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REVUE DE PRESSE – France/Pologne : comme un parfum de désaccord…

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 03/09/2017 à 22:00 | Mis à jour le 04/09/2017 à 15:30

 

Lepetitjournal.com/Varsovie reprend du service en ce lundi 4 septembre. Pour débuter cette nouvelle saison, la semaine sera consacrée aux principaux sujets d'actualité polonaise du mois d'août. Crise de la justice, réparations de guerre demandées par la Pologne à l'Allemagne, politique migratoire, repolonisation des médias, crise diplomatique franco-polonaise? Ce mois d'août 2017 fut particulièrement dense ! Alors commençons par un sujet récent, mais qui fait couler beaucoup d'encre depuis vendredi dernier : les déclarations d'Emmanuel Macron se rapportant à la Pologne et les réactions polonaises qui ont suivi?  

Car en effet, depuis vendredi dernier, les relations entre la France et la Pologne ne sont pas au beau fixe. Déjà entamées par la rupture des négociations sur les hélicoptères Caracal en octobre 2016, voilà que le sujet des travailleurs détachés vient de nouveau ternir les relations entre les deux pays?  

En juin dernier, Emmanuel Macron refusait de signer un premier texte de réforme sur le travail détaché proposé par la Commission européenne, estimant qu'il n'allait pas assez loin. Cette directive autorise une entreprise de l'Union européenne à envoyer temporairement ses salariés dans d'autres pays membres, tout en continuant à payer les cotisations sociales dans le pays d'origine. Mais ce dispositif est assimilé à un dumping social par les détracteurs de ce texte qui y voient une concurrence déloyale entre les salariés des différents pays. 

Depuis son élection, Emmanuel Macron s'est imposé comme le responsable européen qui veut aller le plus loin dans la renégociation du texte et a entamé la semaine dernière une mini-tournée en Europe de l'Est pour convaincre de nouveaux partenaires de voter ses propositions. Si Paris a le soutien de Berlin et de Vienne, la Hongrie redoute qu'une nouvelle mouture ne soit préjudiciable à ses nombreux travailleurs détachés et la Pologne a opposé un refus. A Varna en Bulgarie, vendredi 25 août, Emmanuel Macron a déclaré que les autorités polonaises faisaient "une nouvelle erreur" et se mettaient "en marge" de l'Europe sur "de nombreux sujets". La Pologne n'est en rien ce qui définit le cap de l'Europe", a poursuivi le président français lors d'un point de presse aux côtés du président bulgare Roumen Radev. Des déclarations qui ont suscité de vives réactions côté polonais. 

Les réactions de la classe politique 

Dans la foulée, la Première ministre Beata Szyd?o a rappelé au président que « la Pologne est un membre de l'UE au même titre que la France. Nous avons les mêmes droits que la France et les autres pays membres et nous allons les utiliser pour le bien de la Pologne et des Polonais. La Pologne n'est en conflit avec aucun des pays de l'UE ni avec l'UE elle-même ». Elle a conseillé par ailleurs au Président « de s'occuper des affaires de son pays, peut-être qu'il réussira à atteindre les mêmes résultats économiques et le même niveau de sécurité des citoyens que la Pologne ». « Peut-être que ses déclarations arrogantes proviennent de son manque d'expérience et de manières politiques, ce que je note avec compréhension, mais je m'attends à ce qu'il comble vite ces manques et qu'il fasse preuve à l'avenir de plus de retenue. Dans le dossier des travailleurs détachés, c'est la Pologne et l'Europe centrale qui défendent les règles du marché commun tandis que la France, à travers son action, essaie de démonter l'un des piliers de l'UE » a-t-elle ajouté. Mme Szydlo a encore une fois pris la parole ce weekend pour réitérer que la Pologne n'allait pas accepter « une politique qui nous obligerait à céder au dictat des autres ». 

Le chef de la diplomatie polonaise, Witold Waszczykowski, à l'issue d'une rencontre avec ses homologues roumain et turc vendredi dernier, a déclaré que M. Macron « ne sait pas ce qui se passe dans notre partie de l'Europe ». Selon le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Konrad Szyma?ski, « les déclarations du président Macron ont pour but de démobiliser l'Europe centrale dans la lutte pour ses intérêts et sa capacité à décider [?] Le triangle de Weimar devrait être un forum d'intense dialogue sur l'avenir de l'Europe. C'est la France qui est responsable pour son gel. Je ne pense pas que Berlin soit content de cela ». 

Qu'en pensent les médias ? 

