Mercredi 2 décembre 2020

PATRICE LECUIT - Un nouveau proviseur au lycée Jean Giono

Par Lepetitjournal Turin | Publié le 07/09/2014 à 22:50 | Mis à jour le 08/09/2014 à 03:38

Patrice Lecuit vient d'effectuer sa première rentrée au lycée Jean Giono de Turin. Cet homme a l'esprit ouvert, amoureux de l'Italie qu'il connaît bien et dont il aime la langue, arrive tout droit du Canada. Il entend se placer dans la continuité de son prédécesseur pour relever le défi propre à un établissement français de l'étranger, être à la fois porteur d'un programme ministériel et assurer l'ancrage du lycée Jean Giono dans la réalité turinoise et italienne.

Lepetitjournal.com : Vous arrivez du collège Stanislas de Québec. Mais avant le Canada, quel a été votre parcours ?
Patrice Lecuit : Instituteur,  instituteur spécialisé, conseiller en formation continue, personnel de direction, telles sont les étapes qui ont ponctué ma carrière que j'ai voulue délibérément empreinte de mobilités professionnelle et géographique.
En fait, tout a commencé dès mon plus jeune âge, à l'école primaire, quand j'ai décidé que je voulais être enseignant. C'est donc tout naturellement qu'à la fin de la 3e, j'ai passé le concours de l'Ecole normale, ce qui m'a permis de devenir élève-maître lycéen et de suivre les cours de l'Ecole normale après mon bac. Cette formation m'a donné des clefs en psychopédagogie qui me servent encore aujourd'hui. Tout jeune instituteur, j'ai donc exercé mon métier pendant une dizaine d'années dans des classes de primaire et aussi de perfectionnement dans trois académies différentes : Poitiers, la Martinique et Nantes.

Nous en arrivons à votre expérience d'éducateur et de formateur.
En effet. M'étant spécialisé dans les stratégies de stimulation d'apprentissage et de gestion de groupe et fort d'une spécialisation sur l'adolescent en difficulté, j'ai également enseigné pendant cinq ans en instituts spécialisés pour adolescents, près d'Angers. Parallèlement, je suis devenu formateur pour jeunes adultes en difficulté dans le cadre du Greta (une structure de l'Education nationale qui organise des formations pour adultes, NDR). Pendant 13 ans, j'ai également exercé les fonctions de conseiller en formation continue dans les Greta de l'académie de Nantes : cette étape de ma carrière m'a permis de rencontrer le monde de l'entreprise et ses exigences, puisqu'il s'agissait de construire des formations pour répondre à des besoins bien précis. Au cours des années 1995-2003 notamment, j'ai beaucoup travaillé avec l'Italie (Emilie-Romagne, Toscane, Pouilles) dans le cadre de programmes européens de formations d'adultes visant au développement économique, avec une véritable réflexion commune entre les régions parties prenantes et un échange de bonnes pratiques entre les partenaires européens.

Quand avez- vous passé le concours de chef d'établissement ?
Cela fait plus de dix ans, en 2003. Turin est mon quatrième poste, après un collège et un lycée professionnel en France, puis l'expérience canadienne de quatre ans que vous avez mentionnée.

Que retenez-vous de vos expériences loin de l'Hexagone ?
Tout jeune, j'ai enseigné le Français Langue Etrangère en lycée en Angleterre pendant une année. J'ai ensuite travaillé trois ans en Martinique et, même s'il s'agit d'un département français, j'y ai découvert un creuset culturel complètement différent. Là, j'ai appris à parler le créole et à prendre en compte l'autre culture, c'est-à-dire à me décentrer d'une  posture franco-française. Tout simplement, à l'étranger, ce ne sont pas les autres qui ne sont pas comme nous, c'est nous qui ne sommes pas comme les autres : l'important est de bien voir que le référent culturel n'est plus le nôtre, il est celui du territoire qui nous accueille. C'est une formule qui s'applique partout.

Connaissiez-vous l'Italie et Turin ?
L'Italie, pour moi, c'est une longue histoire d'amour qui a commencé en classe de seconde, quand j'ai choisi l'italien en troisième langue. J'aime la mélodie de cette langue qui n'est jamais monocorde, qui véhicule des variantes et qui est à l'image de sa culture : immense ! Mon premier voyage en Italie remonte à l'année 1978. Je suis parti avec un ami qui avait une correspondante italienne? piémontaise. Mon premier contact avec l'Italie s'est donc fait à Turin, puis à Carmagnola. J'avoue que Turin ne m'a pas fait une impression extraordinaire à l'époque. Après, nous nous sommes dirigés vers Varese, Laveno, le lac Majeur, les îles Borromées, Venise. C'était l'Italie rêvée, j'en garde d'ailleurs des souvenirs magnifiques. C'est alors devenu une tradition, pendant quelques années, de passer deux semaines de villégiature dans le nord de l'Italie au printemps.

Quelle impression vous a fait la ville aujourd'hui ?
Très positive ! Je précise que j'étais très demandeur de cette mission en terre piémontaise. Turin représentait en effet mon premier choix. En arrivant, je n'ai pas reconnu la ville. Rien à voir avec la ville industrielle que j'avais connue... J'y ai découvert  ses places magnifiques, ses rues et plateaux piétonniers et bien des quartiers ont été restructurés. Je n'ai pas encore eu le temps de visiter quoi que ce soit, mais j'ai compté pas moins de 96 sites à vocation culturelle ou touristique, c'est énorme !

Quels sont vos projets pour le lycée ?
Je suis dépositaire du fonctionnement multiculturel  et multidisciplinaire qui existe actuellement. Il y a par exemple de belles choses qui démarrent, notamment un  parcours de sciences renforcées en italien au collège. A court terme, ma mission consiste à accompagner le dispositif plurilingue, tout en menant une réflexion approfondie sur son développement au collège, dans le respect du cadre horaire qui est celui d'un établissement français de l'étranger  et de son homologation ; à renforcer le travail sur l'orientation pour permettre à nos élèves de continuer leurs études en France et en Italie ; à consolider le lien entre l'école et le collège ; à poursuivre le travail entamé dans la relation avec la communauté éducative afin de renforcer le sentiment d'appartenance de chacun ; à creuser le sillon de l'association des anciens élèves et des anciens personnels.

Y a-t-il un aspect qui vous tient particulièrement à c?ur ?
Je suis actuellement en phase d'observation et d'analyse. Ce que je peux dire, c'est que j'ai à c?ur le rayonnement du lycée sur son territoire à travers des échanges et des partenariats culturels, linguistiques et économiques. J'aimerais que le lycée soit une école bien sûr, mais aussi un lieu de vie ouvert aux différentes communautés associatives. S'il fallait utiliser un terme générique, je dirais que je veux "ouvrir" le lycée au sens propre comme au sens figuré : une ouverture multiculturelle qui se double de l'accueil des associations françaises et franco-turinoises (c'est d'ailleurs déjà le cas avec l'association Flam Turin). J'ai ?uvré en ce sens au sein de mon établissement précédent : c'est peut-être en cela que pourrait consister la valeur ajoutée  par ma touche personnelle.
Propos recueillis par Christine Correale (www.lepetitjournal.com/Turin) lundi 8 septembre 2014

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