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ADAM NAWAŁKA – La cinquantième hurlante

Par Hervé Lemeunier | Publié le 03/07/2018 à 00:00 | Mis à jour le 03/07/2018 à 00:00
Adam_Nawalka

Il y a des anniversaires qui ne se fêtent pas, des âges qui ne se comptent plus et des amours qui s’usent. Celui entre Adam Nawałka et son poste de sélectionneur de Pologne a duré trois ans, entre octobre 2013 et un Euro 2016 plein d’espoirs. Mais ce n’est que 18 mois plus tard, en cet été 2018, que le quinquagénaire poivre et sel a vécu sa cinquantième partie à la tête de la Reprezentacja. Quatre ans et demi, donc, avec beaucoup de haut, mais quatre ans et demi conclus par un bas abyssal. Les souvenirs resteront, mais les louanges se sont depuis longtemps tues, et le rideau n’a jamais semblé aussi près pour l’ancien défenseur.

 

 

Jeudi 29 juin, 17h40. Les Polonais sortent tout sourire de leur Mondial ; l’espace d’un instant, la victoire face au Japon anesthésie les Aigles d’une décevante dernière place et d’une douloureuse débâcle collective. La campagne russe n’aura duré qu’une dizaine de jours, soit assez de temps pour prendre une baffe face au Sénégal (1-2), une fessée face à la Colombie (0-3) avant de s’administrer un placebo face au Japon (1-0). La défense n’a pas été à la hauteur, l’animation offensive a été inexistante : en bref, tout le monde a souffert. Mais la faute originelle revient à Adam, premier Homme maudit de l’éden polonais. « Ce n'est pas l'heure ni le lieu. Comme je l'ai dit plus tôt, je me donne maintenant le temps de réfléchir. » Interrogé sur son avenir, Nawałka botte en touche. Mais ces mots prennent un sens plus profond et une éloquence inattendue. C’est vrai : ce n’était plus l’heure, et ce n’était pas le lieu. Nawałka devait partir avant, quand ses choix tactiques et sa gestion des joueurs étaient encore les ingrédients d’un succès : le sien.

 

L’amour a duré trois ans

 

Car il y a d’abord eu les marches que la Pologne, aux côtés de son inamovible sélectionneur, a pu gravir. Arrivé en lieu et place d’un Waldemar Fornalik incapable de qualifier la Pologne pour le Mondial 2014, Adam Nawałka récupère les cendres de ce qui était dans les années 70 une vraie nation de football. Et d’un coup de baguette, il transforme l’Aigle Blanc en Phénix. Proche de ses hommes, il insuffle une passion perdue, une osmose de groupe jusqu’alors inexistante, et modernise le football polonais. Le maître aux fourneaux produit un savant mélange de jeunes joueurs en devenir, de stars mondiales et d’un noyau de soldats fidèles : la recette prend, dès les campagnes qualificatives pour l’Euro 2016. Le jeu est léché, le 4-2-3-1 est efficace et rigoureux et la Pologne finit meilleure attaque des éliminatoires. Et quand ce n’est pas beau, le coeur y est et la hargne prend le dessus. Personne n’est surpris de voir la Pologne se hisser en quarts de finale de cet Euro 2016 qui, sur un malentendu, aurait pu être son premier succès de prestige. Même l’Allemagne figurait ainsi sur le tableau de chasse de cette Pologne, victorieuse du géant voisin pour la première fois de son Histoire en 2014. Cette Pologne a le feu, la force et les tripes pour monter encore plus haut. Mais sa génération dorée vient en fait de franchir son plus haut col. Deux ans plus tard, elle connaîtra sa dernière dégringolade au Mondial. Łukasz Piszczek, Kamil Glik, Kamil Grosicki, Jakub Błaszczykowski et Robert Lewandowski ont vieilli et emporté avec eux loin de la sélection le goût des promesses brisées d’une génération au talent rarement égalé Outre-Oder.

