain. Bien sûr, je ne vais pas vous cacher qu'un esprit entrepreneurial m'a été transmis par mon éducation. C'est pour moi la finalité à long terme, les idées sont présentes mais reste en à avoir l'audace ! Une seule certitude, je m'adapterai probablement aux rencontres et aux opportunités que m'offrira la vie.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent faire à leur tour un V.I.E. ?
Pour obtenir un V.I.E., être binational ou bilingue procure un avantage certain. Ce n'était pas mon cas en Pologne. Je crois qu'il ne faut pas cibler exclusivement les V.I.E. et se consacrer en totalité à leur recherche. Au contraire, il ne faut pas hésiter à prendre un poste, à acquérir de l'expérience. Pour moi, toute expérience est formatrice, qu'elle soit française ou en contrat local à l'étranger. C'est pour cette solution que j'avais opté en Allemagne. Il faut être persévérant. Les V.I.E. sont accessibles aux jeunes jusqu'au jour de leurs 29 ans. De surcroît, on ne vous en voudra pas de quitter une entreprise pour vivre l'expérience du V.I.E.. Etre patient et proactif, rester en veille, travailler par soi-même, être au fait de ce qui se passe, suivre ses centres d'intérêts dans les pays ciblés et même proposer des sujets aux entreprises, tels sont d'après moi les facteurs de réussite pour obtenir un V.I.E.. Il faut aussi savoir développer son réseau. En réalité, les formules pour obtenir un V.I.E. sont nombreuses.

Pour lire l'interview d'Anthony Nave: http://www.lepetitjournal.com/varsovie/communaute/194026-anthony-nave-j-ai-fait-le-pari-de-la-pologne-et-il-a-paye et l'interview de Jérôme Dudzik: http://www.lepetitjournal.com/expat-emploi/vie-via/194931-jerome-dudzik-le-v-i-e-m-a-permis-d-apprecier-le-chemin-parcouru-par-le-pays-depuis-la-chute-du-communisme

Propos recueillis par Laura Giarratana (Le Petit Journal/Varsovie) - Lundi 29 septembre 2014

 

 

 

 

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