« Macron a attaqué de nouveau le gouvernement polonais » s'offusque le bihebdomadaire Polska the Times en ajoutant que les relations polono-françaises n'ont jamais été aussi mauvaises, et  en insistant sur le fait que le Président français a réussi à fracturer l'unité du groupe de Visegrad « Il a perdu une bonne occasion de se taire » déclare le rédacteur en chef, rappelant ainsi la fameuse phrase du Président Chirac en 2003 à l?égard de la Pologneet félicite le gouvernement PiS d'avoir réagi avec fermeté. Le journaliste explique que pour le gouvernement polonais c'est juste la première bataille et la suite sera un test qui mettra à l'épreuve sa capacité à bâtir des alliances ou des coalitions contre des solutions fatales et catastrophiques pour la Pologne. 

La journaliste de Dziennik Gazeta Prawna adopte le même ton critique et explique que « les travailleurs polonais » sont devenus « une obsession chez les Français », notamment lors de la campagne présidentielle française en 2017, comme autrefois « le plombier polonais » dans la campagne en 2005. Selon elle, la Pologne, qui a une mauvaise presse en France, est une cible facile et elle manque d'outils  pour promouvoir son image à l'étranger, comme des lobbyistes et des think-tanks. Peu de gens en France savent que 2 millions d'Ukrainiens travaillent en Pologne et qu'environ 300 000 Français sont des travailleurs détachés en Europe. 

Gazeta Wyborcza parle d'un président Macron désarmant de franchise qui, après une série de conversations entre quatre yeux avec le Président polonais et la Première ministre, a décidé de parler franc. Le journaliste évoque un communiqué de l'Elysée sur « les propos du Président Macron qui sont très clairs et ne constituent en aucun cas une critique des pays d'Europe orientale, mais des remarques critiques déjà formulées par la Commission européenne sur le non-respect d'importants principes européens par le gouvernement et non pas par la société polonaise ». 

Cependant, le quotidien Rzeczpospolita craint que la Pologne ne se retrouve isolée diplomatiquement, aussi bien dans le dossier du travail détaché que dans d'autres. Il appelle le gouvernement polonais à mener un jeu sérieux dans l'UE, sinon la Pologne pourrait payer « une addition salée » à cause du  le conflit avec la France. Le journaliste se montre toute de même optimiste car selon lui, en coulisses, la diplomatie polonaise tente de maintenir le dialogue avec Paris pour garder une influence sur les négociations concernant la révision de la directive sur le travail détaché. C'est pour cela que « la convocation» au ministère polonais des Affaires étrangères du chargé d'affaires de l'Ambassade de France en Pologne s'est tenue dans « une bonne ambiance ». Pour le journaliste, à ce stade, la partie française est dans une phase d'attente de la suite du conflit avec la Pologne et de l'évolution des dossiers sur la réforme de la justice et des médias.

Le 1er septembre, Gazeta Wyborcza revient sur l'entretien-fleuve du Président de la République pour Le Point. L'article de Piotr Moszynski, correspondant à Paris, souligne que le président a mentionné la Pologne comme partenaire important potentiel et aborde également d'autres sujets de l'interview (Ukraine et relations avec la Russie, réforme de l'UE, rôle protecteur que devrait jouer celle-ci). L'article reprend les passages dédiés à la Pologne dans lesquels M. Macron dénonce « la politique très préoccupante » du gouvernement polonais qui remet en cause « la solidarité européenne ». Le fait que le président polonais ait lui-même posé son veto à deux lois de réforme de la justice votées par son propre parti confirme selon lui cette inquiétude. M. Macron a assuré toutefois qu'il persistait à considérer la Pologne comme un partenaire important et a exprimé l'espoir qu'elle jouerait un rôle de constructeur actif de l'UE et serait un acteur influent au sein de ses structures. Se référant à ses récentes visites en Autriche, Bulgarie et Roumanie, il a indiqué qu'elles n'avaient nullement pour objectif de monter les pays les uns contre les autres. Il a estimé que le gouvernement polonais n'était pas le porte-parole de l'Europe orientale. Il a rappelé que pendant les nombreux entretiens qu'il avait eus avec les dirigeants polonais, il avait insisté sur la nécessité de respecter des principes fondamentaux européens pour bâtir la communauté. 

© B.Szydlo: Claude TRUONG-NGOC,licence Creative Commons, Wikipedia
© E.Macron: gouvernement français, Wikipedia

La Rédaction (lepetitjournal.com/Varsovie) - Lundi 4 septembre 2016

 

 

 

 

 

 

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