Dimanche 16 décembre 2018
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Législatives #5ecirco : interview de François Ralle Andreoli

Par Shirley SAVY-PUIG | Publié le 02/04/2018 à 17:28 | Mis à jour le 03/04/2018 à 20:39
Francois Ralle Andreoli Legislatives 2018

Suite à l'annulation par le Conseil constitutionnel du scrutin de juin 2017, les élections législatives pour (ré)élire un député sur la 5e circonscription des Français de l'étranger (Espagne, Portugal, Andorre, Monaco), auront lieu les 8 et 22 avril. Nous avons sollicité l'ensemble des candidats afin, sur cette courte campagne, de les présenter à notre lectorat. 

Agé de 44 ans, François Ralle Andreoli habite en Espagne depuis 18 ans, époque à laquelle il était coopérant au service culturel de l’Ambassade de France en Espagne. Normalien agrégé en histoire, c’est cette matière qu’il enseigne avec la géographie au Lycée français de Madrid. Marié à une espagnole, il est le papa de trois enfants dont deux sont champions d’Espagne de Rugby. Conseiller consulaire depuis 2014 lorsqu’il a été élu sur la liste transversale eco-citoyenne, Front de Gauche et Indépendants, il est arrivé au second tour des élections législatives de 2017 où il a fait un score de 33,79% avec le mouvement citoyen de rassemblement local Agissons Ensemble, soutenu par Europe-Ecologie-Les Verts (EELV), la France Insoumise et rejoint cette année par Génération-s, le nouveau parti de gauche fondé par Benoît Hamon qui sera présent à ses côtés à Madrid ce mardi 3 avril.

Lepetitjournal Valence : Depuis le second tour des élections législatives du mois de juin 2017, où en êtes-vous, qu’avez-vous fait ?

François Ralle Andreoli : C’est très simple, je suis resté actif dans la circonscription. Contrairement aux autres candidats de 2017, je ne me suis pas retiré à Paris. En tant que Conseiller Consulaire, j’ai dû répondre aux attentes locales des gens que je représente, qui sont en général assez mécontents des politiques qui sont lancées depuis 8 mois et qui ne sont pas du tout celles qui avaient été annoncées en 2017.

Pour faire face à cette espèce de rouleau compresseur qui est tombé sur les Français résidents hors de France, nous avons dû construire un réseau en force. D’abord localement, puisque notre mouvement citoyen de rassemblement s’est enrichi de l’ensemble des élus consulaires écologistes et progressistes.

Au niveau national, je me suis appuyé sur des élus et d’anciens élus comme Sergio Coronado avec qui nous avons lancé une tribune dans Mediapart qui est passée dans TV5 Monde. Cette tribune a fait beaucoup de bruit sur la question des lycées qui préoccupe toute la communauté française.

A partir de l’entrée en campagne pour cette élection partielle, je suis reparti sur les routes. J’en suis à ma 15ème réunion publique en 20 jours, dans les 4 pays. Il y a un message très important qu’il est essentiel de porter : celui de réunir tous ceux qui veulent construire quelque chose d’autre, non seulement pour les Français de l’étranger mais aussi pour notre pays. Aujourd’hui, nous partons beaucoup plus forts que l’année dernière puisque nous sommes soutenus par l’ensemble des forces écologistes et de progrès social puisque Génération-s, le nouveau parti de Benoît Hamon a décidé de nous appuyer, tout en restant indépendants et sans avoir signé aucun accord car nous sommes déterminés à rester d'abord au service des Françaises et Français de l'étranger, mal compris. Nous avons des propositions concrètes et constructives qui n'ont pas changé pour notre part, à l'inverse de LREM.

Comment avez-vous vécu la décision du Conseil Constitutionnel du mois de février dernier ?

Dans ce cas, je trouve qu’elle est représentative de l'approximation dans laquelle se trouve l’organisation de la démocratie chez nos compatriotes à l’étranger. Ils sont 2 millions et demi au dernier recensement, c’est-à-dire plus nombreux que jamais et l’organisation des rendez-vous électoraux, parce qu’on n’y met pas les moyens, est de plus en plus compliquée malgré les efforts des consulats. Concernant la question du vote par correspondance, nous avions prévenu que cela fonctionnerait mal. On nous avait d'ailleurs promis qu’en 2017 l’annulation du vote électronique était exceptionnelle et là, je demande au gouvernement : pourquoi n’avons-nous pas le vote électronique dans notre circonscription ? Beaucoup de concitoyens isolés n'auront pas les moyens de s’exprimer. Cependant, l’intérêt de cette élection partielle, c’est qu’elle permettra de se prononcer sur un premier bilan et non pas sur de vagues promesses.

