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Alain Brouté, Professeur d'université, chercheur et formateur de formateurs
Torrejón del Rey
Espagne
Education, Autre domaine
MON PARCOURS EN EUROPE

Européen convaincu dès ma jeunesse grâce à de nombreuses lectures d’auteurs originaires de différents pays européens (Joyce, Gombrowicz, Buzzati, Calvino, Moravia, Kafka, Kundera, Durrell, Thomas Mann, Hesse, Le Carré, Hamsun, Cervantès, Lorca…), j’eus la chance de voyager très tôt à travers de nombreux pays du vieux continent (Angleterre, Belgique, Pays-Bas, Espagne, Suisse, Portugal, Danemark, Italie, Autriche, Andorre…). Dès mon installation en Espagne en 1989 et la consolidation de mes études, j’entrepris de tisser des liens professionnels à travers l’Europe avec de nombreuses personnes grâce aux différents programmes de l’Union Européenne.
Dès le début de mes études doctorales, j’étais décidé à ne pas me limiter à une thèse développée uniquement dans mon pays de naissance, la France. Malgré les énormes difficultés, j’entrepris toutes les équivalences possibles de mes diplômes afin de postuler à un doctorat de reconnaissance européenne. Obligé d’étudier à distance pour mon doctorat français, j’ai lutté pour que l’Espagne reconnaisse mes études de doctorat (DEA espagnol) avant que José Antonio Pascual Rodriguez, membre de l’Académie Royale de la Langue Espagnole m’aide à trouver une direction de thèse pour l’Espagne. Finalement, le 12 décembre 2006, après quatre ans de recherches, j’ai soutenu ma thèse devant un jury européen à l’Université de Rouen (France).
En parallèle à mes études et mes cours comme professeur associé à l’Université Carlos III de Madrid, j’eus la chance de travailler au Centre Supérieur des Langues de l’Université Complutense de Madrid, entité internationale proposant l’apprentissage de plus de 30 langues dont la plupart sont européennes. La confiance déposée en moi me permit de diriger plusieurs séminaires de formation didactique à de nombreux professeurs des 32 langues enseignées.
A partir de ma consolidation professionnelle universitaire, j’ai cherché à développer encore plus des liens avec de nombreuses universités de plusieurs pays européens en commençant d’abord à voyager en Pologne, pays émergeant de l’Union. Invité plusieurs fois par la Docteure Jolanta Zajac à l’Université de Varsovie en compagnie de la Docteure Arlette Véglia, j’ai pu diriger de nombreuses séances de formation (cours, séminaires, ateliers…) pour des centaines d’étudiants polonais, de tels cours se voyant renforcés par ma présence à deux congrès, le premier à Pultusk et le second à Cracovie (la complexité du sens) en présence de Gaston Gross, avant de me lancer dans un projet de recherche européen.
Poursuivant ma quête de liens à travers l’Europe (congrès en Slovaquie et en Espagne entre autres), suite à un congrès international organisé par l’AFDECE (Association pour le Développement des Échanges et de la Comparaison en Éducation) présidée par la Docteure Dominique Groux, j’ai établi une relation forte et prolongée avec l’Université de Lisbonne, invité à plusieurs reprises par la Docteure Carolina Goncalves.
Lors d’un nouveau congrès de l’AFDECE, j’ai rencontré la Docteure et Professeure des Universités Jacqueline Breugnot, enseignante à l’Université Koblenz-Landau. Dans un premier temps, j’ai présidé avec elle un projet Europe-Canada avec plusieurs universités européennes et canadiennes dont les nôtres (cf. Curriculum Vitae), puis elle m’a proposé de participer avec mon université (Université Autonome de Madrid) à un projet trinational intégrant les universités de trois pays (Allemagne, France et Espagne) pour le développement de séminaires de communication interculturelle se déroulant tous les six mois avec des étudiants des trois pays.
Malgré la participation généreuse, mais insuffisante, de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ), les difficultés rencontrées (absence de fonds réels dans mon université pour financer ce genre de séminaires), m’amenèrent à imaginer des formules participatives au niveau des étudiants (hébergement chez l’habitant…) qui non seulement solutionnèrent le problème financier, mais se sont également converties depuis en un modèle pour les universités allemande (Koblenz-Landau) et françaises (Lyon, Nice, Bordeaux).
