EURO 2012 - Quand la Russie marche sur Varsovie

Par Lepetitjournal.com Varsovie | Publié le 12/06/2012 à 00:00 | Mis à jour le 20/11/2012 à 10:25

 

La Pologne rencontre la Russie ce mardi soir à 20h45. Et si les Russes font peur, ce n'est pas uniquement pour leur excellent niveau de jeu. La tension dépasse malheureusement les seuls enjeux sportifs. Aux contentieux historiques viennent s'ajouter les violences commises ce week-end par certains de leurs supporters...

Les Russes ont fait une entrée fracassante dans l'Euro 2012 en écrasant joliment les Tchèques 4-1 et en tabassant honteusement plusieurs Polonais. Si les médias internationaux se sont inquiétés des hooligans ukrainiens et polonais, les premières violences sont en fait arrivées de leurs voisins russes.

Les faits
L'UEFA a ouvert une procédure disciplinaire contre la fédération russe. Celle-ci devra probablement s'acquitter d'une amende. Lors de leur premier match vendredi, ses supporters ont jeté des fusées et déployé des bannières illicites (car politiques), notamment des drapeaux de l'Empire Russe. L'UEFA enquête aussi sur de possibles cris de singe adressés par certains fans russes au joueur tchèque Theodor Gebre Selassie, de père éthiopien.

Quatre Russes en état d'ébriété ont également été interpellés à la suite d'une bagarre dans un restaurant de Wroclaw. Enfin un groupe de supporters s'en est pris très violemment à des bénévoles du service d'ordre dans le stade. La police cherche toujours à identifier les agresseurs.


Ces événements sont fréquents dans les stades européens, notamment à l'Est, mais ils font désordre lors d'une compétition qui se veut exemplaire et où la lutte contre le hooliganisme est la priorité des organisateurs. A noter que dimanche, une autre échauffourée impliquant cette fois des Croates a malheureusement continué à ternir l'image des supporters slaves.

Une attitude ambiguë
Les autorités russes - du moins certaines - essaient de désamorcer les tensions. Dimanche les représentants de l'équipe nationale ont déposé des fleurs et des bougies sur un monument commémorant le crash de Smolensk. A Moscou, la Fédération a déclaré que certains de leurs fans "se sont conduits de façon discréditante et déshonorante", et lance un appel aux supporters: "Veuillez vous rappeler que vous représentez votre pays. Ayez du respect pour vous-mêmes, votre patrie et votre équipe".

Déjà beaucoup moins consensuel, le ministre russe des Sports a par contre réfuté toutes injures racistes : "I'ai assisté à cette rencontre et tout vu de mes propres yeux, Il n'y a eu aucun comportement raciste, toute cette histoire est ordurière et fausse", a déclaré Vitaly Mukto. Selon lui, ses compatriotes auraient en fait seulement manifesté leur mécontentement quand les supporters tchèques ont refusé de prendre part à une "ola" dans le stade.

Pour le président de l'Association des supporters russes c'est même les stadiers qui ont provoqué les violences en cherchant a arrêter un supporter russe innocent. "Ils ont été violents, insultant nos supporters. Nos supporters les ont prévenus une fois, deux fois...", a justifié Alexander Shprygin, qui serait un proche de Vladimir Poutine. Certains polonais imaginent d'ailleurs que les actions des supporters peuvent être instrumentalisées par le Kremlin.

Le Jour de la Russie ?
Et justement... La date du match d'aujourd'hui coïncide avec une Fête nationale russe célébrant la Souveraineté de la Fédération de Russie (le 12 juin 1990, le Parlement démocratiquement élu proclama l'indépendance de la Russie vis-à-vis de l'Union soviétique). Les supporters russes ont décidé de marquer la chose en organisant une marche.

Sur leurs 9.800 spectateurs, quelques 5.000 devraient défiler groupés vers le Stade National, à partir de 17h, via le pont Poniatowski. Le même chemin devrait être emprunté par la majorité des 29.500 supporters polonais.

Dans un pays longtemps dominé par sa voisine soviétique, marqué par les massacres de Katyn ou plus récemment le drame de Smolensk, cette marche est perçue par de nombreux polonais comme une démonstration de force et une provocation.

Les autorités polonaises tentent de calmer le jeu. La ministre des Sports, Joanna Mucha déclare ainsi : "Je ne pense pas qu'il y aura des problèmes avec ce défilé ou cette journée. Je suis sûre que tout se passera bien"... "C'est tout à fait normal que les supporters des équipes défilent durant le tournoi, la situation est absolument normale."

Super Express présente le sélectionneur Smuda réclamant un deuxième miracle sur la Vistule
Les autorités polonaises se préparent quand même au pire...

La maire de Varsovie, Hanna Gronkiewicz-Waltz a quand même déclaré dimanche que seuls les détenteurs de billets pour le match seront autorisés à prendre part à la marche. 6.000 policiers sont déjà mobilisés pendant la compétition. Et "les préparatifs pour le match de demain constituent le plus grand défi pour les services d'ordre dans la capitale", a déclaré le ministre polonais de l'Intérieur, Jacek Cichocki.

Le porte-parole de la police de Varsovie, lui, est confiant: "Nous ne sommes pas inquiets parce que nous sommes prêts. Comme un grand Chef cuisinier ne révèle pas ses secrets, nous ne vous dirons pas quel sera notre dispositif de sécurité. Mais rassurez-vous, s'il y a des violences, nous saurons y répondre avec fermeté. Nous sommes prêts comme vos policiers l'étaient pour votre Coupe du Monde en 1998".

Et sur le terrain ?
L'UEFA est directement responsable de la sécurité dans les stades mais elle ne considère pas Pologne-Russie comme un match à hauts risques. Grzegorz Lato, le président de la Fédération polonaise, se montre même optimiste : "J'ai un seul espoir, celui de voir les supporters des deux équipes créer dans ce beau stade une ambiance magnifique".

Du côté des joueurs, le milieu offensif polonais Adrian Mierzejewski se rassure : "Les Russes sont favoris mais nous avons joué contre de meilleures équipes. Il n'y a pas de raison d'avoir peur. Nous sommes chez nous" ... "Pour nous les joueurs, l'adversaire importe peu, mais pour les supporters, bien sûr, c'est un peu un choc, il y a un peu plus de tension sur ce match."

"Est-ce qu'il y a une rivalité avec la Russie ? Non, c'est plus avec l'Allemagne que la Russie, il n'y a pas une grosse rivalité avec la Russie, mais ce ne sont pas non plus des amis proches", a commenté de son côté le milieu de terrain polonais d'origine française Ludovic Obraniak.

Soit... En attendant, pour espérer affronter les Allemands en quart de finale, une victoire contre la Russie ce soir est fortement conseillée...

La rédaction (www.lepetitjournal.com/varsovie) mardi 12 juin 2012


Les 2 sélections :
Après leur domination contre les Tchèques, la sélection russe ne devrait pas changer une équipe qui gagne. Franciszek Smuda va lui devoir aligner son deuxième gardien, Przemyslaw Tyton, pour suppléer Wojciech Szczesny, expulsé contre les Grecs.

Suite au nul inaugural (1-1), les choix tactiques du sélectionneur national ont été très critiqués en Pologne. On lui reproche notamment la passivité de son équipe et de ne pas avoir remplacé ses joueurs de champ exténués dans la deuxième mi-temps.


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