Nous l’avons vu, les dernières élections législatives partielles, dans le val d’Oise et le Territoire de Belfort ont été favorables à des candidats Les Républicains ou de justesse pour LREM en Guyane. Est-ce qu’il y a un enjeu national dans ces élections locales ?

Forcément. Ce sont des élections qui concernent notre circonscription mais qui sont des élections nationales, cela serait absurde de séparer ces deux enjeux. Les attaques que subissent nos compatriotes en France sont semblables à celles que nous avons connues ici depuis 8 mois, on veut dégrader les services publics et de protection à la personne.

Ces 9 mois écoulés permettent de faire un bilan de la politique nationale d’Emmanuel Macron. Ces élections peuvent-elles exprimer une sanction des électeurs face au gouvernement ?

Je pense que tout est lié. Le local et le national s’articulent. Il y a un enjeu qui est celui des Français de l’étranger qui ont subi une période extrêmement décevante, d’une agressivité injustifiée. Il n’y a pas que le scolaire, il y a également les retraités dont les pensions, y compris les plus faibles, ont été ponctionnées de façon systématique avant que nous n’intervenions (et elles le seront à nouveau après l'élection, nul n'est dupe). Il y a également le réseau consulaire : tous les consulats sont à saturation et nos agences consulaires sont menacées alors que la présence des agents est très appréciée.

Nous avons aussi un message à porter par rapport à ce qu’il se passe en France. Nous avons vu une dérive hyper-libérale. Le gouvernement a réglementé sans dialogue parlementaire. Ces méthodes choquent y compris des personnes qui ne partagent pas mes idées mais qui sont attachées à la démocratie républicaine. Pour l’écologie, on savait que la capacité d’influence de Nicolas Hulot serait réduite. En Guyane, les exploitations pétrolières ont été prolongées . En France, selon un rapport commandé par notre gouvernement, le réseau ferroviaire secondaire serait amené à disparaitre et remplacé par des bus diesel, comme dans la loi Macron sous Hollande, dont le bilan est médiocre. On reparle d'ouvrir des centrales nucléaires… Et puis il y a la question des services publics qui sont attaqués : tribunaux et hôpitaux sont mobilisés contre les coupes budgétaires.

Tout cela va ensemble et il serait formidable qu'à travers notre candidature un message d’écologie et de solidarité sociale vienne justement de ces Français qui sont projetés dans le monde, qui sont dans une circonscription merveilleuse et dynamique comme la nôtre.

L’actualité depuis ces 8 derniers mois, c’est la coupe de 33 millions d’euros dans le budget de l’AEFE. Quel est votre opinion par rapport à cette actualité survenue après les élections législatives de 2017 ?

C’est beaucoup plus que 33 millions d’euros ! Ce sont aussi 512 postes supprimés, avec un manque à gagner financier sans précédent. On a peur des conséquences en termes de coûts dans les établissements que j'ai visités. C’est donc une remise en cause complète du modèle de réseau scolaire à l’étranger que nous avons construit depuis des décennies avec évidemment une conséquence mécanique : l’augmentation des frais de scolarité pour des familles qui sortent à peine de la crise et qui ont vu les taux de bourses baisser depuis 5 ans. Cette année à nouveau des familles sortiront du système français faute d'argent et personne ne propose rien.

L'année dernière, LREM parlait d'augmenter les crédits, d'améliorer l'accès aux bourses et de créer un fond d'investissement pour les établissements. Nous avons eu tout le contraire. On veut à nouveau endormir les gens avec une pseudo mission parlementaire. On ne fait pas campagne sur une mission parlementaire, on doit dire quel est le projet du gouvernement. On vient d'ailleurs de privatiser en cachette l'école de Saint Pétersbourg en laissant les parents seuls. Nous voyons bien ce qui nous attend.

Les députés En Marche de l'étranger ont été inaudibles dans cette séquence en essayant de cacher derrière un écran de fumée ce qui est un plan de rabot agressif. Ce grand bricolage destructeur est fortement anxiogène. Personnels de direction, enseignants et parents trouvent que la marque France, la marque d’éducation à la française a été inutilement écornée.

