Dimanche 29 novembre 2020
Édition Internationale
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Candidat

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Scordel
Palisades, NY
États-Unis
Entrepreneur, Innovation, Autre domaine
Il est assez rare de gérer sa vie, et de contribuer à la société, sans structure de départ. Dans mon cas, cela a permis une intégration plus poussée et plus authentique, avec, notamment, la possibilité, donnée à très peu d’étrangers, de participer aux travaux de la Chambre des Lords, de la Banque d’Angleterre, et à la gestion des fonds de l’université d’Oxford.

Ma société, Bougeville Consulting, est active dans la finance, secteur masculin et « institutionnel » s’il en est, et, pourtant, c’est dans cet univers que j’ai pu non seulement m’épanouir, indépendamment, mais encore contribuer à la société d’une façon qui n’aurait pas été possible à partir d’une structure : la liberté d’expression que me donne mon indépendance m’a permis d’écrire, notamment pour le MIT (et maintenant Harvard) aux Etats-Unis, de faire part de mes vues et de témoigner concernant le manque d’éthique dans la finance auprès de nombreux medias, de présider des commissions et groupes de réflexions sur ce sujet qui nous concerne tous, comme la crise de 2008 l’a montré. J’ai donné un séminaire à la Banque Centrale Européenne, participé à une conférence au London Stock Exchange, et, à peine arrivée à New York, on m’invitait à sonner la cloche de fermeture du New York Stock Exchange (« Closing Bell Ceremony »)…

Je suis donc fière de la réussite de la société que j’ai créée, qui, à la base, aide les gérants indépendants de hedge funds à se mettre en place, et à grandir, à se développer, notamment entre l’Europe et les Etats-Unis. Lorsque j’ai créé Bougeville, le concept n’existait pas : les hedge fund étaient des opérations parfois petites, et, même ceux qui géraient beaucoup d’argent avaient peu de personnel, et pas d’organisation à proprement parler. Après 2008, leurs investisseurs (les « clients de mes clients ») commençaient à leur demander des comptes, et il devenait primordial de les aider à mettre en place, d’un point de vue opérationnel et avec en tête le marketing du produit, des façons de procéder plus transparentes et plus en phase avec les nouvelles régulations, qui commençaient à voir le jour. Une grosse partie du succès de Bougeville est lié au fait que j’ai « plongé » dans un secteur à un moment où un besoin naissait mais où peu de personnes s’aventuraient, si ce n’est les gérants eux-mêmes.

Bougeville a reçu de nombreux prix au Royaume-Uni et m’a permis de venir m’installer, seule, aux Etats-Unis sur la base de mon mérite personnel. Outre le succès commercial de Bougeville, je suis encore plus fière du fait que cette même société m’ait servie de plateforme pour attirer l’attention, aux Etats-Unis ainsi qu’en Europe, sur le sujet de la morale en finance (vue – parfois mais pas que – à travers un prisme religieux œcuménique puisque mes conférences à la Chambre des Lords ont mis l’accent sur ce que nous enseignent les religions – au pluriel – à ce sujet).

Les formes diverses de reconnaissance que mon activité a reçu depuis 2012 (année de la création de Bougeville) ont été utiles, mais il en est une qui me touche plus que les autres : l’école de commerce d’Oxford (Saïd Business School) a fait appel à moi à plusieurs reprises, notamment pour devenir « mentor » de certaines étudiantes. C’est un grand honneur chaque fois de partager mon expérience avec d’autres, et aussi qu’on ait eu la bonté de prendre mon parcours en exemple, en tant que femme dans la finance et en tant que personne indépendante. C’est une façon pour moi de donner ce que j’ai reçu de mon éducation, puisque je suis, dans une certaine mesure, un produit de la méritocratie républicaines, ayant, durant ma scolarité en France, bénéficié de bourses sur critères sociaux, dans le système scolaire public français, qui est un modèle à l’étranger. Je cherche actuellement à continuer à me rapprocher de la France, depuis l’étranger, afin de pouvoir de cette façon aider mon pays en partageant mon expérience et mes nouveaux points de repère avec les Français.