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MEMOIRE ET DECOUVERTE – Marco Carassi : Turin au XVIIIe siècle

Par Lepetitjournal Turin | Publié le 03/04/2013 à 22:01 | Mis à jour le 04/04/2013 à 02:46

Effectuons un voyage virtuel à travers les siècles en partant de l'exposition Il Re e l'architetto, sur les pas d'un voyageur qui visite Turin au moment où la ville s'affirme en tant que capitale du Royaume de Savoie et entend rivaliser en beauté et prestige avec les autres capitales d'Europe. Un guide d'exception nous accompagne au cours de ce voyage : Marco Carassi, ancien directeur des Archives de la ville et fin connaisseur de l'histoire du Piémont.

Nous sommes en 1781. Un voyageur en provenance du Mont Cenis arrive dans la capitale du royaume de la Maison de Savoie. Nous ignorons tout de lui, sans doute est-il français car Turin est sur la route du Grand Tour d'Italie. Notre personnage mystérieux vient de parcourir la longue avenue royale de Rivoli, bordée d'ormes, et il s'apprête à franchir l'élégante Porte Susina. Quelle ville découvrira-t-il, quels monuments, quels chantiers visitera-t-il ? Ce voyage imaginaire à Turin à la fin du XVIIIe siècle est le fil rouge de l'exposition Il Re e l'architetto, aux Archivi di Stato jusqu'au 30 avril 2013. En suivant les traces de ce voyageur inconnu, le visiteur est invité à parcourir un itinéraire où trois villes différentes coexistent. En premier lieu, il admirera la capitale du royaume de la Maison de Savoie, à l'apogée de sa splendeur baroque. Mais également la ville imaginée par les grands architectes qui travaillent à la cour : les chantiers se multiplient, mais bon nombre de projets ne verront jamais le jour ou ne seront réalisés qu'en partie, faute d'argent. Et pour finir, il découvrira la ville qui n'est plus, que les historiens et les archivistes ont su reconstruire au bénéfice des touristes virtuels du XXIe siècle. 

L'exposition Il Re e l'architetto a été réalisée à partir d'un important fonds donné aux Archives par Gianfranco Gritella et en s'inspirant principalement du guide de Turin de 1781 réalisé par Onorato De Rossi.

"Pour un ?il averti, Turin est ce que la colline d'Hissarlik était pour Schliemann" explique avec passion Marco Carassi, ancien directeur des Archives de Turin et commissaire de l'exposition. "Les vestiges du passé ? romains, médiévaux, baroques? - se côtoient, se complètent, se superposent. A Turin, comme dans beaucoup d'autres villes d'ailleurs, il suffit de déplacer son regard pour traverser les siècles". Le ton est donné, notre guide d'exception vient de nous inviter à prendre place à bord d'une machine à explorer le temps. D'anecdote en découverte, d'explication en suggestion, il nous aidera à comprendre l'importance de la mémoire pour apprendre à déchiffrer la complexité du présent. 

Turin au XVIIIe siècle, les étapes de notre voyageur imaginaire

Turin devient une capitale
Prêtons donc l'oreille aux voix du passé et interpellons-les avec l'aide de Marco Carassi pour qu'elles nous donnent les clefs de lecture permettant de "lire" les pierres du Turin contemporain. Prenons via Garibaldi, par exemple, cette longue avenue piétonne qui relie Piazza Castello à Piazza Statuto. Il s'agit du decumanus maximus, l'un des deux axes principaux de l'ancienne ville romaine autour duquel se développa le tissu urbain de Turin au Moyen Age. Aujourd'hui, c'est une rue ample, bordée de bâtiments élégants et bien proportionnés, au milieu des ruelles du quartier médiéval. "L'alignement de la via Dora Grossa (ainsi s'appelait via Garibaldi au XVIIIe siècle) fut une opération stratégique, financée entièrement par des capitaux privés. Le projet consistait à démolir les anciennes maisons, souvent insalubres, afin d'élargir la chaussée. L'augmentation de la volumétrie des bâtiments fut autorisée à condition de respecter une certaine uniformité, afin d'obtenir le résultat harmonieux qui est encore sous nos yeux. Seule la Torre civica fut épargnée par cette opération d'alignement, car elle était considérée comme le symbole de la ville. Elle fut abattue par les Français à l'époque napoléonienne, sans aucun état d'âme?". Mais la via Dora Grossa n'est qu'un exemple de l'élan urbain qui caractérisa Turin au XVIIIe siècle. La ville s'étend et essaie de rivaliser avec les autres capitales d'Europe, s'affirmant progressivement dans son rôle de capitale du Royaume de la Maison de Savoie.  

(Photo Archivi di Torino)

Les Archives de Turin, entre mémoire et modernité
"Victor Amédée II, le premier membre de la famille de Savoie à recevoir le titre de roi, confia le projet de construction des Archives de Turin à l'architecte Philippe Juvarra en 1731". Tout en écoutant avec attention les explications de Marco Carassi qui nous précède dans les longs couloirs des Archives, il est difficile, voire impossible, de ne pas être subjugué par la beauté austère des lieux. Les pièces dans la pénombre se succèdent en créant des perspectives rigoureuses, les trésors qu'elles recèlent sont si nombreux ? et précieux ? qu'on en aurait presque le vertige. Notre guide continue : "La date est très importante pour comprendre les priorités du roi, car la construction des Archives précéda celle du bâtiment destiné à accueillir l'administration centrale de l'Etat (les Segreterie di Stato). Vous comprenez ? Le bâtiment de la mémoire avant le bâtiment du gouvernement ! Aux yeux du roi, le travail  de l'archiviste permettait de mettre à profit les expériences du passé afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Une approche résolument moderne qui est malheureusement en train de se perdre aujourd'hui?" Le bâtiment de Piazza Castello est en effet un des premiers exemples d'archives générales en Europe. Il a été conçu non seulement pour conserver les documents censés glorifier la monarchie, dans le but notamment d'organiser des alliances matrimoniales stratégiques, mais aussi et surtout pour guider l'activité institutionnelle du Royaume. 

 

Marco Carassi a dirigé les Archives de Turin de 2006 à 2012, il a notamment supervisé la numérisation des fonds d'archives de l'immense patrimoine de la ville (photo lepetitjournal ? Turin)

Les coups de c?ur d'un archiviste
Ce n'est donc pas le fruit du hasard si le principal coup de c?ur de Marco Carassi à Turin sont les Archives, qu'il considère certes comme un lieu de mémoire, mais aussi et surtout comme une source précieuse de connaissance, d'exemple, quelque chose de stimulant.  Et c'est toujours sans surprise que nous découvrons que son deuxième coup de c?ur est pour le Collegio delle Province, piazza Carlo Emanuele (plus connue sous le nom de Piazza Carlina). C'est là que les jeunes gens du Piémont, sans fortune ni prestige mais particulièrement brillants, se formaient pour devenir cette noblesse de service qui contribua tant au rayonnement du Royaume de Savoie. La culture, le travail et l'étude représentent donc un moyen d'élévation sociale mais aussi d'élévation de l'esprit. Et pour finir, il ne nous reste plus qu'à demander à notre guide quelle est son expression française préférée : ?Tant mieux, et son contraire tant pis? nous répond-il sans hésitation, en s'empressant de préciser avec son humour subtil ?Bien entendu, je préfère tant mieux !?

Luisa Gerini (www.lepetitjournal.com/Turin) jeudi 4 avril 2013

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