Dans ma quête de développement de liens européens universitaires, une autre rencontre a été déterminante, celle avec le Docteur Thomas Szende, d’origine hongroise, directeur du Laboratoire PLIDAM à l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), rencontre qui a eu lieu en Chine lors d’un congrès à Canton. Une telle rencontre a été d’autant plus déterminante que Thomas Szende est non seulement un membre prestigieux au niveau de la recherche dans une institution de reconnaissance mondiale mais, de plus, il s’agit d’un européen convaincu tout comme moi. C’est ainsi que j’eus l’honneur de participer à trois colloques de dimension européenne à INALCO, puis à prendre en mains plusieurs cours dédiés aux étudiants du Master en FLE en lien avec l’Université de la Sorbonne, de tels étudiants venant d’horizons européens et mondiaux très divers.
Grâce aux expériences à INALCO, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs docteurs hongrois qui ont eu la gentillesse de m’inviter à l’Université de Debrecen (Hongrie) afin de donner plusieurs cours. L’accueil reçu par les professeurs et les étudiants de Debrecen représente une expérience que je ne peux que souhaiter à quiconque s’engage dans des échanges interculturels en Europe.
En parallèle à toutes ces expériences à travers l’Europe, engagé comme directeur de collection didactique par Hatier-Didier à Paris, j’ai pu être à la tête d’un projet de création d’une méthode de français pour l’Italie (A ton tour !), travaillant au coude à coude pendant un an avec les éditrices de Zanichelli (Mondadori), avant d’entreprendre une tournée de formation des professeurs italiens de FLE à travers le pays transalpin (Milan, Turin, Naples, Rome…).
En résumé, mon parcours européen a été non seulement riche en expériences, mais de même en liens tissés à jamais avec de nombreux pays à travers leurs universités et leurs centres de formation les plus prestigieux.
En conclusion, j’ajouterai qu’en parallèle de toutes ces expériences professionnelles, mon désir de connaissance et ma curiosité m’ont amené à découvrir de nombreux autres pays européens ces quinze dernières années, tels que l’Ecosse, la Norvège, la Croatie, la Grèce, Malte… et au-delà des frontières européennes, le Canada (4 séjours), le Brésil (2 fois), les États-Unis, le Mexique (4 séjours), la République Dominicaine, le Maroc, l’Inde, la Russie…
EN QUOI MON EXPÉRIENCE EST EXCEPTIONNELLE ? DE QUOI SUIS-JE PARTICULIÈREMENT FIER ?

Étant toujours difficile de parler de soi, je vais essayer d’être le plus sincère. Au-delà des innombrables expériences vécues et des liens tissés pendant les trente dernières années à travers l’Europe, ce dont je suis le plus fier est d’un côté la cohérence de mon projet européen à travers le temps, malgré un parcours atypique et, de l’autre, la profondeur des relations développées un peu partout en Europe grâce aux formations interactionnelles et interculturelles transmises à des milliers de personnes de tous âges et conditions.
Le caractère atypique de mon parcours n’est qu’une vitrine cachant la profondeur d’un projet humain et professionnel en relation avec des êtres, leurs apprentissages et la communication entre cultures différentes sur un territoire bien délimité : l’Europe.
L’entraînement à l’acteur suivi en parallèle de mes premières études à Sup. de Co., puis durant de nombreuses années au Havre et à Paris, a résulté décisif à plus d’un point. Tout d’abord, j’ai eu la chance de côtoyer de grands maîtres de l’art dramatique comme Peter Brook et ses acteurs, Jacques Lecoq et ses professeurs Philippe Gaulier et Monika Pagneux, Coline Serreau, Antoine Vitez, Philippe Adrien, Raul Ruiz et tant d’autres que j’ai admirés et continue d’admirer. Ils m’ont permis non seulement d’apprendre à mieux connaître l’autre et sa complexité, mais également à devenir une meilleure personne, susceptible à tout moment d’écouter, d’observer et de comprendre comment chacun interprète le monde selon sa propre culture.
Ce terreau sur lequel j’ai travaillé pendant une douzaine d’années m’a permis d’aborder le monde de l’éducation avec un regard neuf et la conviction que toute culture possède une richesse enviable méritant d’être découverte. A partir de ma propre culture française comme référence d’interprétation du monde et une énorme compétence d’ouverture à l’autre étrange et différent, j’ai grandi comme doctorant, puis comme docteur européen, avant de tisser de multiples liens d’une profondeur et d’une richesse exceptionnelle à travers l’Europe.