 

Nawałka et le jeu des trois erreurs

 

L’échec, c’est d’abord celui d’un changement tactique qui n’a jamais pris. Eblouissante dans son 4-4-2 classique portée pendant l’Euro, la Pologne revêt ensuite d’autres dispositifs qui la mettent bien moins à son avantage. Passée dans des systèmes mettant Zieliński en valeur, la Pologne a progressivement perdu l’essence de son jeu et sa solidité défensive. Jusqu’au 3-4-3 observé pendant ce Mondial, qui n’a finalement jamais convaincu depuis sa mise en place il y a quasiment un an.

 

Ensuite, l’échec du Mondial est aussi celui des soldats de Nawałka. L’ancien coach de Gobrze s’est évertué à créer une vie de groupe depuis son intronisation à la tête des Aigles, en 2013. Alors oui, le groupe vit bien ; mais ses joueurs ne sont pas indifférents au temps qui passe. Et le noyau dur de 2016 a perdu de sa solidité depuis un moment, sans que Nawałka ne s’évertue à le faire évoluer. La liste des déceptions sélectionnées par un Nawałka têtu est longue. Grzegorz Krychowiak, immense flop au PSG et au West Bromwich Albion ; Błaszczykowski, capitaine courage de la sélection mais invisible à Wolfsburg cette saison. Certains choix ressemblent même plus à des énigmes qu’autre chose : régulièrement inefficace en sélection, Arkadiusz Milik est surnommé « le chouchou d’Adam Nawałka » par la presse. La sélection de Sławomir Peszko, dont la saison passée et le niveau observé ne semblent pas du tout en accord d’un outsider de Mondial, reste tout simplement une énigme même en Pologne. Adam s’est pommé en chemin. Si enclin à lancer des jeunes pleins d’envie, Nawałka les a superbement ignorés cette année. Où sont les Krzysztof Piątek, les Sebastian Szymański, les Paweł Dawidowicz qui ont fait frissonner les stades polonais peu habitués au beau jeu cette année ? Nulle part. Ou du moins pas en Russie. La sélection comptait déjà parmi les plus vieilles parmi les 32 qualifiées lors des éliminatoires, avec une moyenne de 28 ans. L’alchimie du Nawałka version 2014-2016 s’est déséquilibrée. Et elle n’a laissé la place qu’à des ténors qui n’ont pas su prendre leurs responsabilités.

 

Robert Lewandowski : capitaine Solo

 

Et le ténor au grand T, c’était lui : Robert Lewandowski. Le D de déception sera encore plus grand, quand Robert Lewandowski annoncera sa retraite internationale sans aucun faits d’armes, noircissant encore un peu plus les pages frustrantes de l’Histoire de cette génération dorée. Un but en deux compétitions internationales, c’est assez faiblard pour le meilleur scoreur de l’Histoire de la sélection. Et ce qui commence à être perçu comme un véritable démon sous le maillot blanc et rouge est déjà un obstacle confirmé sous le maillot du Bayern Munich : Robert Lewandowski n’y arrive pas dans les grands matchs. Nulle trace d’un exploit majuscule du Body depuis 2013 et son fantastique quadruplé en demi-finales de Ligue des Champions face au Real Madrid. A l’époque, il jouait pour le Borussia Dortmund. Un autre temps. Or, toute l’équipe polonaise tourne autour de son leader offensif, qui a marqué 37 des 55 buts inscrits sous l’ère Nawałka. Pour la réussite que l’on connaît pendant le Mondial. Ses critiques sur ses coéquipiers après le Sénégal, tout comme sa première réaction, moquée sur les réseaux sociaux, d’aller voir sa compagne directement au coup de sifflet final ne donnent guère de bonnes indications sur son importance dans le groupe. Lewandowski a-t-il vraiment la fibre d’un leader ? Et dans ce cas, pourquoi ne pas avoir mis l’accent sur un jeu plus collectif, plutôt que des longs ballons sur RL9, toujours serré de près par la défense adverse ?

 

Parce que la Pologne a échoué sur toute la ligne, qu’elle a vu dans ses individualités la clé d’une réussite qui la fuit depuis quarante ans, qu’elle a délaissé son jeu après un Euro 2016 qui l’a vue trop belle. Et, outre les probables retraites internationales de l’ensemble des plus grands noms (Błaszczykowski, Glik, Lewy, Grosicki et Fabiański entre autres), la tête qui tombera sera celle de Nawałka. Après une cinquantième hurlante.

 

 

 

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