Par conséquent, il faut envoyer un message vraiment très clair au gouvernement. Si nous revalidons les options de l’année dernière, cela veut dire que nous validons une politique de désengagement sans précédent de l’Etat dans le scolaire. Je m'engage à créer un groupe transpartisan d'élus nationaux qui défende notre réseau. Nous avons d'ailleurs des solutions alternatives très concrètes à ces questions que vous retrouvez sur notre site.

Le principal risque de ces élections partielles c’est la faible participation. Que peut-on dire à nos lecteurs pour les inciter à aller voter les 8 et 22 Avril ?

Et bien que justement, que ceux qui sont au pouvoir n’attendent qu’un geste : celui de nous avoir suffisamment désenchantés au point que nous n’allions plus mettre notre bulletin de vote dans l’urne. Je pense qu’être Français à l’étranger, c’est avoir des droits. Le droit d’être protégé, le droit d’être accompagné scolairement, culturellement. Etre Français à l’étranger, c’est aussi avoir des devoirs vis-à-vis de son pays. Je n’aime pas le terme d’expatrié. Nous ne sommes pas des expatriés, nous sommes des patriotes à l’étranger. Dans ces devoirs, il y a celui d’aller voter y compris blanc si nous ne sommes pas satisfaits. Sinon on utilisera cette faible participation pour justifier les démantèlements.

Il y a également un message de solidarité vis-à-vis de nos compatriotes, de nos concitoyens en France. Le message à porter est celui de la nécessité de voir les choses fonctionner différemment avec plus de solidarité et d'écologie.

Est-ce qu’il n’y a pas un risque, avec une faible participation, de voir la suppression des postes de Députés des Français de l’étranger ?

C’est pour cela qu’il faut qu’une alternative gagne. Comme dans le domaine éducatif, on a l’impression que ce qui prime systématiquement c’est l’idée de faire des économies. Nos enfants auront des vies internationales et sont pour la plupart binationaux. Ils travailleront pour des entreprises qui auront un rayonnement international. Réduire la voix de ces Français qui sont nos premiers ambassadeurs dans le monde, qui sont notre interface économique, culturelle et diplomatique, réduire leur voix, ne pas les comprendre comme le fait le gouvernement actuel, ce n’est pas être à la hauteur du XXIème siècle.

Je le dis depuis l’année dernière : que l’on arrête de culpabiliser les Français résidant hors de France. Nous ne demandons pas plus que ce que nous coûtons. Nous participons à hauteur de 700 millions d’euros à l’impôt national, au service des impôts des non-résidents, et on nous dit que 390 millions d’euros, c’est-à-dire le plus bas budget scolaire depuis 20 ans, cela serait une sorte de privilège. Pourtant, ce budget ne va pas uniquement aux Français, il va aussi aux élèves des pays d’accueil. Le budget de la DFAE qui s’occupe des bourses et des réseaux consulaires (et des touristes français de passage), c’est 340 millions d’euros. Cela veut dire que si nous faisons le total, nous coûtons bien moins que ce que nous rapportons.

Nous avons 30 000 entreprises françaises dans la circonscription, le commerce extérieur de la France c’est 453 milliards d’euros. C’est une stratégie globale que la France doit repenser avec plus d'ambition. Il faut mieux mettre en valeur ces dynamismes.

Qu’est-ce qui aujourd’hui, vous motive à repartir en campagne ?

Les gens, tous ces gens qui m’ont écrit et que je rencontre. Une campagne électorale, c’est passionnant. Je suis surpris par la créativité des Français qui résident hors de France. Cela peut être les retraités qui ont une vie pleine de dynamisme, qui s’engagent dans des associations. J’ai rencontré nombre d’artistes, de salariés, d’entrepreneurs inventifs qui ont réussi à remonter la pente de la crise. Beaucoup ont une vision différente de ce que peut être une société solidaire et écologiquement responsable. C’est pour ces gens-là qui m’ont demandé de repartir, pour qui nous avions incarné une alternative constructive l’année dernière et qui souhaitent que cette fois-ci nous gagnions.

 

Retrouvez le programme complet de François Ralle Adreoli sur son site francoisralleandreoli.fr

">

Nous vous recommandons

Shirley Photo Pro

Shirley SAVY-PUIG

Responsable d'édition - Parisienne de naissance mais Valencienne d'adoption depuis sa plus tendre enfance, cette touche-à-tout aime mettre en lumière la culture espagnole et les personnalités francophones de talent.
1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Pascal mar 03/04/2018 - 15:52

Les elections ont été annulées à cause des irrégularités électorales de ce Ralle Andreoli et il ose se représenter. Il devrait disparaître de la scène politique et être bien discret... Quelle honte!

Répondre