C’est ainsi que ma thèse doctorale basée initialement sur une étude de la théâtralité a débouché sur une étude des cadres de l’expérience ou comment interpréter le passage d’une culture vers une autre et réciproquement. La continuité des ressources et les ressources de la continuité sont devenus alors des concepts incontournables de mon travail et de mes échanges à travers l’Europe, démontrant qu’une approche confiante et intelligente de l’apprentissage des interactions orales en langue étrangère était possible dans toutes les cultures partagées en Europe.
Il ne s’agissait aucunement de faire du théâtre sur les terrains de l’enseignement et de l’apprentissage des langues étrangères, mais bien de réutiliser les nombreuses techniques de mise en confiance, de participation, de concentration, de motivation, de coopération, d’observation et d’écoute de l’autre, d’interprétation et enfin d’improvisation, technique au service des ressources incontournables pendant les interactions orales de l’ici et du maintenant, indépendamment d’être un art suprême de la composition et de l’action simultanées.
Toutes ces techniques et stratégies ont été publiées dans le livre Les interactions orales en classe de F.L.E. (Pearson & Longman, 2008) qui a été utilisé par des centaines de professeurs à travers l’Europe, mais surtout ont servi de base de travail pour une centaine de formations que j’ai eu la chance de développer à travers toute l’Europe, dans des pays aussi différents culturellement que la France (Paris, Reims, Lyon, Nice, Bordeaux…), l’Espagne (Madrid, Barcelone, Séville, Valence, Malaga, Cordoue, Grenade et une vingtaine d’autre villes), le Portugal (Lisbonne), l’Allemagne (Koblenz, Landau, Karlsruhe…), la Pologne (Varsovie, Cracovie, Pultusk), la Slovaquie (Bratislava), la Hongrie (Budapest, Debrecen) et l’Italie (Milan, Turin, Naples, Rome…), le succès de toutes ces formations étant incontestable au vu des nombreuses invitations pour retourner dans chaque pays et des relations de qualité exceptionnelle développées au cours des années avec chaque université, chaque enseignant-chercheur et chaque direction de département m’ayant invité. C’est ainsi que non seulement je suis retourné à plusieurs reprises dans de nombreuses universités européennes ou centres de formations de prestige, mais de même j’ai eu le plaisir de faire venir à Madrid tous les responsables des universités ou centres de formation en question.
Je conclurai cette partie en évoquant une anecdote illustrative de la merveilleuse qualité relationnelle et professionnelle tissée en Europe depuis vingt ans. Je viens en effet de publier un roman intitulé Le grand fardeau (La P’tite Hélène Éditions, France). Or, il se trouve qu’une souscription a été organisée par l’éditeur avant le lancement du roman. A cette occasion, j’ai contacté toutes mes relations dans les différents pays européens afin de parrainer le roman. Toutes et tous ont répondu présent, ce qui a signifié d’entrée une centaine de commandes envoyées de tous les pays mentionnés auparavant.
Enfin, je terminerai cette défense du caractère exceptionnel de mon travail éducatif en Europe en évoquant le contact et la profondeur du travail entrepris avec les étudiants de tous les pays européens mentionnés. Grâce à l’empathie, puis l’ouverture à l’autre et la qualité du travail de communication interculturelle entrepris avec des centaines et des centaines d’étudiants européens, j’ai eu la chance de voir comment la méfiance initiale entre jeunes de cultures diverses disparaissait rapidement pour laisser entrevoir progressivement un intérêt, une écoute, une curiosité, puis un désir de partage, une reconnaissance réciproque, avant de terminer par vivre ensemble des expériences uniques d’écoute et d’interprétation, malgré et grâce aux différences.
Le séminaire trinational que je dirige et anime à Madrid avec plus d’une vingtaine d’étudiants espagnols, français et allemands, est une expérience exceptionnelle dont je suis fier, car tous les dix-huit mois j’ai la chance d’observer comment de jeunes européens prennent conscience de leurs stéréotypes, de leurs obstacles à la perception de l’autre culture, cette conscience leur permettant de se lancer dans des échanges où la communication devient chaque fois plus ouverte et spontanée, pour finalement être capable de s’exprimer en chœur comme une seule personne, avant d’accepter ce merveilleux défi démocratique qui est celui de défendre des idées contraires aux siennes dans un débat sur un sujet choisi par eux.