Jeudi 17 janvier 2019
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Xavier Laumain, Architecte en Patrimoine
Valencia
Espagne
Culture/Art de vivre
Architecte en Patrimoine et enseignant-chercheur, je me suis formé à Paris, me spécialisant très tôt dans le domaine de l’intervention dans les monuments historiques et les sites archéologiques. Cette formation française, d’un grand prestige à l’étranger, a constitué un bagage essentiel lors de mon installation à Valencia il y a une quinzaine d’années.
La grande reconnaissance dont jouissent les professionnels français du patrimoine m’a apporté une indéniable crédibilité dans un domaine qui, alors (et encore aujourd’hui) est très peu développé en Espagne, me permettant de faire rapidement partie du corpus d’experts en la matière. Un an après mon arrivée j’ai donc naturellement ouvert une agence spécialisée dans le patrimoine, qui est désormais reconnue comme l’une des références du secteur dans la Communauté valencienne. Les activités de mon agence se sont diversifiées, ajoutant à l’intervention en patrimoine l’éducation patrimoniale et la recherche.
La rigueur du travail effectué depuis des années nous a permis d’obtenir en 2012 le prix international le plus prestigieux dans le domaine du patrimoine, promu par la Commission européenne à travers d’Europa Nostra : l’European Union Prize for Cultural Heritage.
Une de mes lignes principales de travail est liée à la récupération d’un élément patrimonial valencien de tout premier ordre, complètement méconnu jusqu’en 2012, mais d’une immense valeur historique à l’échelle internationale. Il s’agit de la mosaïque Nolla, une céramique produite exclusivement dans une commune proche de Valencia, et qui a révolutionné l’histoire de la production céramique. Nous nous sommes donc positionnés comme la référence, au niveau national, de ce matériau qui depuis a recouvré le prestige qu’il avait perdu au fil du temps.
Enfin, durant cinq années, j’ai dirigé un master d’intervention dans le patrimoine, ainsi que de nombreux enseignements liés à ce domaine, à l’École Nationale Supérieure d’Architecture Paris-Val de Seine, établissement dans lequel j’avais effectué mes études, et qui m’a contacté afin de me recruter dans le but de créer cette formation. Cette connexion internationale a été très enrichissante car elle me permettait d’apporter des connaissances et des expériences dans les deux pays, dont l’approche du patrimoine est extrêmement différente. Elle m’a également permis de tisser des contacts entre institutions de divers pays, développer des projets européens, et mettre en place des échanges d’enseignants. Finalement, fort de cette expérience, j’ai été sollicité par l’Université Européenne de Valencia pour mettre en place un nouvel enseignement de niveau master, de caractéristiques similaires à celui que je dirigeais à l’ENSAPVS. J’ai donc apporté l’expertise acquise au préalable, pour la création de ce nouveau master spécialisé, mettant ainsi l’excellence française au profit de la formation espagnole.
Actuellement, je dirige une agence d’architecture spécialisée dans le patrimoine (intervention, étude, gestion, mise en valeur, éducation et diffusion), j’ai une activité de chercheur (doctorant et président du Centre de recherche et diffusion de la céramique Nolla), et d’enseignement.
J’ai donc développé une activité en Espagne, basée sur une solide formation française, sans jamais perdre le caractère international et les liens constructifs que permet la connexion entre cultures et identités diverses, et essayant d’enrichir chacun à travers l’autre.
Ce qui rend mon expérience exceptionnelle, c’est le contexte dans lequel elle s’est déroulée et se déroule encore, mais aussi son caractère pluriel soutenu par un fil conducteur très fort: le patrimoine culturel.
L’époque de mon installation à Valencia correspond à un moment difficile pour le patrimoine en Espagne, et, par conséquent pour les agents dédiés à ce domaine. L’activité de construction neuve, l’absence de formation et l’inexistence de structures et normes efficaces de protection, ainsi qu’une vision totalement obsolète de la notion de patrimoine, dessinaient un cadre sombre, ou plus exactement une affligeante absence de cadre.
J’ai donc eu la possibilité de développer mon activité professionnelle dans un domaine très peu valorisé, ou tout ou presque était à faire. Le peu de considération pour la conservation du patrimoine et l’absence complète de formation dans le domaine, rendaient cette activité quasiment artisanale. Les rares experts étaient par conséquent autodidactes. Le fait de posséder une solide formation française, acquise dans un cadre dont le prestige était unanimement reconnu, m’a permis de me situer professionnellement et de mettre en place des méthodologies et des critères qui n’existaient pas, exportant ainsi notre savoir-faire. Cette crédibilité a collaboré au développement de ma structure, bien que n’ayant aucun contact préalable, dans une sphère hautement compétitive. C’est donc une double satisfaction, et une grande fierté pour moi, d’avoir pu d’une part m’imposer dans ce contexte, et d’autre part, d’avoir importé dans mon pays d’accueil le savoir-faire français.
En continuité avec la transmission de connaissances françaises, mon expérience est également exceptionnelle car elle dépasse le cadre professionnel et s’applique à la formation qui constitue la base même et permet la bonne intervention dans le patrimoine. Le master et autres enseignements spécifiques que j’ai été amené à développer en France, dans un établissement possédant un corps enseignant et une structure de haut niveau, ont pu ensuite être transposés en Espagne, afin d’apporter une expertise qui n’existait pas à cette époque. Je suis donc particulièrement fier de montrer en Espagne la qualité de l’enseignement français dans le domaine du patrimoine.
Je travaille également dans le troisième domaine essentiel à la conservation : la mise en valeur et la diffusion, plus particulièrement à travers les enfants, vecteur principal des changements dans les comportements. Au cœur de mon agence, nous avons développé de nombreuses activités pour eux afin de les sensibiliser au patrimoine architectural et culturel. La connaissance, la diffusion et la mise en valeur, sont des aspects fondamentaux. Cette ligne connaît un très grand succès, et une progression considérable. Conserver le patrimoine grâce aux enfants, tout un programme…
A travers à cette complémentarité – intervention, formation, diffusion – nous pouvons couvrir l’ensemble des aspects garantissant la conservation effective du patrimoine, ce qui est pour moi une grande fierté, d’autant plus que mon agence est la seule à réaliser des actions dans l’ensemble de ces trois lignes.
Poursuivant dans le domaine du patrimoine culturel, j’ai également eu l’occasion de participer activement aux Fallas. Cette fête traditionnelle valencienne, reconnue Patrimoine Mondial par l’UNESCO, possède une énorme répercussion tant à Valencia qu’à l’extérieur. Il s’agit d’un évènement culturel et social, qui comporte un fort contenu artistique exprimé par la réalisation de sculptures de grandes dimensions construites et exposées dans la rue durant une semaine. Cet évènement est fièrement mais jalousement fêté par les valenciens, et il est rare que des personnes extérieures puissent avoir un rôle principal dans cette expression artistique. C’est donc avec une grande fierté d’avoir pu participer en tant qu’artiste à la création de ces monuments et ce à trois reprises. Collaborateur dans les deux premiers, j’ai eu l’opportunité de créer ma propre sculpture en 2016. Pour m’aider, j’ai fait appel à un architecte/créateur bourguignon, néophyte des Fallas, afin d’apporter à cette fête une touche française. Notre création a connu un grand succès, ayant une importante visibilité dans les divers moyens de communication (presse, réseaux sociaux, etc.), dans une société pourtant peu enclin aux changements des codes. Cette œuvre a obtenu le Prix national d’architecture éphémère, ce qui fut une magnifique reconnaissance et dans les nombreux articles et reportages, la singularité de notre origine française ne manquait jamais d’être mise en avant.
Enfin, un des aspects les plus importants de mon expérience est la récupération d’un élément patrimonial majeur dans l’histoire de la céramique valencienne et espagnole : la mosaïque Nolla. Elle représenta, au XIXème siècle, une véritable révolution technique, industrielle, mais aussi esthétique, artistique et sociale. Pourtant, bien qu’elle ait symbolisé pendant plus d’un siècle le raffinement et le luxe sur tous les continents, ce patrimoine exceptionnel était tombé dans l’oubli et les exemples existants disparaissaient irrémédiablement. Face à cette situation, un groupe d’experts a initié sous ma direction les recherches qui ont abouti à la découverte de la nature de cette mosaïque et de son importance historique. Cependant, ayant comme objectif la conservation de ce joyau de la céramique valencienne, il était essentiel de non seulement produire de la connaissance, mais aussi de la partager avec la société. Pour cela, nous avons créé un centre de recherche (le CIDCeN), tissé un réseau de chercheurs dans toute l’Espagne, fait des expositions dans de nombreux musées et espaces culturels à travers toute la péninsule, organisé deux congrès nationaux, publiés de nombreux articles ainsi qu’une monographie, développé des projets de recherches avec des institutions liées à l’histoire et l’archéologie, organisé des ateliers didactiques pour tous les publics, donné des conférences, donné de la visibilité sur les réseaux sociaux, etc. Le résultat de tous ces efforts est que ce patrimoine, qui était complètement oublié, est aujourd’hui en première ligne, faisant l’objet d’articles de presse toutes les semaines, et se situe désormais de nouveau comme une référence esthétique et culturelle.
Il est impossible pour moi de choisir entre tous ces aspects qui rendent mon parcours si particulier, exceptionnel, et qui me produisent une immense fierté car ils sont tous complémentaires, transversaux et s’alimentent et se soutiennent entre eux. Pour cette raison, ce dont je suis peut-être le plus fier est la cohérence de mon parcours.